Laëtitia Colombani

Propos recueillis le 26 mars 2002 pour la sortie de son film A la folie pas du tout

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
26-03-2002  
 
   

Quel a été votre parcours?

L.C. : J’ai passé mon bac a 18 ans, j’ai ensuite intégré Ciné Sup à Nantes, en section Louis Lumière, j’y suis restée deux ans. Puis j’ai été admise à Louis Lumière , je suis donc montée à Paris, ça a duré trois ans.

Vous ne vouliez pas tenter la FEMIS?

L.C. : Non, je préfèrais faire une école technique: quand on est réalisatrice, cela sert vraiment de connaître toute la technique, la caméra, la lumière, le cadrage. Donc j’avais envie de faire une école technique. Après, j’ai réalisé deux courts métrages, produits par Lazennec. En parallèle j’écrivais ce scénario de long métrage.

Ensuite, vous avez participé au concours du prix junior du Scénario?

L.C. : Travailler ce scénario m’a pris quatre ans: je l’ai commencé quand j’étais à l’école, puis continué pendant que je faisais mes courts métrages. Quand il a été terminé, je l’ai envoyé au Concours du Meilleur scénario junior, et à Charles Gassot. J’ai gagné le concours et Charles Gassot a décidé de le produire! A partir de là, tout est allé très vite: on a préparé le film, tourné cet été à Bordeaux pendant deux mois, monté en automne, et le film sort demain.

A côté de ça, je fais du théâtre depuis que je suis adolescente.

Vous êtes au conservatoire?

L.C. : Oui, j’étais dans un conservatoire de région, et maintenant dans un conservatoire à Paris, c’est là notamment où j’ai rencontré Elodie Navarre (n.a: Anita, dans le film).

Pourquoi n’avez-vous pas joué dans votre film?

L.C. : Je veux être comédienne mais je n’ai pas envie de jouer dans mes propres films. La réalisation demande tellement d’énergie qu’il doit falloir beaucoup d’expérience et de métier pour arriver à faire les deux en même temps!

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes cinéastes? Faut-il faire des études de cinéma? Beaucoup de cinéastes sortent de philo par exemple.

L.C. : Je n’étais pas du tout du milieu, mes parents non plus, je ne connaissais personne puisque j’étais bordelaise : faire une école de cinéma était très bénéfique puisque ça m’a permis de rencontrer des gens et de me faire une carte de visite, de me faire engager comme stagiaire. Il n’y a pas deux parcours identiques, mais, si on n’est pas connu, que nos parents ne sont pas du métier, qu’on n’est pas pistonné, il vaut mieux faire des études de cinéma. Faire une école n'est pas du tout suffisant: c’est un moyen, pas une fin.

Comment vous est venue l’idée du scénario?

L.C. : J’avais envie de faire une film à suspense, j’adore les thrillers, j’ai adoré Psychose, Usual Suspects, 6ème Sens..., des films qui traitent de la manipulation. J’avais très envie de faire un thriller, un film sur la folie, un peu bizarre, complexe.

Avec un retournement, c’est ça?

L.C. : Oui, c’est un peu risqué pour un premier film mais je me suis dit: quitte à écrire un scénario, autant s’amuser, essayer plein de choses. Si j’ai écrit ce scénario, c’est d’abord parce qu’en tant que spectatrice, ces films me plaisent.

Qu’est-ce qui a motivé le choix des acteurs?

L.C. : J’ai proposé le rôle à Audrey (Tautou) une semaine après la sortie d’Amélie Poulain, mais je n’avais pas vu le film.

Vous l’aviez vue dans Vénus Beauté?

L.C. : Oui, et dans plusieurs autres films, et je l’avais trouvée super: je voyais qu’elle avait une vraie présence, un côté ingénu très frais qui correspond bien au rôle. C’est un contre-emploi intéressant.

J’avais vu jouer Samuel Le Bihan au théâtre, il y a longtemps, quand il n’était pas connu: il jouait dans Un tramway nommé désir. Je trouvais qu’il avait un charisme très fort. C’est le seul pour lequel j’ai vraiment écrit le rôle.

Une fois qu’Audrey a accepté le rôle, je voulais quelqu’un qui soit très différent, qui soit rayonnante, posée, saine et drôle: du coup, comme j’avais adoré Harry, un ami qui vous veut du bien, j’ai demandé à Sophie Guillemin.

J’avais aussi très envie de tourner avec Isabelle Carré, je l’avais croisée il y a longtemps sur un tournage où j’étais stagiaire, Beaumarchais l’insolent. C’est là aussi que j’ai rencontré Charles Gassot.

Comment s’est passé ce stage?

L.C. : J’étais engagée comme figurante, car il n’y avait plus de place pour être stagiaire (il y avait déjà le fils de… la fille de... etc). En discutant avec l’équipe, je me suis rendue compte par un hasard total qu’il leur manquait quelqu’un: ils m’ont dit que puisque j’étais à Louis Lumière je pouvais rejoindre leur équipe ; ils m’ont emmenée avec eux pendant un mois et demi, deux mois. Donc j’ai été engagée tout de suite, c’était incroyable: j’ai eu de la chance .

Que doit-on retenir de votre film? Il y a une dualité étrange: le couple conventionnel d’un côté, la folle de l’autre. C’est votre image de l’amour?

L.C. : Non, bien sûr! Il y a plusieurs amours dans ce film: celui de Loïc (S. Le Bihan) et Rachel (I.Carré) qui est "plus abouti" puisqu’ils vont avoir un bébé, ils sont unis, de façon assez classique. Il y a Sophie Guillemin qui a plein d’aventures, Clément Sibony qui aime Angélique et sait qu’il ne l’aura jamais. Et puis Angélique qui a cet amour particulier, elle aime différemment des autres. Cette fille qui ne vit que par et pour ça alors qu’elle ne l’aura jamais, je trouve ça touchant. Mon but n’était pas du tout de faire un film sur l’amour, mais un film à suspense avec pour thème la folie amoureuse. Je suis toujours un peu étonnée quand on me dit que c’est un film d’amour.

Cette dualité est soulignée par la musique: romantique au début et angoissante à d’autres moments.

L.C. : Tout à fait, j’ai voulu écrire un film sur la folie, et en fin de compte c’est vrai que ça parle quand même d’amour. Cependant, ce n’est pas autobiographique!

Pourtant, il semble que les réalisateurs s’inspirent de ce qui est proche d’eux, surtout dans leur premier film.

L.C. : En fait, il y a de moi dans tous les personnages: on retrouve mon côté passionnée chez Angélique, le côté précision scientifique chez Loïc vient aussi de moi. Il y a un peu de moi, mais aucun personnage n’est vraiment mon double.

Quels sont vos projets?

L.C. : J’ai des projets en tant qu’actrice: Elodie Navarre va réaliser son premier court métrage et elle m’a écrit le rôle principal. Après l’avoir dirigée, c’est elle qui va me diriger maintenant. J’ai aussi des projets au théâtre. Mais, au niveau scénario, j’ai plein d’idées, mais je n’ai pas eu le temps de m’y mettre encore à fond.

Que pensez-vous du cinéma français aujourd’hui?

L.C. : Je pense qu’il est en pleine forme: j’ai beaucoup de plaisir à voir des films très différents. J’ai vu récemment Se souvenir des belles choses. Qu’on puisse faire des films aussi poétiques, c’est formidable ; qu’on puisse faire des films aussi énormes que Le pacte des loups ou Astérix, c’est bien aussi. Je trouve que le cinéma français est de plus en plus diversifié: on fait des films qui étaient un peu réservés aux américains.

On a reproché au cinéma français de vouloir imiter les américains.

L.C. : Les cinéastes français maintenant veulent raconter autre chose que des films sociaux, un peu marginaux ( des films d’auteurs ). C’est bien, mais il ne faut pas qu’il n’y ait que ça. Le pacte des loups, ce n’est pas un film que j’irais voir, mais je trouve bien qu’on puisse faire des films comme ça. Il y a quelques années, je ne crois pas qu’on aurait pu faire ça en France. On voit aussi l’apparition des films de genre: avant, quand on disait "film français", c’était presque péjoratif.

Quel est le dernier film que vous ayez vu?

L.C. : Un homme d’exception, le film oscarisé m’a beaucoup intéressée: la première et la dernière heure ne sont pas bien du tout, très américaines, mais le centre du film est proche finalement de mon film. C’est mis en scène de manière intéressante, si on enlève tous les clichés américains.

 
         
 


Mise à jour le 13-11-2008

Pedro Costa - Dans la chambre de Vanda

Laurent Cantet : Entre les murs

Ari Folman : Valse avec Bachir

William Klein : Regards sur mai 1968

Joseph Morder : J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un

 
   

> Sommaire des rencontres
> Version imprimable


Lire la critique de
A la folie Pas du tout