Caché

Rencontre avec Michael Haneke, lors d’une présentation pour le 43e New York Film Festival.

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
08-10-2005  
 
   

Michael Haneke : D'abord, ne me demandez pas qui a envoyé les cassettes. Pour l'instant je crois que cinq interprétations circulent, et je ne vais pas dire laquelle je préfère. Je n'aime pas interpréter ce que je fais, je trouve cela contre-productif.

Pourquoi ce final ?
M. H. : A la fin du film les deux acteurs disent un texte qui est inaudible pour le spectateur mais que j'ai écrit pour eux. La constante dans mes films est l'espace de liberté laissé au public. Mon cinéma est proche de la littérature, en ce sens. J'essaye de créer une dramaturgie avec laquelle il faut constamment lutter : par la frustration, j'espère impliquer davantage les spectateurs dans le film.

De quelle façon Caché est-il lié à votre autres films ?
M. H. : Je ne sais pas, je ne regarde jamais mes vieux films.

Est-ce la culture de la surveillance qui a constitué le point de départ du film ?
M. H. : C'est plutôt le rôle des jeux vidéo et des médias dans nos vies, la manière dont nous vivons à travers eux. On finit par se méfier de la réalité : on pense que ce qu'on sait, on le sait parce qu'on l'a vécu physiquement, or, à travers les médias on a simplement l'illusion de vivre quelque chose. Il y a là manipulation. Le film aspire à refléter ce danger.

Vous parlez aussi de la question algérienne dans le film.
M. H. : J'ai vu un documentaire sur Arte qui parlait de ce qui s'est passé en 1961 et j'ai trouvé cela incroyable ; c'est resté caché pendant si longtemps ! Ca a été le point de départ du film : un homme adulte est confronté à un acte qui a eu lieu pendant son enfance. Ce n'est pas une question spécifiquement française, chaque pays a ses histoires honteuses. Ce qui m'intéressait, c'était la manière dont la culpabilité personnelle reflète la culpabilité collective.

Vos films traitent de l'anxiété du rapport parents-enfants.
M. H. : Si c'est le cas, je ne m'en rends pas compte. Avec le choix de ces personnages, j'essaye simplement de faciliter l'identification du spectateur, l'empathie. Il s'agit ici d'une famille bourgeoise pour qui il est facile d'avoir des affinités.

Comment se passent le tournage et le montage ?
M. H. : Je tourne vite, avec peu de répétitions et, le plus souvent, une prise pour chaque scène. Si c'est raté, je m'en rends compte au montage, tant pis pour moi. Le montage est aussi très rapide, j'ai monté Caché en trois semaines – c'était risqué.

Comment s'est passé le travail avec les deux acteurs principaux ?
M. H. : Mes parents étaient acteurs, je pense que cela influence de fait ma façon de diriger les acteurs. C'était différent avec chacun : Daniel Auteuil est un acteur très technique, Juliette Binoche, au contraire, s'intéresse plus à la psychologie du personnage.

Vous considérez-vous cinéaste français ou autrichien – ou franco-autrichien ?
M. H. : Je ne sais pas qui je représente et je ne me définis pas en ces termes. Je vis en France donc le contexte français m'est plus familier en ce moment.

Vous avez dit être influencé par Robert Bresson.
M. H. : C'est exact, je pense plus particulièrement à sa mise en scène épurée. Kiarostami est aujourd'hui, pour moi, le rêve en matière de réalisation.

 
         
 


Mise à jour le 13-11-2008

Pedro Costa - Dans la chambre de Vanda

Laurent Cantet : Entre les murs

Ari Folman : Valse avec Bachir

William Klein : Regards sur mai 1968

Joseph Morder : J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un

 
   

> Sommaire des rencontres
> Version imprimable


Lire la critique de
Caché