Orange Mécanique

Dossier réalisé par Lili Gayman et Clara Gensburger, élèves de terminale L au lycée Buffon.

 
   
09-04-2003  
 
   

 

Biographie de Stanley Kubrick

Stanley Kubrick, réalisateur américain, est né en 1928. Il est l’auteur de nombreux films et courts métrages :

Day of the fight (court métrage, 1950)
Le Baiser du tueur (1955)
Les Sentiers de la gloire (1957)
Spartacus (1960)
Lolita (1962)
Docteur Folamour (1964)
2001 : L’Odyssée de l’espace (1968)
Orange Mécanique (1971)
Barry Lindon (1975)
Shining (1979)
Full Metal Jacket (1987)
Eyes Wide Shut (1999)

Grâce à son père, qui est photographe, Stanley Kubrick, apprend et maîtrise très jeune cet art. A 17 ans, Kubrick travaille pour Look. Son oeuvre est empreinte d’un profond pessimisme. Personnage inquiet, il est toujours soucieux de perfection et jamais satisfait de son travail.

A 22 ans, il faisait déjà ses premiers courts métrages, lesquels ont été immédiatement achetés par RKO. Son premier long métrage est Fear and Desire (qu’il a d’ailleurs fait interdire) Stanley Kubrick est alors producteur, réalisateur et monteur. Mais c’est avec Les Sentiers de la gloire, que Kubrick attire l’attention des critiques : la cruauté des scènes finales et la violence de la satire des états-majors ont fait longtemps interdire ce film en France. Plus tard, mécontent de son film, Spartacus, Kubrick s’expatrie en Angleterre. Puis il revient aux Etats-Unis pour y adapter Lolita de Nabokov. On note chez Kubrick un véritable penchant pessimiste que l’on retrouve principalement dans Docteur Folamour, chef d’oeuvre d’humour noir sur la bombe atomique. Pour 2001 : Odyssée de l’espace, oeuvre de science fiction, Kubrick a consacré plusieurs années de travail et a investi d’importants budgets. En 1971, Stanley Kubrick adapte Orange Mécanique qui dérouta le public par son déferlement d’outrances sexuelles. Pourtant, ce film connut un énorme succès et porta Kubrick au rang des plus grands du cinéma. Kubrick travaillait à Londres, était de plus en plus perfectionniste et était extrêmement méticuleux au tournage de chaque plan.

Barry Lindon est une adaptation du roman de Thackeray. Le film est très intéressant de par la beauté de ses images, mais ne compense pas l’ennui de l’histoire. Dans Shining, le réalisateur apportera une extrême attention à la bande son. Shining révèle bien le souci de perfection de Kubrick.

Au travers de son oeuvre, il semble que Kubrick apporte plus d’importance à l’esthétique des images qu’à l’histoire. Kubrick veut hypnotiser le spectateur, et pour lui, l’histoire importe peu, elle est secondaire. On parle donc principalement de la technique dans les films de Kubrick.

Introduction

Résumé du film

1) Le crime

C’est dans une Angleterre relativement futuriste qu’un jeune délinquant Alex passe ses nuits avec ses trois amis Georgie, Pete et Dim.

Un soir, après être allé au Korova Milkbar qu’ils fréquentent quotidiennement  et où ils boivent des verres de lait drogués, Alex et ses drougs (ses amis) croisent sous un pont un clochard qu’ils tabassent. Ils repartent dans une voiture volée et s’arrêtent dans une villa. Les quatre amis s’en prennent alors au propriétaire et violent sa femme. De retour au Korova Milkbar, Dim se moque d’une femme qui interprète la neuvième symphonie de Beethoven ; Alex lui envoie alors un coup de canne. Beethoven est en effet un véritable dieu pour Alex.

Le lendemain, prétextant un mal de tête pour ne pas aller en cours, Alex reçoit la visite de l’assistant social P.R. Deltoïd qui est chargé de s’occuper de lui. Plus tard, alors qu’il se rend dans un magasin de disques, il rencontre deux jeunes filles qu’il ramène chez lui pour une  partie de " ça va ça vient ". Lorsqu’il redescend de chez lui il trouve ses trois amis qui l’attendent. Ils ont décidé que ce serait maintenant Georgie le chef. Mécontent, Alex les frappe violemment et blesse Dim avec un couteau. Alex restera le chef.

Pour contenter ses amis, Alex accepte un plan proposé par Georgie pour gagner de l’argent. Le soir venu ils attaquent donc une clinique tenue par une femme entourée de chats. Mais Alex se retrouve seul, et elle ne se laisse pas faire. Pour se défendre, il lui donne un coup sur la tête. Le jeune délinquant sort de la maison et retrouve ses amis qui l’attendaient mais l’un d’eux lui écrase une bouteille de lait sur la tête. Aveuglé, Alex ne pouvant s’enfuir, se fait arrêter par la police. Ses drougs sont alors déjà loin. La femme aux chats est morte et Alex est conduit en prison.

2) Le traitement

En prison, Alex est très sage, il se fait remarquer par l’aumônier de la prison qui va l’aider. Deux ans à peine après son incarcération, Alex est choisi pour tester le nouveau traitement appelé " ludovico " qui doit le rendre bon et le libérer en deux semaines. Ce traitement, de type " pavlovien ", consiste à regarder pendant de très longues séances des films d’ultra violence. Sans le savoir Alex est drogué avant les projections, ce qui le rend malade. Son subconscient associe étroitement la violence et l’intense douleur qu’il subit. Deux semaines plus tard et après une démonstration en public, Alex est libéré.

Alex rentre chez lui mais ne retrouve pas ses affaires et trouve sa chambre occupée par une autre personne. Ses parents ont un colocataire qui semble être un nouveau fils pour eux. Alex veut alors le frapper mais la douleur l’en empêche. Il décide alors de partir et de se suicider en se jetant du haut d’un pont. C’est alors qu’il rencontre le clochard qu’il avait frappé avec ses drougs deux ans plus tôt. Le clochard le reconnaît, appelle ses amis et se venge. Évidemment, Alex ne peut se défendre, paralysé par la douleur. Deux policiers interviennent et stoppent la bagarre. Mais Alex reconnaît ses deux anciens amis : Dim et Billy Boy. C’est à leur tour de le rouer de coup.

3) Épilogue

Ils abandonnent Alex presque mort dans la campagne. Mais ce dernier réussi à se rendre à la maison la plus proche sans se rendre compte que cet endroit ne lui était pas inconnu. C’est en effet dans cette maison qu’il avait battu un homme et violé sa femme. Le jeune Alex est au début très bien accueilli car il n’est pas reconnu (il portait un masque) mais c’est en chantant qu’il est trahi. Le maître de maison reconnaît cet air et se souvient.

Pour se venger, l’homme décide avec ses amis de se servir d’Alex, qui est une victime des ignobles méthodes utilisées par le gouvernement, pour faire tomber ce dernier. Alex  lui ayant révélé qu’il avait des envies suicidaires quand il écoutait la Neuvième Symphonie de Beethoven, il décide de l’enfermer dans une chambre accompagné de la musique. Alex ne résiste pas et se jette par la fenêtre.

C’est à l’hôpital, entièrement plâtré qu’Alex se réveille. Mais il est guéri : le choc qu’il a subi lui permet à nouveau de penser au sexe et à l’ultra violence. Le Premier Ministre lui rend visite et lui offre une chaîne stéréo, pour qu’il puisse écouter à nouveau Beethoven, et un travail qu’Alex pourra choisir. En contrepartie, Alex pose aux côtés du Premier Ministre dont les sondages étaient en baisse depuis la tentative de suicide d’Alex.

 

Dans un entretien, Kubrick analyse lui-même cette violence :
Alex au début du film représente l’homme dans son état naturel. Lorsqu’on le soigne, cela correspondrait psychologiquement au processus de la civilisation. La maladie qui s’ensuit est la névrose même de la civilisation qui est imposée à l’individu. Enfin, la libération que ressent le public à la fin correspond à sa propre rupture avec la civilisation ".

 

Le problème de l’interdiction du film

Le film fut accusé d’avoir inspiré de nombreux actes de violence. Ces réactions eurent des conséquences dramatiques pour Kubrick et sa famille. Orange Mécanique a violemment été attaqué en Angleterre ; il a été accusé directement de créer le désordre. D’un coup, tous les crimes étaient commis à cause dOrange Mécanique. Kubrick reçut des menaces de mort. Il a finalement demandé à la compagnie Warner Bros de l’aider. Orange Mécanique était à l’affiche depuis 61 semaines mais les attaques répétées de la presse et les violences contre lui et sa famille poussèrent Kubrick à retirer le film des salles britanniques. C’était une démonstration étonnante de son pouvoir. En échange, Kubrick signait un contrat à vie avec la Warner Bros.

 

Analyse

1) Scène de la maison de l’écrivain

Dans cette séquence, le spectateur est confronté à toute l’ampleur de la cruauté d’Alex et de ses drougs. Celui-ci démontre un goût affirmé pour la musique et la violence ainsi qu’un incontestable sens du spectacle. Alex commet ici, nous le découvrirons plus tard dans le film, son premier véritable acte criminel en violant et tuant la femme de l’écrivain Alexander. La séquence que nous appelons " Singin’in the rain " en raison de l’air que chante Alex lorsqu’il s’adonne à un peu d’" ultra violence ", impose au spectateur sa première implication directe dans la violence perpétrée par Alex dans Orange Mécanique.

On découvre le couple Alexander ainsi que l’intérieur de leur foyer par un bref travelling latéral droit. L’ameublement du living room n’est pas sans rappeler celui de la station-relais de 2001 : L’Odyssée de l’espace qui exploite l’aspect aseptisé des décors futuristes.

Dans Orange Mécanique, le caractère froid et aseptisé de l’intérieur de la maison des Alexander contraste avec le désordre extérieur d’une société qui a engendré des délinquants criminels tels que Alex et ses drougs. L’ensemble de l’environnement quotidien d’Alex regorge de couleurs vives, tranchantes et glaciales, sans aucune harmonie. On remarque le mariage du verre et des matières plastiques, symboles d’une époque en pleine mutation.

Ce contraste esthétique se retrouve dans l’utilisation des composantes sonores de la séquence. Il y a par exemple, le langage original et vivant qu’emploient les drougs. De consonance russe, cette langue que Anthony Burgess nomme " nadsat " dans son roman, traduit à la fois dans le film et dans le roman, l’esprit inventif des drougs . dans le même temps, il souligne le décalage culturel entre la jeunesse rebelle représentée par Alex et ses drougs, et le conformisme de la société représenté par l’écrivain Alexander et sa femme.

Anthony Burgess a confectionné un argot d'adolescent qu'il a appelé Nadsat.

C'est de l'anglais mélangé à des termes d'argot et de jargon.

La source principale de ces termes additionnels est le russe.

Il y a tout de même des apports du gitan, du français, de l'argot Cockney/English (dialecte) et d'autres sources telles que le malais et le hollandais (possible via l'influence hollandaise sur le malais) et sa propre imagination.

Mot Signification Origine
Baboochka vieille femme Russe: babooshka/grand-mère
Baddiwad mauvais Langage d'écolier
Banda bande Russe: banda/band,gang
Bezoomy fou Russe: byezoomiyi
Biblio bibliothèque Russe: biblioteka
Bidonske rigolade  
Bitva bagarre Russe: bitva
Bog Dieu Russe: Bog
Bolnoy malade Russe: bolnoy
Bolchoï grand Russe: bolshoy
Bratchni bâtard Russe: vnyebrachnyi
Bratti frère Russe: brat
Britva rasoir Russe: britva
Bugatty riche Russe: bogaty
Cal excréments Russe: kal
Cancerette cigarette terme populaire
Cantora bureau Russe: kontora
Carmane poche Russe: karman
Chai thé Russe: chai
Chasha tasse Russe: chashka
Chasso gardien de prison Russe: chasovoy
Cheena Femme Russe: zhenshcheena
Cheest Laver Russe: cheestit
Choodessny formidable Russe: choodesniyi
Clop marcher,se diriger Allemand: klop
Hollandais/Malais: kloppen
Collocol cloche Russe: kolokol
Crast voler Russe: krast
Dama dame Russe: dama
Ded vieil homme Russe: ded
Deng argent Russe: dengi
Devotchka fille Russe: devochka
Dobby bien Russe: dobro
Domy maison Russe: dom
Dook esprit Russe: dukh
Dorogoï cher Russe: dorogoi
Dratse bagarre Russe: drat
Drencrom drogue Mot inventé: adrenochrome?
Droog ami Russe: droog
Dva Deux Russe: dva
Eegra Jeu Russe: igra
Eemya Nom Russe: imya
Gazetta journal Russe: gazeta
Glazz Oeil Russe: glaz
Gloopy Stupide Russe: glupiyi
Golosse voix Russe: golos
Govoriter parler Russe: govorit
Grazhny sale Russe: gryuzniyi
Gromky fort Russe: gromkii
Groundné sein,poitrine Russe: grud
Gulliver tête Russe: golova
Horrorshow bien,super Russe: khorosho
In-out-in-out Ca va-ca vient expression inventée
Interessovat intéresser Russe: interesovat
Itty aller Russe: idti
Karacho bien,super Russe: khorosho
Kartoffel Pomme de terre Russe: kartofel
Korova Vache Russe: korova
Koshka chat Russe: koshka
Kot matou Russe: kot
Krovvy sang Russe: krov
Kupet acheter Russe: kupit
Lewdies Gens Russe: lyudi
Litso visage Russe: litso
Lomtick tranche,morceau Russe: lomtik
Maltchick jeune garçon Russe: malchik
Malenky petit Russe: malyenkiyi
Mam maman mot inventé
Maslo beurre Russe: maslo
Messtot place Russe: mesto
Millicent policier Russe: militsiya
Minoota minute Russe: minuta
Molodoy jeune Russe: molodoy
Moloko lait Russe: moloko
Nadsat adolescent Russe: 11-19 ans
Nagoy nu Russe: nagoi
Nazz fou Russe: nazad
Notché nuit Russe: noch
Noga pied Russe: noga
Nodz Couteau Russe: nozh
Okno fenêtre Russe: okno
Oobivat Tuer Russe: ubivat
Ooko Entendre Russe: ukho
Oozy Chaine Russe: uzh
Orange Homme Malais: Orang
Otchkies Père Mot inventé:'P'de "Papa"
Peet boire Russe: pit
Pishcha nourriture Russe: pisha
Platch crier Russe: plakat
Platties habits Russe: platye
Plenny prisonnier Russe: plenniyi
Pletcho épaule Russe: plecho
Plott corps Russe: plot
Pol sexe Russe: pol
Pooshka fusil Russep: pushka
Pop-disk pop-music disc expression inventée
Prestoupnik criminel Russe: prestupnik
Ptitsa fille Russe: ptitsa
Pyahnitsa boisson Russe: pyanitsa
Rabbit travail Russe: rabota
Rape viol  
Rassoudock crâne,esprit Russe: rassudok
Razdrez énerver Russe: razdrazhat
Rouke main Russe: ruka
Rote bouche Russe: rot
Sakar sucre Russe: sakhar
Shlapa chapeau Russe: shlyupa
Shoom bruit Russe: shum
Sloucher écouter,entendre Russe: slushat
Slovo Mot Russe: slovo
Soumka femme Russe: sumka
Soviet conseil,ordre Russe: sovyet
Spatchka sommeil,pioncette Russe: spat
Staja prison d'Etat Mot inventé: State + Jail
Synthmesc drogue Mot inventé: synthetic mescaline
Tchelloveck jeune homme Russe: chelovyek
Toltchocke gifle,coup Russe: tolchok
Veck homme Russe: chelovyek
Vellocet drogue mot inventé: Amphetamine
Veshch chose Russe: vesh
Voloss mauvaise odeur Russe: von
Warble chanson Anglais
Yahoody juif Arabe
Yachzick langue Russe: yazik
Yarbles testicules Mot inventé
Zoubies dents Russe: zubi
Zoum vite mot inventé

 

Commentaire du film

1) Explication de la violence d’Alex

Alex est un personnage violent : mais de quelle violence s’agit-il ? D’une violence gratuite. Qu‘appelle-t-on acte gratuit ? Ce serait le fait d’une conscience qui veut se libérer de l’enchaînement des causes et des effets. Il s’agit d’arriver par là à un acte parfaitement libre, désintéressé, sans but. C’est de ce point de vue que l’on a du mal à analyser et surtout à comprendre le comportement d’Alex (et de ces trois drougs). Il viole, il vole, il tue sans aucun sentiment de vengeance ni raison apparente. Qu'est-ce qui pousse alors Alex a exercer une telle violence ?

a) Un problème affectif

Il semble que la première cause serait un problème affectif. La sexualité et le désir de plaire (qui se traduit dans le film par les déguisements et le maquillage des drougs) sont très présents. La mise en scène spécifique de chaque attaque nous montre également le souci esthétique d’Alex.

Parce qu’il se sent rejeté Alex veut se faire remarquer. La scène qui illustre cela est celle où Alex rentre chez lui à sa sortie de prison. Ses parents ne sont même pas au courant, pire ils ont loué sa chambre à leur " nouveau fils ".

Alex comble ce manque affectif par une sexualité excessive : cette sexualité débordante se traduit dans la scène avec les deux filles qu’il rencontre dans le magasin de disques. Cet extrait nous montre ce manque d’amour et la façon dont il le comble. Il ne fait pas l’amour avec une fille mais avec deux. Le traitement de la scène (l’ouverture de " Guillaume Tell " est jouée 5 fois plus vite que la norme) est révélateur, aussi, du caractère : prendre l’amour qu’on lui donne, vite, et en abondance.

Ce serait donc un problème sexuel, affectif qui pousse Alex à cette ultra-violence :les agressions sont toujours accompagnées d’un viol. Cela commence par la scène dans le théâtre où l’on assiste à un viol collectif. Le fait d’être plusieurs déculpabilise l’individu. Le viol est très souvent traité sous un angle esthétique. C’est sûrement la scène qui précède son incarcération ,son ultime " coup " d’éclat, qui est la plus révélatrice de ce désir de pouvoir sexuel suprême. Cette fois-là, ce n’est pas un viol mais Alex utilise une sculpture démesurée d'un phallus qu’il tient comme si c’était le sien. C’est avec son gros sexe qu’il achève la femme en voulant lui mettre dans la bouche l’objet, comme l’expression d’un désir. C’est donc ici l’image qu’utilise Stanley Kubrick pour désigner cette suprématie du sexe.

Conclusion :comme dans de nombreux cas, c’est le manque et le désir d’amour qui pousse Alex vers la haine.

b) La violence comme drogue

Lorsque débute le film, les drougs sont déjà habitués à être très violents. La violence est pour eux une drogue. On sait que l’utilisation systématique et prolongée des méthodes violentes tend à rendre toujours plus brutal celui qui les emploie. Il s’agit là du processus au cours duquel les inhibitions relatives à l’utilisation de la violence, normalement assez fortes, deviennent toujours plus faibles, les individus qui y ont recours sont toujours plus insensibles aux souffrances et aux dangers que les méthodes de lutte employées impliquent vis-à-vis d’autres êtres humains. A mesure que la violence d’Alex progresse, ce processus d’accoutumance à la violence l’amène à adopter des formes de violence de plus en plus étendues.

Cette hypothèse n’est que l’application particulière d’une hypothèse plus générale formulée déjà par Aristote et reprise à notre époque par différents psychologues et philosophes selon lesquels les activités que nous réalisons quotidiennement influent sur les dispositions à agir et tendent à forger ainsi notre personnalité dans tel sens plutôt que dans tel autre :on appelle ce phénomène " habitus ".

Nous pouvons bien ici parler d’accoutumance et même plus loin de dépendance à la violence comme à une drogue.

Un point intéressant est que cette drogue, cette violence, est stimulée par une drogue, au sens propre du mot cette fois ci, que les drougs boivent au Karova Milkbar : " Le Korova vendait du lait enrichi, et enrichi de Velocet de synthemesc ou de drucrom et c’est ce qu’on buvait. Ça vous surexcite et vous rend apte à un peu plus d’ultra-violence " .

Conclusion : on se drogue sans but, sans volonté que cela nous apporte quelque chose et surtout du fait de l’accoutumance, cela devient " vital" . On peut donc faire le parallèle entre la drogue et la violence gratuite d’Alex qui lui est nécessaire.


2) Violence étatique contre violence individuelle

" Une méditation désespérée sur la violence et sa répression moderne ".

J-P Oudart dans le Hors Série des Inrockuptibles

Après avoir commis plusieurs agressions, viols, et cambriolages, le jeune délinquant Alex se fait arrêter. En prison, Alex se révèle très sage et se fait remarquer par l’aumônier qui va l’aider à sortir plus vite. Deux ans à peine après son incarcération, Alex est choisi pour tester le nouveau traitement appelé " Ludovico " qui doit le rendre bon et le libérer en deux semaines. Mais ce traitement soulève plusieurs problèmes : son procédé est-il véritablement sain ? ce traitement ne remet-il pas en cause la liberté du jeune Alex ? et est-il vraiment efficace ?

 

a) Le traitement Ludovico, une violence indirecte.

 La violence traitée par la violence

Ce traitement a pour but de rendre Alex bon et inoffensif. Le procédé est tout à fait étonnant. Tous les jours, une infirmière drogue le patient en lui faisant des piqûres dont il ignore le contenu. Une fois le patient drogué, les médecins conduisent Alex dans une salle de projection et l’attachent sur une chaise. Ils installent sur sa tête un casque qui lui maintient les paupières grandes ouvertes. Les projections de longue durée présentent des images violentes, comme par exemple, des images de la seconde guerre mondiale. Par ailleurs, toutes ces images sont diffusées avec en bande sonore la Neuvième Symphonie de Beethoven tant idolâtrée par le jeune Alex.

Ce traitement est basé sur l’hypocrisie et la violence. Est-ce bien la meilleure solution de guérir Alex ?

Toute liberté disparaît

Le traitement Ludovico n’a jamais été testé auparavant : Alex est ici le cobaye de médecins et de psychologues. Il pose le problème de la liberté. Alex est totalement trompé sur les méthodes utilisées : en effet, il est continuellement drogué et n’est donc plus maître de lui-même. Par ailleurs, les médecins traitent Alex contre la violence mais aussi contre la sexualité, puisque chez le jeune homme, les deux sont liés. Ce qui va poser par la suite des problèmes dans sa vie intime et sentimentale. Ce système médical de réinsertion se révèle aussi violent de par son hypocrisie : on effectue des expériences humaines à des fins politiques. En effet, en cas de réussite du traitement, le gouvernement obtiendrait de meilleurs sondages pour les prochaines élections.

La violence se poursuit après le traitement

Le traitement Ludovico a des conséquences monstrueuses : en effet, le jeune Alex se trouve malade à chaque fois qu’il est confronté à la violence. Il devient alors repoussant et se révèle en lui un côté animal, bestial. Alex ne peut se maîtriser et se retrouve face à d’affreuses souffrances. Alex est donc prisonnier de lui-même, prisonnier de sa violence. Mais la violence prend aussi une autre forme : Alex ne peut plus se défendre, c’est donc maintenant lui qui subit la violence des autres. Par ailleurs, en sortant de son traitement, le patient se retrouve privé de sa vie sexuelle ce qui constitue ici aussi une atteinte à sa liberté.

A travers le traitement Ludovico, on retrouve le regard extrêmement sévère de Kubrick sur la volonté des médecins et des policiers de traiter la violence en prétendant l’éradiquer. On ne se débarrasse pas de la violence, on ne peut dégoûter une fois pour toutes un individu de la violence qu’il exerce.

Hypocrisie d’un traitement qui utilise l’homme comme cobaye, à des fins politiques et en le privant de toute liberté. Alex est momentanément une bête inoffensive.

b) La violence passive

La violence des parents

Quand Alex retourne chez lui, ses affaires ont disparues et un colocataire s’est installé dans sa chambre. Affectivement, ce jeune homme remplace Alex et joue le rôle d’un nouveau fils. Ce rejet, cet oubli de la part des parents et le fait de remplacer leur fils peut être interpréter comme une violence passive. En effet, contrairement aux violences " directes " (viols, agressions, …) du jeune Alex et au traitement Ludovico qui incarne une violence " indirecte " ici, les parents représentent une violence " passive " par le refus d’aide, d’affection et par l’oubli. Cette violence a des effets, des conséquences graves puisque Alex décide de se suicider en se jetant d’un pont.

La violence d’Alexander

Un autre exemple de violence " passive " est celui de l’écrivain Alexander. Après avoir été abandonné par deux de ses amis en pleine campagne, Alex se rend dans la maison la plus proche. Cette propriété qui ne lui est pas inconnue est en effet celle il avait battu un homme et violé sa femme. Le jeune Alex est dans un premier temps très bien acc

 
         
 


Mise à jour le 06-02-2004

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