Renaud Cohen

Entretien réalisé le 2 Mai 2001 à l'occasion de la sortie du film Quand on sera grand

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
02-05-2001  
 
   

Pourquoi avoir choisi ce titre Quand on sera grand ? Le film offre-t-il en quelque sorte une réponse ?

Renaud Cohen : Le titre n'est pas une question, donc le film n'offre pas de réponse. Mais l'idée de Quand on sera grand, c'est un peu le dénominateur commun de tous les personnages : ils ont tous des blocages, ils ont tous peur, et dans le film chacun cherche à avancer un peu. Et donc, à la fin, chacun a un peu avancé : et ils sont tous un peu plus grands.


Le choix des comédiens a t-il été difficile ?

R. C. : Il y a en tout soixante personnages au sens large, sept ou huit importants. Ça a été un vrai défi de choisir des comédiens qui correspondaient bien. Par exemple, la grand-mère de 80 ans qui perd la tête, et qui raconte des histoires sur l'Algérie qu'elle a quitté en 1967. Pour elle, on a cherché une comédienne non professionnelle,
on a mis des annonces partout dans Paris pour trouver quelqu'un de 80 ans, naturelle, et qu'on
n' identifie pas tout de suite, comme une comédienne. Après ça, chaque comédien a une histoire différente .


Donnez-vous de l'importance à la famille? Il semble que ce soit l'un des thèmes principaux du film : il s'agit d'ailleurs de familles incomplètes ou un peu perdues.

R. C. : Je pense que pour chacun de nous, la famille c'est très important, car on a deux problèmes dans la vie ; c'est papa et maman. On en est tous là ; si on n'a pas eu l'un ou l'autre, c'est encore plus problématique, car c'est ce qui nous a fabriqué ! Dans mon film il y a donc des personnages qui ont des choses à résoudre avec leur passé et leur famille.


Quelles ont été vos sources d'inspiration ? Vos maîtres ?

R. C. : Les cinéastes que j'aime beaucoup : Woody Allen, Nanni Moretti, sinon Lubitsch ou Chaplin.


A propos de votre film, certains ont parlé du "syndrome de Peter Pan", pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

R. C. : Je trouve qu'effectivement Simon ressemble à beaucoup de gens de sa génération qui n'ont pas envie de rentrer dans le monde adulte, et qui ont du mal à s'engager, à prendre des responsabilités, par souci de garder leur liberté. Donc ce sont à la fois des gens idéalistes, car ils pensent que la réalité est méprisable, mais ils sont
un peu lâches aussi.


La Femis est-elle la meilleure solution pour devenir cinéaste ?

R. C. : Disons que c'est la solution la plus confortable. C'est comme si on disait qu'on a un voyage à faire entre le moment où on a envie d'être cinéaste et le moment où on fait son premier court métrage. On fait le voyage soit dans le wagon à bestiaux, soit en première classe. La Femis, c'est la première classe. On a tous les moyens pour faire le court métrage mais ça ne veut pas dire qu'à l'arrivée le type qui a voyagé en première classe sera meilleur cinéaste qu'un autre.

Quels conseils donner à des jeunes qui veulent devenir réalisateurs ?

R. C. : Un jeune qui veut faire du cinéma a facilement accès à une caméra, il peut aller voir des associations et s'y frotter directement. Aujourd'hui, l'outil vidéo est facilement accessible. Pour faire de premières expériences avec des copains, trouver les moyens de monter par l'informatique, ça peut déjà être le premier stade. Après,
il y a pas mal de stages dans les milieux associatifs pour avancer plus loin, il y a aussi des écoles ensuite.

Comment ça se passe avec les distributeurs ? Comment décide-t-on de la programmation, du nombre de salles, etc.

R. C. : La distribution, c'est un moment très important du film car le distributeur doit investir lui-même, d'une part pour les copies du film et aussi pour la publicité. Donc il y a un certain nombre de premiers films qui ne sortiront jamais car le distributeur ne veut pas sortir l'argent. Moi j'ai eu la chance d'avoir le distributeur dès le début. A l'arrivée ça leur a plu et ils ont sorti le film dans soixante-dix salles en France, ce qui n'est pas mal.

Que pensez-vous de l'accueil des critiques, pour un premier film?

R. C. : Dans mon cas, j'ai plutôt eu une bonne presse, même très bonne. J'avais beaucoup d'appréhension par rapport à ça, mais ça s'est bien passé. C'est vraiment important car on peut être descendu par des journalistes et, très vite, ça peut détruire le moral. Personnellement, j'ai eu de bonnes critiques, ça m'a un peu blindé en attendant la mauvaise critique du Monde, la veille de la sortie.
Mais je ne l'ai pas lue, et ça ne me manque pas du tout !

Dans la presse, on a dit de votre film qu'il correspondait aux tendances actuelles, c'est-à- dire Ca ira mieux demain, les films de Cédric Klapish, etc. Etes-vous d'accord avec cette analyse ?

R. C. : Je dirai que c'est un film de son époque dans le sens où il raconte des choses actuelles. Mais ce n'est pas un film "à la mode",
il n'est pas forcément branché : cependant il reflète l'état d'esprit d'une époque.

 
         
 


Mise à jour le 13-11-2008

Pedro Costa - Dans la chambre de Vanda

Laurent Cantet : Entre les murs

Ari Folman : Valse avec Bachir

William Klein : Regards sur mai 1968

Joseph Morder : J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un

 
   

> Sommaire des rencontres
> Version imprimable