Fourmiz et le totalitarisme

Dossier réalisé par Claudia Koczkodaj et Deborah Mostrel, élèves en terminale au Lycée Buffon

 
   
01-01-2002  
 
   

Préambule
- Les cinéastes
- Le contexte historique et cinématographique

Introduction
- Résumé du film
-
Justification du choix proposé

Analyse

Hannah Arendt
- Biographie
- L’œuvre d’Hannah Arendt

Le totalitarisme dans le film
- Le contrôle du milieu
- La manipulation
- L’exigence de pureté
- Le pouvoir absolu sur l’existence

Conclusion

Préambule
Les cinéastes
Le contexte historique et cinématographique

Introduction
Résumé du film
Justification du choix proposé

Analyse
Hannah Arendt
- Biographie
- L’œuvre d’Hannah Arendt

Le totalitarisme dans le film
- Le contrôle du milieu
- La manipulation
- L’exigence de pureté
- Le pouvoir absolu sur l’existence

Conclusion

PREAMBULE

I. Les cinéastes

Antz est le premier long-métrage animé d’Eric Darnell et Tim Johnson.

Eric Darnell est étudiant en journalisme télévisé à l’Université du Colorado, et est diplômé en animation expérimentale (" CalArts "). Il a rejoint le département Animation de Personnages chez PDI en 1991. Il a réalisé depuis de nombreuses publicités.

Tim Johnson est étudiant en littérature anglaise à l’Université Northwestern. Il a ensuite travaillé pendant deux ans comme " freelance " en tant que réalisateur. Il a créé le département Animation de Personnages pour PDI en 1980.

II. Le contexte historique et cinématographique

Par le procédé de l’image numérique, les Studios Dreamworks nous invitent à vivre une aventure dans le monde microscopique d’une colonie de fourmis. Cette singulière aventure, on la doit à Eric Darnell et Tim Johnson qui planchent sur ce projet développé sous le titre " Lights Out ", depuis 1991. Cependant, il faudra attendre 1996 pour que nos réalisateurs, travaillant aux Studios Pacific Data Images (leader incontesté de l’animation informatisée et des effets visuels), s’associent aux Studios Dreamworks SKG afin de créer Antz pour le public anglophone et FourmiZ pour les francophones.

Bien que l’image de synthèse ait une certaine froideur indéniable, l’originalité du film repose en grande partie dans les voix de ses héros. Une fourmi torturée par son " mal-être ", Z-4195 qui pense, parle et se plaint par la voix de Woody Allen, un général fou et autoritaire, incarné par Gene Hackman ou encore Sharon Stone qui donne son timbre sexy à la princesse Bala. Une formule qui donne encore plus de crédit à ce film d’une heure dix-neuf minutes. Les auteurs du scénario ont su composer une histoire qui intéresse les petits et les grands. Les petits car on retrouve la trame typique du comte fantastique, et les grands car les dialogues sont désopilants.

Les deux auteurs font bien sûr référence à une configuration historique, le totalitarisme. Par le biais de la colonie des fourmis, ils essaient de montrer dans ce film, l’emprise étonnante d’un tyran sur une communauté très influençable. Les réalisateurs s’attaquent ici à un sujet grave qu’ils arrivent à rendre accessible à tous.

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INTRODUCTION

I. Résumé du film

Z-4195, spécimen mâle de fourmi ouvrière, se sent bien seul au sein de sa colonie. Son anonymat lui pèse. Seules quelques séances de psychothérapie lui donnent l’occasion d’exprimer son angoisse existentielle et le sentiment qu’il n’est pas fait pour une vie en collectivité si contraignante.

Car, chez les fourmis, il n’y a qu’une seule chose qui compte, c’est la colonie, comme aime à le répéter le Général Mandibule.

Mais voilà que Z tombe amoureux de la belle princesse Bala, une inaccessible aristocrate qu’il tentera de conquérir en échangeant sa place avec celle de son ami Weaver, valeureux représentant de la classe des guerriers.

Envoyé au combat, il devient l’unique survivant d’une bataille rangée avec les termites. Et sans le savoir, il va perturber l’ordre de cette communauté régie par des lois très strictes. Z se retrouve bientôt à la tête d’une révolution célébrant les droits de l’individu et du conformisme ambiant. Naguère le plus insignifiant des ouvriers, il a finalement en lui l’étoffe d’un véritable héros, allant jusqu’à déjouer les plans machiavéliques de l’ambitieux Général qui veut liquider la colonie afin de la recréer à son image.

II. Justification du choix proposé

Nous avons choisi d’étudier FourmiZ, car il est tout d’abord intéressant de noter qu’un simple dessin animé peut traiter un sujet aussi captivant. En effet, ce film aborde des thèmes philosophiques extrêmement intéressants : le totalitarisme et les problèmes de société en général (l’individualisme).

FourmiZ nous offre également des images remarquables. Des images de synthèse très travaillées qui rendent ces fourmis " humaines ", attachantes. Il y a pourtant un réalisme certain (les décors). Les jeux de caméra donnent lieu à des scènes magnifiques comme celle de l’attaque des termites ou de la visite d’Insectopia.

Au-delà de l’exploit technique, ce film possède un véritable scénario et une flopée de personnages poussés dans leurs stéréotypes.

L’effet est d’autant plus fort en version originale quand on sait que Woody Allen prête sa voix à Z et propose ses fameuses pensées sur le mal-être, la fonction de l’homme dans la communauté et le traitement associé.

Par ailleurs, de nombreuses célébrités se sont également prêtées aux doublages de nombreux personnages de FourmiZ, ce qui donne un intérêt supplémentaire à ce dessin animé.

FourmiZ est un superbe spectacle, étonnant, charmeur, drôle… et qui suscite une réflexion philosophique et politique.

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ANALYSE

I. Hannah Arendt

Biographie

Hannah Arendt est une philosophe américaine d’origine allemande. Née à Hanovre en 1906, elle devient l’élève de Heidegger puis de Husserl. Elle soutient sa thèse de doctorat en philosophie en 1928 sur le concept d’amour chez saint Augustin, sous la direction de Karl Jaspers. En 1933, elle fuit l’Allemagne nazie et s’exile en France, où elle résidera jusqu’en 1940. Elle épouse Heinnrich Blucher, communiste allemand, et passe une année dans la clandestinité avant de s’exiler de nouveau en 1941 aux Etats-Unis. Naturalisée américaine en 1951, elle enseigne la philosophie et les sciences politiques dans diverses universités américaines à partir de 1955, et reste professeur à la New School for Social Research à New York de 1967 jusqu’à sa mort en 1975.

L’œuvre d’Hannah Arendt

On ne peut véritablement comprendre la pensée et l’œuvre d’Hannah Arendt qu’à la lumière de ses deux exils successifs et de l’expérience du nazisme. Sa renommée est assez tardive et date de la publication de son premier ouvrage en 1951 aux Etats-Unis, Les origines du totalitarisme. Cet ouvrage polémique, qui compare de façon quasi inédite et systématique les régimes hitlérien et stalinien, ne sera publié en France que vingt ans plus tard. Hannah Arendt reste une des figures marquantes de la théorie politique et philosophique du XXe siècle, nous laissant des écrits aussi divers que La condition de l’homme moderne (1958), La crise de la culture (1961), Eichmann à Jérusalem (1963) ou encore un ouvrage posthume inachevé, La vie de l’esprit (1978).

La parution de l’ouvrage d’Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, en 1951, construit le concept de totalitarisme, analysé à partir d’une comparaison des régimes hitlérien et stalinien. Hannah Arendt déclenche une polémique théorique et idéologique qui se poursuit jusqu’à nos jours.

L’adjectif " totalitaire ", que l’on retrouve dans les discours de Mussolini et d’Hitler, fut employé de manière inédite dans les années 1930, en référence à la forme d’Etat, l’" Etat total ", que devaient revêtir les régimes fasciste et nazi ; le concept de totalitarisme naît donc à partir de l’apologie de l’Etat total. Mais il se renverse sous la plume des écrivains et des philosophes, et devient péjoratif.

La première apparition politique de la formule " Etat total " date vraisemblablement d’un discours prononcé par Mussolini en 1925 et sa conception est élaborée par le philosophe italien du régime Giovanni Gentile. A l’idée de stato totalitario succèdent, dans les années 1930, les théories du juriste Karl Schmitt en Allemagne, qui emploie l’expression der totale Staat, et développe le concept repris par Hitler dès 1933. Pour les deux régimes, l’Etat totalitaire est tout-puissant et investit la société dans son entier, encadrant tous les secteurs de son activité.

C’est dans ce contexte que les théories d’Hannah Arendt, au milieu des années 1950, vont être particulièrement décriées. Malgré leurs divergences, elles concourent à établir un modèle d’Etat totalitaire : l’imposition d’une idéologie officielle érigée en dogme, un parti unique de masse s’appropriant l’organe étatique, un contrôle policier terroriste, le monopole des moyens de communication, une planification centrale de l’économie et la désignation arbitraire d’ennemis " objectifs ", les juifs pour le nazisme, les bourgeois puis les traîtres du régime pour le stalinisme, désignation qui justifie leur élimination physique en tant que parasites de la société.

Le système totalitaire tend à réaliser l’unité parfaite de la société selon une idéologie qui s’impose comme une loi naturelle : la supériorité de la race aryenne ou le rôle historiquement révolutionnaire du prolétariat poursuivant un idéal de société.

Conclusion

Selon Hannah Arendt, le totalitarisme diffère des régimes despotiques ou tyranniques en ce qu’il ne se soumet ni à une force supranaturelle de type religieux, ni à un pouvoir arbitraire. Il édicte ses propres lois et les met en œuvre magistralement. Il se distingue également de tout autre régime, car il est le seul à avoir mis en pratique la destruction systématique et massive de populations ou d’individus.

Les théories d’Hannah Arendt, donnent au concept une force d’interprétation unique à travers la comparaison des deux régimes les plus marquants du XXe siècle.

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II. Le totalitarisme dans le film

Le contrôle du milieu

Dans FourmiZ, ce " contrôle " est évidemment visible puisqu’il s’agit de l’enfermement physique d’un ensemble entier : la colonie. En effet, ce n’est pas la reine qui dirige la colonie mais le Général Mandibule. C’est un visionnaire qui sait parfaitement comment contrôler la colonie.

Analyse de la séquence n° 1

Cependant, ce contrôle n’est jamais absolu. Il peut toujours y avoir, provenant du monde extérieur ou des sujets eux-mêmes, des informations " parasites " interférant avec les messages des manipulateurs. C’est le cas de Z-4195, modeste fourmi ouvrière de la colonie de Central Park. Il n’est pas spécialement doué et n’aime pas son travail. Il ne supporte pas le fait de devoir toujours se soucier des autres avant soi-même et c’est pourquoi il se rend régulièrement chez le psychiatre. Il rompt l’équilibre entre le " moi " et le monde extérieur.

Cette séquence est une illustration (de notre dossier) car elle symbolise la pression exercée par un dictateur sur une société dominée par un régime totalitaire, et les conséquences qu’elle peut avoir sur l’individu.

Tout dans la colonie, jusque dans la moindre détail, est contrôlé. Lors d’une soirée, par exemple, Z-4195 et son ami ouvrier Weaver se détendent au bar après une journée de travail. Tout à coup, un signal indique qu’il est l’heure de danser. Toutes les fourmis présentes se mettent en rang et pratiquent alors une sorte de danse robotique et militaire sur l’air de Guantanamera. Z, qui souhaite impressionner la princesse Bala, se lance dans une danse déambulante et rythmée (pourtant adaptée au style de la musique). Immédiatement, les soldats viennent rétablir l’ordre.

Dans cette colonie, la seule chose réelle est le bien-être de la colonie. Croire qu’il existe mieux ailleurs est interdit. Le vieux soldat qui insiste auprès de Z pour qu’il se rende à Insectopie (monde ou chacun peut vivre heureux et libre) est immédiatement arrêté. Même durant des moments de détente au bar, les fourmis sont surveillées et susceptibles d’être punies si elles ne respectent pas la loi établie par le Général Mandibule.

Afin d’arriver à ses fins, le Général Mandibule s’adresse à la colonie à l’aide d’un langage codé où le cliché est roi. Les problèmes les plus complexes sont réduits à quelques phrases courtes et faciles à se rappeler et à répéter. Par exemple, ici " plus de travail ", " bien-être de la colonie ", " plus de nourriture ". Ces phrases sont le commencement et la conclusion de toute " analyse idéologique ". Le cliché a l’avantage de dispenser de toute discussion réelle.

Les clichés ne sont pas seulement des raccourcis, mais ils sont polarisés avec des charges émotionnelles positives ou négatives : il y a les termes qui représentent le bien, et ceux qui représentent le mal, le diable. Par exemple, le vocabulaire utilisé par le Général Mandibule se divise en deux parties : travail, colonie et dictature contre Insectopie. Ce " langage de la non-pensée ", très caractéristique, déclenche les émotions positives ou négatives voulues par le manipulateur.

Pour l’individu, ce langage a pour effet un rétrécissement, un appauvrissement et une amputation linguistique. En effet, les fourmis ont pour unique sujet de discussion le travail. Ainsi par exemple, lorsque Z se rend au travail après sa séance chez le psychiatre, sa seule discussion avec son amie Azteca a pour sujet le fait que creuser est utile et important pour la colonie. Lors de la marche vers le camps des termites, ennemis des fourmis, Z rencontre Barbatus dans l’armée. Ils savent qu’ils se dirigent vers la mort et ne parlent que du combat. Barbatus répète à Z les propres paroles du Général Mandibule.

Or, le langage et sa richesse sont la base même de l’expérience humaine, et amputer le langage, c’est supprimer des pans entiers de la capacité de penser et de sentir, même si l’individu ne s’en rend pas compte, et même s’il y prend du plaisir, car il ressent son appartenance au groupe, en dehors duquel il ne veut plus exister. C’est le cas de toutes les fourmis de la colonie quelles soient ouvrières ou militaires. Pour toutes ces fourmis, le monde extérieur leur devient étranger. Elles deviennent même étrangères à elles-mêmes, à leur propre passé.

Conclusion

La colonie est totalement sous le contrôle du Général Mandibule. La devise principale est de travailler pour le bien-être de la colonie : moins de travail et plus de nourriture. Les fourmis sont enfermées et n’ont aucun regard sur le monde extérieur. Certaines qui se sentent trop contrôlées cherchent une échappatoire. C’est le cas Z-4195 qui ne supporte plus cet étouffement. La manipulation du langage que subissent les fourmis est fondamentale : c’est le mur le plus apparent entre les adhérents d’une idéologie totalitaire et le reste de l’humanité.

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La manipulation

Une fois réalisé le contrôle du milieu, l’étape suivante, inévitable, est la manipulation personnelle. Dirigée "d’en haut ", elle a pour but de provoquer un ensemble de comportements et d’émotions déterminés, mais de façon qu’ils soient ressentis comme spontanés. C’est le cas de toutes les fourmis de la colonie, qu’elles soient ouvrières ou militaires. Les soldats sont prêts à sacrifier leur vie pour la colonie. Certains marchent vers la mort avec le sourire : tel est le cas de Barbatus, un soldat que rencontre Z lors de son court séjour dans l’armée. Quant aux ouvriers, creuser du matin au soir n’est pas un calvaire mais un devoir qu’il faut prendre avec le sourire.

Chacun croit en le Général Mandibule et il règne de véritables relations de confiance entre lui et les fourmis. En effet, celui qui éprouve ce degré de confiance en arrive à prendre plaisir aux souffrances creusées par les manipulations : il les croit nécessaires pour l’accomplissement du " but supérieur "qu’il a fait sien, ici faire qu’il y ait plus de nourriture et moins de travail pour tout le monde.

La manipulation est également totale au palais royal. La Reine n’ayant aucune autorité, se laisse entièrement guider par le général. Elle ne se rend absolument pas compte des projets qu’il entreprend et ne s’adresse jamais à son peuple. Le Général lui a enlevé tout son pouvoir et la met à l’écart des décisions importantes. La Reine n’a nulle obligation de suivre Mandibule et peut très bien s’en défendre seule, mais elle ne voit rien.

Cependant, on peut dire qu’une telle confiance est difficile à maintenir en permanence, et le but supérieur ne fournit pas toujours le support émotionnel suffisant. L’individu répond alors par la " psychologie du pion ". C’est-à-dire qu’il est incapable d’échapper à des forces plus puissantes que lui. Il cherche avant tout à s’adapter à elles. Il se laisse porter par la vague. Ce comportement peut amener à la trahison (envers les autres et envers lui-même). C’est le cas du Colonel Cutter. Il soutient le Général Mandibule dans toutes ses décisions et n’hésite pas à trahir le peuple. Il s’est dépouillé de la capacité de s’exprimer et d’agir de façon indépendante. Il se laisse dominer par plus puissant que lui.

Conclusion

Le fait que toutes les fourmis ou presque aient confiance dans le Général Mandibule montre qu’elles sont totalement manipulées. Elles sont prêtes à se sacrifier volontairement pour lui et pour que la colonie progresse. Chacun revendique le statut de " pion ", c’est-à-dire qu’il accepte le fait d’être dirigé par plus puissant que lui. Cependant, il peut y avoir des retournements et des trahisons purement inhérents au système. Parfois, la manipulation est telle qu’elle nous rend complètement aveugle.

L’exigence de pureté

Dans toutes les situations de totalitarisme idéologique, le monde de l’expérience est divisé rigoureusement entre le pur et l’impur ; en effet, dans FourmiZ, la colonie est séparée entre l’armée, considérée comme bien absolu, et les ouvriers : le mal absolu.

Le pur et le bien sont les idées, les sentiments, les actions en accord avec l’idéologie et la ligne totalitaire : le Général détient ses propres idées sur les " êtres " qui doivent et peuvent constituer la colonie, tout le reste est relégué dans le domaine de l’impur et du mal.

Rien d’humain n’est à l’abri des jugements moraux ; tous les " poisons ", toutes les souillures doivent être recherchés et éliminés. Ainsi, dans le film on peut effectivement voir le comportement du Général Mandibule face aux ouvriers qui sont considérés, si l’on peut dire, comme des " sous-êtres " qui doivent être exclus de la colonie parce qu’ils ne correspondent pas à l’idée que se fait le Général de la colonie parfaite.

Le postulat sous-jacent est que cette pureté absolue est possible. On peut faire n’importe quoi au nom de cette pureté ; ce sera moral. Même la mort est acceptée, le Général n’en utilise pas moins cette solution radicale pour exclure les ouvriers sans aucun remords !

Le milieu totalitaire maintient une aura sacrée autour de son dogme de base, présenté comme la vision morale ultime pour ordonner l’existence humaine. En effet tous les membres de la colonie sont comme hypnotisés par les idées du Général, retranscrites dans les différents discours de propagande.

Il est interdit (ou impossible) de mettre ce dogme en question et il implique de révérer les auteurs de cette Parole et ses détenteurs actuels. Les ouvriers comme les soldats ne se posent jamais de questions sur eux-mêmes, sur leur devenir, ou bien sur les méthodes du Général qui régissent la colonie. Pour eux tout paraît merveilleux et normal. Ainsi, on peut mentionner avec étonnement le passage où Z et un autre soldat partent pour la guerre. En effet, ce dernier semble heureux de s’y rendre et en fait l’éloge avec des expressions semblables à celles du Général.

Le milieu totalitaire met une insistance exagérée à affirmer sa logique sans faille, sa précision. Oser la critiquer, ou, pire, avoir des idées différentes, même non dites, devient immoral et irrespectueux. C’est là toute la trame du film. C’est parce que personne n’a d’idées contraires à celles du Général que Z commence à se poser des questions et à se révolter. C’est parce qu’il ne peut s’exprimer librement au sein de la colonie qu’il se sent rejeté, par opposition aux autres fourmis, totalement ancrées dans la manipulation totalitaire.

Conclusion

La colonie est rigoureusement divisée en deux par les méthodes totalitaires du général ; pourtant, aucune des fourmis de la colonie ne semble y prêter attention. Seul Z-4195 se révolte contre cette société où la fourmi ordinaire n’est pas reconnue en tant que telle.

Analyse de la séquence n° 2

Chez les fourmis, soit on est ouvrier, soit soldat, de par sa naissance. Le Général Mandibule veut éradiquer la race ouvrière pour avoir une race pure de soldats. Les soldats sont la " race supérieure " dont parlait Hitler pour désigner la race aryenne. Cette séquence montre donc que Mandibule est l’égal du despote typique des régimes totalitaires ; ici Mandibule se comporte comme Hitler.

Nous pouvons également remarquer que le régime imposé par le Général consiste à attribuer à chaque fourmi, dès la naissance, sa profession future. Il détient donc tout pouvoir absolu sur la colonie.

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Le pouvoir absolu sur l’existence

L’environnement totalitaire établit une séparation absolue entre ceux qui ont le droit d’exister et ceux qui ne l’ont pas. Ces derniers sont des " non-personnes ". Ce droit souverain d’accorder ou de refuser l’existence revient à se faire Dieu. Le Général Mandibule pense ainsi être le seul détenteur du savoir sur l’existence et du pouvoir sur autrui, et décide par conséquent quelle partie de la colonie a le droit de vivre et celle qui doit mourir.

Avec la conviction qu’il n’existe qu’une seule voie menant à la véritable existence, un seul mode valide d’exister, les totalitaires se sentent obligés de détruire toutes possibilités de " fausses " existences : c’est le moyen de réaliser le grand projet de l’existence vraie, auquel ils se sont consacrés.

Ainsi, dans FourmiZ, le grand projet du Général est de noyer les fourmis ouvrières afin qu’il ne reste plus qu’une colonie " parfaite " à l’image de Mandibule, c’est-à-dire une colonie uniquement constituée de soldats : la colonie idéale.

Pour l’individu, comme pour Z-4195, c’est le conflit ultime : " être ou ne pas être ", l’être ou le néant.

C’est aussi l’attrait d’une expérience de conversion qui offre le seul chemin possible pour parvenir à l’existence : l’environnement totalitaire (même en l’absence de violence physique) entretient en chacun la peur de la destruction. La personne peut surmonter cette peur et trouver confirmation de son existence dans la source de toute existence qui ne peut être pour elle que l’Organisation totalitaire. Cette dernière devient alors sa seule source d’espoir.

L’existence dépend alors de la foi en soi (" je crois, donc je suis ") pour Z, de la soumission (" j’obéis, donc je suis ") pour toutes les autres fourmis et, finalement, du sentiment de fusion totale avec le mouvement idéologique pour tous. Certes, chacun opère des compromis et combine cette dépendance avec des éléments de sa propre identité : les ouvriers sont plus fluets que les soldats, qui eux sont beaucoup mieux bâtis. Mais chacun se voit rappeler en permanence que la marge est étroite et qu’on ne peut dévier beaucoup de l’unique voie, sous peine de se voir nier le droit à l’existence.

Conclusion

Le gouvernement totalitaire est le seul à détenir le pouvoir sur l’existence, et en particulier le Général Mandibule. Comme pour le nazisme (Hitler) ou encore le fascisme (Mussolini), il ne règne qu’une personne sur l’ensemble d’une communauté qui établit ses propres exigences et donne le droit à l’individu.

 

CONCLUSION

Nous avons voulu établir, par l’intermédiaire de ces T.P.E., les différentes caractéristiques que pouvait avoir le " totalitarisme ".

En choisissant d’étudier FourmiZ, nous avons voulu montrer que l’on peut parler d’un sujet grave avec humour. Grâce à l’originalité de ce dessin animé, nous avons pu aborder ce thème autrement, sans en retirer la moindre importance.

De plus, ce film est en relation avec les programmes de Terminale de cette année : le totalitarisme est abordé en Histoire, en Littérature avec Primo Levi et Si c’est un homme ainsi qu’en philosophie (Descartes, Malebranche…), qui enrichissent ainsi notre compréhension du sujet.

 
         
 


Mise à jour le 06-02-2004

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