Festen

Dossier réalisé par Florence Schroeder et Julie Meunier

 
   
01-01-2002  
 
   

Festen, réalisé par Thomas Vinterberg en 1998, se base
sur les règles du manifeste " Dogma 95 " et mêle le thème de l'inceste à celui de la vérité. En effet, le héros révèle au grand jour que son père les a violés lui et sa sœur jumelle lorsqu'ils étaient enfants.
La question qui se pose alors est : la vérité est-elle toujours bonne à dire ? Les avis sont partagés : les psychanalystes et les philosophes n'ont pas tous le même point de vue, et selon les cas la réponse n'est pas la même. Dans le cas de Christian, le héros, la question de la révélation paraît d'emblée être oui, car très libératrice, comme dans la plupart des cas. Mais ce qui ne paraît pas si évident, c'est de savoir si la manière dont il la dit devant qui et à quelle occasion il la dit, est bonne.

I. Présentation du film
Résumé du film
Biographie de Vinterberg
" Dogma 95 "
Analyse de la séquence du film


II. La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

Du point de vue philosophique
Du point de vue psychologique
Exemples
Comment la question se joue-t-elle dans le film ?


Conclusion
Bibliographie

Résumé :

Un père de famille, Helge, fête ses 60 ans dans son hôtel. C'est l'occasion de rassembler non seulement ses amis, mais aussi ses 3 enfants : Christian, Mickaël et Hélène.
Nous apprenons l'existence passée de Linda, la sœur jumelle de l'aîné, Christian. Celle-ci s'est donnée la mort quelques mois auparavant. Lors du dîner, Christian se propose de faire un discours en l'honneur de son père. Il annonce alors aux invités que son père les a violés, lui et sa sœur Linda, lorsqu'il étaient enfants. Personne, y compris son frère, n'accepte de croire à cette histoire. Hélène, de son côté, trouve une lettre de Linda, dans laquelle elle dénonce le crime de son père. Elle décide de la cacher. Christian, après avoir été violemment expulsé de l'hôtel, retourne à l'intérieur et fait de nouveau scandale. Sa mère lui ordonne de faire des excuses à son père pour l'avoir accusé de tels actes. Il se fait attendre et finit par s'excuser, mais pas de la manière attendue. En effet, il s'excuse d'avoir été surpris par elle dans une situation sans équivoque. Pia, une des servantes, aussi amie de Christian , trouve la lettre de Linda et la remet à Christian qui fait alors pression sur sa sœur pour qu'elle fasse éclater la vérité. Hélène se décide à révéler le contenu de cette lettre. Tout le monde comprend alors que Christian ne mentait pas et certains associent, à juste titre, le crime du père au suicide de Linda.

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Biographie de Vinterberg

Thomas Vinterberg est né à Copenhague en 1969.
Réalisateur, scénariste et producteur, il s'est d'abord essayé à la vidéo expérimentale, puis au court métrage : Le garçon qui marchait à reculons en 1994, et est enfin passé au long métrage avec Les Plus Grands Héros en 1996, et Festen en 1998. Il a été primé à Clermont-Ferrand et Toronto pour son court métrage et obtint le prix du jury à Cannes pour Festen en 1998. Il est aussi l'un des quatre signataires du manifeste " Dogma 95 ".

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Dogma 95

En effet, Vinterberg a signé avec Lars Von Trier, Kristian Levring et Soren Kragh Jacobsen le dogme du 13 mars 1995, qu'ils appliquent à leurs films respectifs : Festen, Les Idiots, Mifune et The king is alive.

Le vœu de chasteté

Je jure de me soumettre aux règles suivantes, étudiées et confirmées par Dogme 95.

1. Le tournage doit avoir lieu en extérieurs. Accessoires et décors ne peuvent être fournis si un accessoire particulier est nécessaire à l'histoire, il faut choisir un des extérieurs où se trouve cet accessoire.
2. Le son ne doit jamais être produit séparément des images ou vice versa. Il ne faut pas utiliser de musique, sauf si elle est présente où la scène est tournée.
3. La caméra doit être tenue à l'épaule. Tout mouvement, ou immobilité, faisable à l'épaule est autorisé. (Le film ne doit pas avoir lieu là où la caméra est placée ; c'est le tournage qui doit avoir lieu là où le film a lieu.)
4. Le film doit être en couleurs. L'éclairage spécial n'est pas acceptable. (S'il y a trop peu de lumière, la scène doit être coupée ou bien il faut monter une seule lampe sur la caméra).
5. Trucages et filtres sont interdits.
6. Le film ne doit contenir aucune action superficielle. (Meurtres, armes, etc., en aucun cas).
7. Les aliénations temporelles et géographiques sont interdites. (C'est-à-dire que le film a lieu ici et maintenant.)
8. Les films de genre sont inacceptables.
9. Le format du film doit être un 35 mm standard.
10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.

De plus, je jure comme réalisateur de m'abstenir de tout goût personnel ! Je ne suis plus un artiste. Je jure de m'abstenir de créer une " œuvre ", car je considère l'instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est de forcer la vérité à sortir de mes personnages et du cadre de l'action. Je jure de faire cela par tous les moyens possibles et au prix de tout bon goût et de toutes considérations esthétiques. Ainsi je prononce mon vœu de chasteté.


Dogma dans Festen

Les figurants, nombreux à cette fête de famille, ne savaient pas, avant de jouer, l'histoire du film dans lequel ils figuraient, et le tout a été tourné en une journée, sans prises doubles, ce qui a permis de capter des émotions pures, spontanées.
Vinterberg a lui-même spécifié que les règles de Dogma 95 n'étaient pas éternelles. D'ailleurs, il ne les appliquera pas pour son prochain film. En fait, l'esprit de Dogma, c'est de s'affranchir des habitudes pesantes, d'éviter la médiocrité et de stimuler l'originalité.

Dans le cas de Festen, qui est le dogme 1, Vinterberg ne prétend jamais les appliquer à la lettre et son film montre même à quel point il prend de la liberté par rapport à ces règles. Mais c'est ici que son rapport au dogme signé avec Lars Von Trier rejoint magistralement le propos de son film. Festen nous parle du dogme de l'interdit de l'inceste et de sa transgression, ainsi que du dogme de l'unité familiale et de sa dénonciation. En construisant son film selon un dogme dont il se réclame mais qu'il transgresse lui-même, Vinterberg tend un piège à ses spectateurs. Si ceux-ci s'arrêtent au "dogme", ils sont un peu comme les membres de la famille qu'il met en scène et qui s'emploient à soutenir des conventions sans s'interroger sur les vérités qu'elles cachent. Si, au contraire, ces spectateurs s'intéressent au contenu du film, Vinterberg peut leur répondre que l'important consiste bien plutôt dans sa nouvelle façon de faire du cinéma, bref dans les préceptes du " dogme ". Il y a chez Vinterberg, comme il y a chez Lars Von Trier, une intelligence diabolique pour retourner les règles sociales contre les pouvoirs en place. Dans le cas de Festen l'important n'est pas que ce film traite d'un secret d'inceste, pas plus que d'être construit selon un "dogme". L'important est que ce film prétende être tourné selon un dogme que pourtant il transgresse, alors qu'il met en scène la transgression obligatoire, pour produire des effets de vérité, du dogme familial le plus contraignant, celui qui porte sur le secret sur des conduites réputées intimes de chacun de ses membres.


Conclusion

L'intention première des membres de "Dogma 95" est de "rechercher la vérité et de l'observer de l'extérieur". Ainsi, établissent-ils des "Vœux de chasteté", annihilant au maximum les artifices. " C'est un acte de sauvetage pour s'élever contre une certaine tendance du cinéma aujourd'hui ", déclare Vinterberg, un moyen "d'explorer les possibilités que pouvaient nous offrir les moyens les plus basiques".
"Dogma", avec peu de films à son actif, pourrait être comparé au cinéma social. En refusant les effets spéciaux et les films de genre, ce principe aborde de nombreux thèmes proches de nous. Après les deux premiers, Festen et Les Idiots, "Dogma 95" commença à connaître un petit succès.

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Analyse de la séquence

Cette scène est la scène principale du film, puisqu'elle porte sur la révélation du héros. Elle nous apprend tout d'abord que Christian et Linda ont été violés par leur père, dans leur enfance. De plus, les choses s'éclaircissent et l'on trouve des possibilités de réponses à certaines questions qui se posent dès le début du film : Pourquoi Christian est-il si mal à l'aise ? Pourquoi Linda s'est-elle suicidée ?
Cette scène pose enfin la problématique du film, à savoir si Christian a bien fait de dire la vérité. La personnalité des invités va se dévoiler : les amis du père et Mickaël ne croient pas à cette révélation. Les seuls qui accordent à Christian leur confiance sont ses amis les cuisiniers et les servants, et l'ami d'Hélène.
Cette séquence présente donc bien l'ambiance dans laquelle va se dérouler l'histoire.

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La vérité est-elle toujours bonne à dire ?

Du point de vue philosophique

D'après Benjamin Constant : "Le principe moral de dire la vérité est un devoir, s'il était pris de manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible", et "le devoir n'est un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité". C'est ce qu'il dit dans un article intitulé Un droit de mentir. Il y expose le cas d'un homme qui cache un ami poursuivi par des assassins et soutient l'idée que, dans ce cas, il faudrait mentir pour lui sauver la vie, c'est-à-dire par bonne intention.
Kant défend la thèse opposée, à savoir que l'exception morale n'existe pas et qu'admettre le droit de mentir dans certains cas, c'est universaliser une doctrine du mensonge.
Kant dit dans Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu que "la plus grande transgression du devoir de l'homme envers lui-même considéré comme être moral est le contraire de la véracité : le mensonge".

La question de la vérité est évidemment accompagnée de la question de la manière de la dire. Kant et Voltaire ne la conçoivent pas de la même façon.
Avec Kant, on peut distinguer une vérité formelle : " C'est dans l'accord avec les lois de l'entendement que consiste le formel de la vérité ". Cette vérité formelle se ramène à la non-contradiction ou encore à l'accord de la pensée avec elle-même : " Vous avez un cancer pulmonaire à petites cellules; dans cinq ans, en principe, vous êtes mort ". Par ailleurs, avec Voltaire on distingue une vérité matérielle : " Humainement parlant, définissons la vérité ce qui est énoncé tel qu'il est". Elle consiste à obtenir l'accord de la pensée avec les données de l'expérience : "Vous avez une affection pulmonaire qui, à l'anatomie pathologique, est un cancer à petites cellules; l'expérience montre quelques survies et quelques erreurs anatomo- pathologiques".

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Du point de vue psychologique

Françoise Dolto (1908-1988) est une psychanalyste et psychiatre française, pionnière de la psychanalyse des enfants en France. Elle acheva sa thèse, Psychanalyse et pédiatrie, en 1938 et publia les trois tomes de Lorsque l'enfant paraît, dans lesquels elle aborde notamment le thème de la vérité. C'est pourquoi nous allons nous inspirer de ses idées pour répondre à la question : "La vérité est-elle toujours bonne à dire ?"

L'une de ses principales idées est le "parler vrai". Elle défend l'idée qu'il ne faut pas seulement parler "à" l'enfant, mais aussi parler"avec" lui, et dit qu'"on ne peut mentir à l'inconscient, (qu') il connaît toujours la vérité". Dès les premières heures, un enfant décèle l'accent de vérité ("la coïncidence entre ce que l'on dit et ce que l'on éprouve"), et il en a besoin pour ce qui concerne ses origines, l'histoire familiale, afin que vitalité biologique et vitalité sociale concordent. Elle dit "L'enfant a toujours l'intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit".
Françoise Dolto estimait même que le bébé était un être humain à part entière, qu'il fallait lui dire la vérité (le mensonge et le silence sont traumatisants), lui parler et lui expliquer les choses car un enfant a besoin de vérité pour se construire. C'est aussi une manière de lui prouver son respect et sa considération. Elle recommande de renoncer à se réfugier dans des explications mensongères de cigogne, de rose et de chou, et de l'informer du rôle du père.
Les questions des enfants mettent souvent les parents à rude épreuve, parce qu'elles exigent la plupart du temps une réponse quasi immédiate, parce qu'elles nous renvoient également à notre propre savoir, nos croyances, nos peurs, voire nos blocages.
En tête des questions enfantines les plus redoutées : toutes celles portant sur le sexe et sur la mort. Comment parler à un petit de choses que certains trouvent indicibles ? Par où commencer, quand s'arrêter ? "L'important est surtout de ne pas différer la réponse, et parler de la manière la plus simple qui soit", souligne la psychanalyste Christiane Olivier.
Il y a aussi toutes les questions portant sur la vie privée des parents. Et là, l'enfant doit être mis au courant de ce qui le concerne, mais pas de ce qui ne regarde que ses parents. Mais attention de ne pas répondre par le silence ou par le mensonge : l'enfant risque, soit de se sentir coupable, soit de se sentir trahi et il ne fera plus confiance aux adultes.
Le psychologue Marcel Rufo affirme que "toute vérité n'est pas bonne à dire". Même si les psychologues recommandent souvent aux parents de dire la vérité à leur enfant, Marcel Rufo pense qu'il ne faut pas faire une généralité de ce conseil. En effet, il déconseille, dans les cas où les relations entre les parents et l'enfant sont bonnes, de dévoiler certains aspects de la vie passée de l'enfant, tels que "tu es né d'un viol".

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Exemples

Père Noël

La question : "Doit-on laisser les enfants croire au Père Noël ?", est assez courante. En effet, les parents se demandent souvent si leur explication sur le symbolisme du Père Noël suffira à compenser le désappointement de l'enfant, qui va s'apercevoir brutalement, quand quelqu'un lui apprendra la vérité, que ses parents lui ont menti. Les petits enfants vivent dans un monde mi-réel, mi-imaginaire, peuplé de fées, de dragons, de fantômes, etc. Leur besoin de merveilleux est une sorte de protection contre les dures réalités du monde extérieur, et il n'y a aucune raison de vouloir à tout prix les forcer à avoir les "pieds sur terre" à leur âge. Mais il arrive un moment où l'on doit avouer la vérité à son enfant. Il faut savoir le rassurer s'il ressent des angoisses. S'il a appris par un autre que le Père Noël n'était qu'une invention des parents, il faut lui faire comprendre qu'il existe des personnes qui n'y croient pas, et d'autres comme lui et ses parents qui attendent avec impatience la venue de cet être merveilleux. Ne pas attendre trop pour lui dire la vérité peut lui éviter les moqueries de ses camarades, qui eux, savent.
Dans tous les cas, lorsque ils apprennent la vérité à leur enfant, il est bon que les parents lui expliquent qu'eux aussi, y ont longtemps cru, qu'ils trouvaient cela merveilleux et qu'ils ont voulu reproduire cette magie avec lui. Il faut aussi lui faire comprendre qu'il ne doit rien dire à ses frères et sœurs plus jeunes, mais jouer le jeu, comme ils l'ont fait, et comme il le fera plus tard avec ses propres enfants. Il adorera se sentir affranchi et gardien d'un grand secret…


Malades incurables

"Quand on parle de "dire la vérité à un malade" - ou de la lui cacher "parce qu'il ne la supporterait pas" - , on veut parler en général de la révélation d'un diagnostic grave à nos yeux, ou de la probabilité d'une mort inévitable.
Dans le cas des malades incurables, plusieurs problèmes se posent. En effet, le code de déontologie médicale s'est récemment enrichi de deux nouveaux articles :
o Art. 37 : En toutes circonstances, le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances de son malade, l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique.
oArt. 38 : Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage.
Mais l'assistance morale et l'accompagnement du mourant sont - ils possibles sans mentir ? Un accompagnement peut-il être conduit jusqu'au dernier moment sans vérité ?
L'information est une obligation déontologique :
Art. 35 du code : Le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose. Tout au long de la maladie, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension...

L'INFORMATION COMME ÉLÉMENT DE VÉRITÉ doit s'envisager en répondant simplement, clairement, humainement aux questions légitimes que se pose le patient
Il est important de ne pas mentir parce que :
- l'incertitude est sans doute la plus pénible
- le mensonge finira par se savoir, entraînant une perte de confiance du patient en ses soignants
- le patient n'est pas irresponsable ; il doit être suffisamment informé pour donner son consentement éclairé aux soins; et souvent, il le demande.
- il est plus confortable pour le patient et les soignants de ne pas avoir à se cacher derrière des mensonges, des aphorismes ou des périphrases qui se recoupent mal.
-le soignant qui a l'audace de répondre clairement au patient gagne une confiance précieuse pour la poursuite des soins.
L'expression d'un arrêt de la Cour de Cassation résume bien l'esprit de ces différents textes, en disant que le médecin doit au malade une information "simple, approximative, intelligible et loyale, qui lui permette de prendre la décision qui semble s'imposer".

Adoption

Beaucoup d'adoptants vivent dans la hantise du jour où il leur faudra révéler à l'enfant sa véritable origine. Il est vrai que cette révélation a souvent un caractère saisissant et que trop tardive, elle risque d'avoir de sérieuses conséquences. Mais elle devient inutile si, dès son plus jeune âge, l'enfant est élevé dans la connaissance de sa condition d'adoption, évoquée sans trouble ni malaise.
Il ne faut jamais dire aux enfants : "ce ne sont pas tes vrais parents", mais "ce sont tes parents adoptifs comme tu es leur enfant adoptif". L'important, c'est que les parents adoptifs disent combien ils sont reconnaissants aux parents géniteurs. A partir du moment où ils font cela, l'enfant relie ses parents, symboliquement, à ses parents géniteurs.

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Comment la question se joue-t-elle dans le film ?

La vérité apparaît comme la meilleure chose à faire pour éclaircir la situation et sous plusieurs aspects, mais les conditions de cette révélation ne sont pas très appropriées.
Tout d'abord, Christian n'a pas choisi la meilleure façon d'annoncer la vérité. En effet, il la dévoile d'une façon assez brutale et inattendue, puisque tout le monde s'attend à ce qu'il fasse un discours en l'honneur de son père. Au lieu de cela il raconte ce que leur père leur a fait subir, à lui et à Linda, lorsqu'ils étaient enfants. De plus, le fait de faire scandale en la présence d'autant d'invités est mal venu. Ils ne sont pas concernés par ces faits. Enfin, Christian aurait peut-être dû annoncer la vérité moins longtemps après les actes commis.
Mais on peut supposer qu'il l'ait dite lors de l'anniversaire parce que c'est la première fois depuis l'enterrement de Linda qu'ils ont l'occasion d'être tous réunis. Sa sœur a préféré se suicider parce qu'elle ne supportait pas ce que son père lui avait fait subir. Christian est, depuis ce moment, la seule victime vivante de son père et porte seul le poids de ce crime.
Nous pouvons cependant admettre que cette révélation est libératrice, même si elle est faite trop tard pour réellement soulager ; qu'elle représente une certaine revanche de la part de Christian, qui dévoile le vrai visage de son père, devant ses amis et sa famille. Et, pour finir, cette révélation est une sorte de reconnaissance du mal que son père leur a fait. Sa sœur et lui peuvent enfin abandonner ce sentiment de culpabilité récurrent chez les victimes de viols. Ils sont des victimes et ils veulent être reconnus en tant que tels.
Par ailleurs, dans cette famille, règne un climat de mensonge. En effet, beaucoup de personnes que l'on peut le croire sont au courant de ces viols. Le père connaît son crime ; mais ne dit rien, la mère a surpris son mari qui violait Christian, mais n'a jamais rien dit. Au moment de la révélation, elle s'énerve contre Christian et lui ordonne de s'excuser pour avoir accusé son père de tels actes ; Hélène, qui vient de découvrir la lettre de Linda, est donc au courant, mais préfère se taire ; et enfin les amis de Christian : les cuisiniers et les serveurs, qui connaissent cette vérité depuis longtemps mais qui ne l'ont pas révélée. Mais ils l'aideront à faire comprendre à tout le monde qu'il a été victime de viols, par son père.

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Conclusion

Festen, premier film du dogme danois, est spontané, captivant, vécu. Le réalisme et l'authenticité des personnages caractérisent ce film, tourné en l'absence de lumière et de musique, et qui, par ce côté "caméscope", nous plonge dans un univers inquiétant : celui de l'inceste et du mensonge. Ce festin de famille est l'occasion de faire le point, de clamer la vérité, de détruire une famille solide.
Festen pose donc ici une problématique qui suscite diverses opinions, à savoir si la vérité est toujours bonne à dire. Personne n'a réellement le même point de vue que les autres sur cette question. Certains partent du principe qu'il faut parfois mentir, selon les cas ; et d'autres, comme Kant, rejettent l'idée qu'il y ait un prétendu droit de mentir.

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Bibliographie

Lorsque l'enfant paraît, de Françoise Dolto

Le Mensonge, de Danielle Dalloz
Dictionnaire de Philosophie, de Jacqueline Russ
Tout est langage, de Françoise Dolto
Un droit de mentir ? Constant ou Kant

Nous nous sommes aussi beaucoup documentées sur Internet et dans les encyclopédies Encarta et Atlas.

 
         
 


Mise à jour le 06-02-2004

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