Matrix

Dossier réalisé par Maud Aguado et Julie Farchi, élèves de Terminale L au Lycée Buffon à Paris.

 
   
01-01-2002  
 
   

Notre choix s’est porté sur le film Matrix tout d’abord parce que nous l’avons apprécié lors de sa sortie en salle. De plus, il nous paraissait parfaitement convenir au projet de T.P.E. qui nous avait été proposé. En effet, Matrix a un grand intérêt aussi bien sur le plan cinématographique que philosophique.

Ainsi, le film fait appel à des techniques cinématographiques encore inexpérimentées en Occident. Les réalisateurs se sont directement inspirés des effets spéciaux utilisés dans le cinéma asiatique, et certains effets spéciaux ont même été spécialement créés pour l’occasion. Les réalisateurs ont également utilisé l’imagerie des jeux vidéos et notamment celle des jeux de combats. Le résultat est époustouflant et les images tout simplement magnifiques.

Mais Matrix présente également un grand intérêt philosophique. Le film est entièrement inspiré des théories de Descartes et de Berkeley, nous présentant en même temps une excellente illustration de l’allégorie de la Caverne de Platon. Voici donc les quelques thèmes sur lesquels nous avons décidé de nous pencher.

Les personnages
Résumé
Analyse d'une séquence du film
L'allégorie de la caverne - Platon
Descartes et Berkeley, précurseurs de MATRIX
Conclusion

Les personnages

Thomas " Neo " Anderson (Keanu Reeves)

Thomas Anderson est un jeune prodige de l’informatique qui mène une double vie. Le jour, il est informaticien et la nuit, c’est un pirate informatique qui opère sous le pseudonyme de Neo. Un jour, il est contacté par un certain Morpheus qui lui révèle que le monde dans lequel il vit n’est pas le monde réel. Neo abasourdi apprend que lui seul pourra sauver l’humanité.

Son nom, Neo, est une anagramme de "one". Et "the one" signifie l’élu en anglais. Cela peut également signifier "le nouveau".

Morpheus (Laurence Fishburne)

Morpheus est le commandant du Nebuchadnezzar. Il vit dans le monde réel, après avoir réussi à s’extraire de la matrice. L’Oracle lui a prédit qu’il trouverait un jour l’Elu, celui qui sauvera les hommes de l’emprise des machines.

Le nom de Morpheus est le nom du dieu grec Morphée, l’un des nombreux enfants d’Hypnos, le Sommeil. Il suscite les rêves dans lesquels il prend la forme de différents personnages. Dans le film, c’est le personnage qui montre la différence entre rêve et réalité.

Trinity (Carrie-Anne Moss)

Trinity fait partie de ceux qui ont réussi à s’échapper de la matrice. Elle est une alliée précieuse pour Morpheus, et elle l’aide dans sa recherche de l’Elu. L’Oracle lui a prédit qu’elle en tomberait amoureuse, ce qui s’avérera être le cas.

Agent Smith (Hugo Weaving)

C’est le plus cruel et le plus déterminé des trois agents que nous voyons dans le film. C’est une machine, dont on ne voit pas le vrai visage, qui peut se trouver dans la matrice à n’importe quel endroit. Il prend alors la place d’une personne comme les autres. Son but est d’avoir les codes de Zion (dernière cité appartenant aux hommes) pour que le règne des machines sur l’homme soit absolu. Smith est le nom le plus courant dans le monde anglo-saxon, et il peut donc se substituer à n’importe qui.

Cypher (Joe Pantoliano)

Son vrai nom est Reagan. Ce pseudonyme de Cypher n’est pas choisi par hasard : en effet, en anglais, il signifie le code dont se servent les espions. Cet homme est lui aussi un rescapé de la matrice. Mais vivre dans le monde réel ne lui convient pas. C’est pour cela qu’il signe un pacte avec l’Agent Smith. Il lui livre Morpheus (qui connaît les codes de Zion), en échange de quoi il sera réintégré dans la matrice, sans souvenir de son escapade dans le monde réel. Malheureusement pour lui, il sera tué par Tank après la capture de Morpheus.

Tank (Marcus Chong)

C’est l’opérateur du groupe. Il s’occupe de l’entraînement de Neo, mais aussi des transmissions entre la matrice et le monde réel. Il est un enfant de Zion, qui est né à l’ancienne méthode, c’est-à-dire de façon naturelle. Il a un frère, du nom de Dozer.

Switch (Belinda Mcclory)

Elle fait partie de l’équipage du Nebuchadnezzar. Elle sera tuée par Cypher.

Apoc (Julian Arahanga)

Il fait lui aussi partie de l’équipage du Nebuchadnezzar et il sera aussi tué par Cypher.

Mouse (Matt Doran)

C’est le programmeur de l’équipage. C’est lui qui a créé par exemple le programme avec la femme en rouge. Il se fait tuer lors d’une embuscade.

Les personnages
Résumé
Analyse d'une séquence du film
L'allégorie de la caverne - Platon
Descartes et Berkeley, précurseurs de MATRIX
Conclusion

Résumé

Thomas Anderson est informaticien dans un grand organisme d’Etat. Mais il a une double identité. Il est également un pirate informatique connu sous le nom de Neo. Un jour, il est contacté sur son lieu de travail

par le très célèbre pirate informatique Morpheus qui le met en garde contre trois agents qui vont venir le chercher. Neo ne peut s’enfuir et est donc arrêté par ces derniers. Ils lui proposent de mettre les charges retenues contre lui de côté à une seule condition : il doit les aider à retrouver Morpheus. Mais Neo refuse. Deux des agents se saisissent de lui tandis que le troisième introduit une entité électronique dans son corps après avoir fait disparaître sa bouche, le laissant alors incapable de se défendre. Au moment même où cette "chose" s’introduit en lui, Neo se réveille brusquement dans son lit. Tout cela ne serait alors qu’un mauvais rêve, un horrible cauchemar ? Mais voilà que Morpheus contacte à nouveau Neo. Une fois auprès de lui, il donne le choix à Neo entre deux pilules : la bleue ou la rouge. Neo prend la rouge. Est-il prêt à affronter la vérité ? Le voilà maintenant transporté dans un avenir dévasté où les machines ont pris le contrôle du monde. Ces intelligences artificielles nous manipulent ; nous ne sommes en réalité qu’une source d’énergie pour ces êtres mécaniques. L’humanité entière est maintenant une batterie. Mais les hommes vivant dans la Matrice sont inconscients de l’existence de celle-ci. Une fois le corps de Neo débranché de la machine, et récupéré par Morpheus et son équipage à bord de leur vaisseau, le "Nabuchodonosor", celui-ci devra affronter son destin. En effet, Morpheus est persuadé que Neo est l’Elu, le seul capable de vaincre la Matrice et ses agents. Il devra alors apprendre à maîtriser les arts martiaux. Neo est tout d’abord sceptique, mais au fur et à mesure que sa rapidité, son agilité et ses forces se multiplient, il doit accepter la vérité : il est l’Élu.

Les personnages
Résumé
Analyse d'une séquence du film
L'allégorie de la caverne - Platon
Descartes et Berkeley, précurseurs de MATRIX
Conclusion

Analyse d’une séquence du film

Matrix est un renouvellement du mythe du héros-sauveur, dans un mélange d’influences et de références cinématographiques exposées via des techniques modernes. Les pluies diluviennes font penser au film Blade Runner; le tatouage du lapin blanc que Neo doit suivre se réfère à Alice au Pays des Merveilles et toutes les scènes de combats sont inspirées du cinéma asiatique, surtout hongkongais, lorsque les mouvements des personnages sont plus rapides et plus dynamiques qu’ils ne le sont en réalité.

Nous avons choisi cette séquence de film, car elle est très claire et elle explique ce qu’est la matrice. En effet, elle commence alors que Neo est "entré" dans le monde réel et que Morpheus lui montre ce qui est arrivé au monde tel qu’il le connaissait. Nous verrons tout d’abord les procédés qui nous montrent la suprématie des machines, puis le rôle de "maître" de Morpheus, et enfin les symboles de la séquence que nous étudierons surtout à travers les couleurs et l’atmosphère.

Au moment où nous voyons pour la première fois le monde réel, c’est-à-dire au moment où un zoom sur la télévision nous emmène dans "le désert de la réalité", un mouvement de plongée extrêmement rapide nous amène à Morpheus et Neo, qui semblent tout petits face aux machines. Ce mouvement confirme la supériorité que les machines ont acquise sur les humains, et nous fait ressentir leur petitesse vis-à-vis des machines. Le plan-séquence qui débute sur un foetus, est filmé de manière à ce que la caméra semble tourner autour de la machine. Il finit avec un zoom arrière sur une image qui s’agrandit et qui nous offre à la fin un panorama immense et très effrayant sur fond de musique apocalyptique. Cela également est révélateur de la suprématie des machines. En effet, il n’y a, et ce, à perte de vue, que des champs humains, qui sont littéralement cultivés, et donc à la merci des machines.

Tout, dans l’attitude de Morpheus, montre qu’il est non seulement un guide spirituel pour Neo, mais aussi un maître de philosophie. De nombreuses preuves étaient cette affirmation. En effet, c’est lui qui manie la télécommande, qui guide Neo vers le canapé, qui parle le plus. Il agit comme le maître des lieux, ou comme le gardien des secrets. Morpheus, tout comme les philosophes, pose des questions rhétoriques à Neo et remet en question tout ce que Neo pensait acquis jusqu’à présent. C’est lui qui est son mentor, qui lui fait découvrir la réalité. On peut remarquer que Morpheus et Neo adoptent deux attitudes très différentes. En effet, alors que Neo est toujours debout et en mouvement, comme s’il était fébrile, Morpheus est très calme et posé, et il est assis, ce qui lui confère une certaine aisance. C’est d’ailleurs sa voix que l’on entend en voix off, comme s’il était omniprésent.

La symbolique de la séquence est mise en place par les couleurs et l’atmosphère musicale ou lumineuse. On passe d’une sorte de pièce blanche, qui semble s’étendre à l’infini, à un univers régi par le mal, donc dans une atmosphère très noire, dont le ciel est extrêmement ombragé. On arrive à ce résultat grâce à des montages et une caméra numérique, un procédé sur lequel s’est entièrement appuyé le film Vidocq, sorti récemment, avec Gérard Depardieu comme acteur principal. Ces atmosphères blanches et noires sont très manichéennes, et il en va d’ailleurs ainsi aussi pour le film. La couleur rouge sang du fœtus, et fugitivement du ciel, symbolise, selon moi, le sang versé par tous les échappés de la matrice qui se sont fait tuer.

Matrix est un film époustouflant, tant par son scénario que par ses effets spéciaux qui, certes, ne sont pas originaux, mais sont merveilleusement agencés.

On peut noter que le thème de l’esclavage est suggéré. En effet, Morpheus, qui est le père spirituel de Neo, est aussi le symbole de la libération des esclaves noirs lors de la guerre de Sécession. En effet, le choix d’un acteur noir pour le rôle de Morpheus n’est pas le fruit du hasard. L’asservissement des hommes aux machines n’est pas sans relation avec l’esclavage des Noirs aux Etats-Unis. Lors de l’interrogatoire de Morpheus, l’Agent Smith tient des propos racistes, par exemple lorsqu’il parle de la saleté de l’humanité qu’il considère comme un virus. L’image de la chaîne que brise Morpheus lors de sa libération est l’indice le plus évident de ce parallèle subtil que présente Matrix.

Les personnages
Résumé
Analyse d'une séquence du film
L'allégorie de la caverne - Platon
Descartes et Berkeley, précurseurs de MATRIX
Conclusion

L’allégorie de la Caverne (Platon)

I. La caverne

Platon, dans l’allégorie de la Caverne, nous décrit une caverne à l’intérieur de laquelle se trouve une longue rangée de personnes assises dos à la sortie. Enchaînées à leur chaise depuis leur naissance, ces personnes n’ont pour champ de vision que le lointain mur de la caverne. Et leur vision de la réalité ne se limite qu’à celle-ci. Mais les prisonniers ne sont pas les seuls occupants de cette caverne. En effet, ceux que Platon nomme les marionnettistes, retiennent les prisonniers en captivité à leur insu. Un feu brûlant dans la caverne leur permet d’entrevoir ce qui les entoure, mais leur perception est altérée. Ils ne voient sur le mur au fond de la caverne que les ombres de ce que les marionnettistes veulent bien leur montrer. Dans Matrix, comme les prisonniers de la caverne, les humains enfermés dans la matrice ne voient que ce que les machines veulent bien leur laisser voir. Ils sont amenés à croire que ce qu’ils voient et entendent dans la matrice est la réalité. Pourtant, ce qu’ils voient ne sont que les ombres de la réalité.

II. Les marionnettistes

Dans Matrix, les marionnettistes sont représentés par les machines. Les prisonniers ne sont pas les seuls à être influencés par la réalité virtuelle ; en effet, les marionnettistes eux-mêmes sont en quelque sorte également influencés, car ils vivent aussi dans le monde virtuel qu’ils ont créé. Nous pouvons remarquer que vers la fin, l’Agent Smith commence à éprouver des émotions. Ainsi, étant obligé de vivre dans la réalité de la matrice, il s’adapte à elle et devient de plus en plus comme les humains enchaînés qu’il déteste tant.

III. La libération

Dans l’allégorie de la Caverne, Platon émet l’hypothèse qu’un des prisonniers serait déjà sorti de la caverne. Une fois tourné vers l’extérieur, ce dernier pourra voir les marionnettistes ainsi que le monde réel. Cette scène correspond au moment du film où Neo voit pour la première fois le monde tel qu’il est vraiment : un immense champ où les machines dominent les humains.

Neo subit un grand choc tant physique que moral lorsqu’il est confronté à la réalité. En effet, il refuse tout d’abord d’admettre la vérité. De plus, comme l’homme qui est sorti de la caverne qui ne peut regarder les objets réels droit en face, Neo distingue mal les objets. En effet, comme le lui explique Morpheus, ses yeux n’ont encore jamais servi.

Pour que le prisonnier de la caverne en sorte, il a forcément dû remettre en question le monde qu’il avait sous les yeux, en se demandant ce qu’il y avait au-delà de la caverne. Il a cherché à connaître la vérité. De même, Neo s’est toujours demandé ce qu’était la matrice et a toujours senti que quelque chose allait de travers dans le monde.

Morpheus : "You’re here because you know something. What you know you can’t explain. But you feel it. You’ve felt it your entire life. That there’s something wrong with this world. You don’t know what it is but it’s there, like a splinter in your mind driving you mad. It is this feeling that has brought you to me."

IV. Tentative de libération des prisonniers

Une fois de retour dans la caverne, le prisonnier libéré tente de raconter la vérité aux autres, de leur ouvrir les yeux. Malheureusement, s’étant accoutumé à la lumière, il est à présent maladroit dans l’obscurité de la caverne. Ses tentatives pour expliquer la vérité aux autres sont vaines. En effet, comme Morpheus dit à Neo : "Malheureusement on ne peut expliquer à personne ce qu’est la matrice. Tu dois le voir par toi-même." Les autres prisonniers de la caverne ne le croiront donc pas et le prendront même pour un homme peu sain d’esprit.

Morpheus : "You have to understand, most of these people are not ready to be unplugged. And many of them are so inert, so hopelessly dependent on the system that they will fight to protect it."

Dans Matrix, comme dans l’allégorie de la Caverne de Platon, les hommes ne sont pas prêts à accepter la réalité et préfèrent la caverne dans laquelle ils se sentent plus en sécurité.

Les personnages
Résumé
Analyse d'une séquence du film
L'allégorie de la caverne - Platon
Descartes et Berkeley, précurseurs de MATRIX
Conclusion

Descartes et Berkeley,
précurseurs de Matrix

Introduction

Le concept clé de Matrix, à savoir que le monde extérieur n’est qu’une illusion, est directement inspiré des théories de Descartes et de Berkeley. Nous pouvons parler de Matrix comme d’un film idéaliste.

Qu’est-ce que l’idéalisme ? C’est une théorie philosophique qui cherche à rendre des relations entre l’esprit et le monde. Le monde extérieur existe-t-il vraiment ? Peut-on prouver que le monde est une illusion ? C’est ce que nous verrons tout d’abord avec l’hypothèse du Malin génie de Descartes, puis avec l’idéalisme radical, ou immatérialisme de Berkeley.

I. L’idéalisme problématique (Descartes) : l’hypothèse du Malin génie, précurseur de Matrix

1) Descartes, continuateur des sceptiques

C’est dans les Méditations métaphysiques de Descartes, donc au XVIIe siècle, que "naît" à proprement parler l’idéalisme et que l’on trouve une hypothèse étrange, mais très proche du film Matrix. Il est vrai que ce genre de thèses existait déjà dans l’Antiquité, chez les sceptiques grecs. Mais ce n’était qu’une interrogation sur la possibilité, pour l’esprit humain, de connaître le monde extérieur. Les sceptiques se fondaient sur les diverses illusions et hallucinations des hommes pour dire que nous ne pouvons pas connaître avec certitude le monde extérieur.

Descartes reprend dans le Discours de la Méthode la même question que se posaient les sceptiques : existe-t-il une vérité ? L’homme peut-il connaître au moins une vérité ? Descartes utilise le doute hyperbolique, c’est-à-dire qu’il passe en revue tout ce que les hommes peuvent connaître, et va voir s’il y a une possibilité pour que chaque certitude soit fausse. Il n’y a pas de place pour le probable et le vraisemblable. S’il existe le moindre doute, il faudra le "rejeter comme absolument faux". Cette méthode de recherche de la vérité mène à une thèse plus "osée" que ce qu’on pouvait trouver chez les sceptiques.

2) Existe-t-il au monde quoi que ce soit de certain ?

Ce que nous tenons communément comme étant le plus certain est-il vrai? Ou bien peut-on trouver des raisons de douter ?

Il y a trois catégories de savoir : les sens, le raisonnement, et le vécu. Mais est-ce vraiment fiable ? Descartes répond non : les sens nous renseignent sur nos états mentaux, mais pas sur les choses elles-mêmes. Le raisonnement, quant à lui, peut être trompeur : certains hommes se trompent, pourquoi pas moi ? Je ne suis pas entièrement assuré de pouvoir avoir confiance en mon raisonnement. Quant au vécu, je ne peux en être sûr : il est impossible de discerner avec certitude les objets réels de ceux qui sont rêvés. Peut-être ma vie est-elle un songe ?

3) Le Malin génie et Matrix

Selon Descartes, il est possible qu’une divinité toute-puissante ait empli notre esprit d’idées auxquelles rien ne correspond. Vient alors l’hypothèse du Malin génie : et si un démon tout-puissant était continuellement en train de me tromper au sujet de l’existence du monde physique incluant même mon propre corps ? Cela se traduirait de la façon suivante : je croirais qu’il y a un monde extérieur, alors qu’il n’y en a pas ; ou je croirais avoir un corps, alors qu’il n’y en a pas. Le monde extérieur que je croirais percevoir ne serait que le fruit d’une machination, et donc, une grande illusion. En effet, selon Descartes, la perception qu’a un sujet d’un objet pourrait être dupliquée par Dieu ou par quelque Malin génie tout-puissant. Par là même, nous ne pouvons jamais être sûrs que c’est bien l’objet qui est à l’origine de l’expérience de la perception dans un sujet. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons jamais être certains d’être en train de percevoir l’objet. Le film Matrix peut bien être considéré comme une illustration de cette hypothèse du Malin génie de Descartes.

II. L’idéalisme radical (Berkeley)

Cet idéalisme, qui a sa source chez Descartes, va toutefois beaucoup plus loin que l’idéalisme, seulement problématique de Descartes. En effet, l’idéalisme de Berkeley est un idéalisme radical. Cette théorie affirme que tout ce qui existe est, soit un esprit (soit une conscience individuelle, soit Dieu), soit une perception de l’esprit. Tout, y compris le soi-disant " monde extérieur" est réductible à cela.

1) Idéalisme et immatérialisme

"Être, c’est percevoir et être perçu." Berkeley affirme qu’on ne sait rien d’un monde réel qui existerait indépendamment des sujets percevants. C’est-à-dire que rien au-delà des perceptions n’existe réellement. Cet " au-delà " est bien sûr la matière. La matière est extérieure à l’esprit, et accueillerait les différentes propriétés que je perçois, telles la couleur, les formes, ou encore l’odeur ou le goût. Il n’existe rien d’autre, en dehors de ces propriétés sensibles, et l’objet est réductible à ces propriétés. Elle n’est qu’une collection de qualités sensibles.

2)Difficultés de l’idéalisme

L’idéalisme est irréfutable

Si on objecte à Berkeley que les objets doivent bien exister quelque part quand ils ne sont pas perçus, ni par moi, ni par un esprit quelconque, il rétorque qu’ils existent, soit dans d’autres esprits que le mien, soit dans l’esprit de Dieu. Il répond encore qu’à supposer qu’il y ait un monde extérieur, comment pourrions-nous savoir quoi que ce soit à son propos ? Et même qu’il existe ? En effet, nous ne connaissons que ce que nous percevons.

Le problème est alors de savoir comment on peut distinguer la vérité de l’erreur.

Berkeley y parvient en disant que l’image est faible, confuse, désordonnée, contrairement à la perception réelle qui se reconnaît donc, elle, grâce à la stabilité, l’ordre et la cohérence.

Comment se fait-il que plusieurs esprits voient la même chose ?

Berkeley répond que c’est Dieu qui nous envoie nos perceptions, et qui coordonne les perceptions des différents esprits, de façon à ce qu’il y ait un monde commun à tous les esprits.

Il y a donc bien une source de perceptions pour Berkeley, sauf qu’il ne s’agit pas du monde extérieur, mais de Dieu, esprit suprême.

3)Avantage de l’idéalisme

L’intérêt de cette thèse est d’éviter le scepticisme, ainsi que le doute cartésien. Le scepticisme stipule qu’on ne peut rien connaître concernant le monde, et le doute cartésien, que peut-être, on ne connaît pas les choses telles qu’elles sont réellement. Or, s’il n’y a pas de matière, il n’y a rien au-delà de mes idées. Par conséquent, je connais directement les choses.

Les personnages
Résumé
Analyse d'une séquence du film
L'allégorie de la caverne - Platon
Descartes et Berkeley, précurseurs de MATRIX
Conclusion

Conclusion

Matrix est proche à la fois de Descartes et de Berkeley. La matrice est une nouvelle figure du Malin génie, et concrétise l’hypothèse de Descartes. Le film Matrix nous montre la possibilité que tout se passe effectivement comme cela se passerait si l’hypothèse de Descartes était vraie : peut-être sommes-nous manipulés ?

En définitive, Matrix est un film qui explore de nombreuses thématiques, allant du mythe du héros sauveur, à la philosophie de Descartes, en passant par l’esclavage. Ainsi, malgré les apparences, Matrix se révèle être un film très intellectuel. Mais, malheureusement, nombreux sont ceux qui sont passés à côté du véritable intérêt du film, ne considérant que son côté violent. Certains, même, ont mal interprété la "morale" :

Des références indignes d’un film qui se veut représentatif d’un "cinéma du futur " : l’Elu, l’Oracle, le Destin, la dictature de la pure conviction, la régression au primitif, toutes les bases d’une religion sectaire, ignoble et bien plus dangereux que tous les films gore de la planète. Une morale à gerber : la technologie = bad bad bad !!!

Mais le film, derrière l’aspect de l’action, ne présente pas de morale futuriste. Bien au contraire, il prend sa source dans des théories qui remontent à l’Antiquité.

Nous n’avons bien entendu pas pu toutes les explorer et avons donc choisi celles qui nous paraissaient les plus pertinentes. Par notre analyse, nous avons donc essayé de présenter une nouvelle vision de ce film; espérant que, mieux compris, il soit mieux apprécié et non considéré simplement comme un film d’action pour adolescents, bien qu’il ait déjà acquis le statut de "film-culte".

 
         
 


Mise à jour le 06-02-2004

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