Etienne Chatiliez

Entretien à propos de son film Tanguy

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
01-01-2002  
 
   

Quel est le fil directeur de vos quatre films ?

Etienne Chatiliez : Je ne sais pas exactement. C'est peut-être observer la société dans laquelle je vis..

La famille y tient une place importante.

E. C. : Oui, la famille aussi, ça en fait partie.
Observer les différentes couches sociales et essayer de franchir un peu la " ligne jaune ".

Vos films sont assez méchants, êtes-vous méchant ?

E. C. : Non. Je ne crois pas, mais peu de méchants se voient comme tels !

Y a t-il un souci de vraisemblance psychologique dans la comédie ?

E. C. : Ça dépend des comédies. Moi je ne fais pas des films très psychologiques, comme vous pouvez le constater. Ce n'est pas ça qui m'intéresse ; j'essaye de faire rire avec des choses sérieuses.

Vous regrettez de ne pas avoir fait d'études : or, dans votre film, est-ce que Tanguy n'aurait pas fait trop d'études ? Il semble vivre une adolescence prolongée.

E. C. : Un petit peu : j'ai l'impression qu'on fait ses études à un âge où ça ne nous intéresse pas forcément. C'était le cas pour moi. C'est à quarante ans que j'ai l'impression de pouvoir saisir de quoi on parle et de ce dont il s'agit, avec une petite expérience. J'ai toujours eu le sentiment que les études, si elles sont pensées pour obtenir un travail, sont beaucoup plus difficiles, je crois qu'il faut les faire pour soi, pour sa culture générale.

Pourtant on peut concilier les deux.

E. C. : Oui, mais dans le cas de Tanguy, il s'agit d'engranger du savoir sans envisager de débouchés réel.

Il est prof quand même !

E. C. : Oui, mais c'est un thésard ; il a envie de finir sa thèse, et puis ensuite une autre et, peut être après, de faire un livre qui n'intéresse pas grand monde : continuer à apprendre et à savoir.

Quelles sont les recettes du succès pour les comédies (s'il y en a) ?

E. C. : Je n'en sais rien du tout. Je pense qu'il n'y en a pas vraiment : il faut essayer de faire ce qu'on croit devoir faire et ce dont on a envie. Pour faire rire les autres il faut déjà se faire rire soi-même .

La salle a beaucoup ri aujourd'hui.

E. C. : C'est vrai ?

Oui, oui. Est-ce que la pub est la meilleure école ?

E. C. : Pour moi c'était la meilleure, dans la mesure où c'était la mienne et la seule que je connaissais. Il y a beaucoup de chemins différents, c'est chacun le sien. Tous les gens qui font de la publicité ne font pas du long-métrage ! Pour moi ça a été un itinéraire pratique.

L'humour, ça s'apprend ?

E. C. : Je ne crois pas non. J'ai l'impression que quand on fait un film qui se veut drôle, on doit l'être aussi, dans un sens. Je crois qu'il y a peu de choses qui s'apprennent.

Avez vous vu Amélie Poulain ?

E. C. : Oui, je l'ai vu très en retard car j'étais en tournage, je l'ai vu en juillet.

Vous avez aimé ?

Je pense que c'est formidable et que c'est totalement à l'opposé de ce que je fais, et ça m'intéresse toujours de voir les choses et leur contraire. C'est tout à fait antagoniste, mais il y a de la place pour pleins de choses différentes.

Que pensez-vous de notre (de ma) génération ?

E. C. : Quel âge avez-vous ?

17 ans . Croyez-vous que nous sommes immatures et décervelés ?

E. C. : Non et je pense que le film ne parle pas vraiment de cette génération : on se sert de quelque chose qui existe mais le cas de Tanguy est tout à fait particulier, je n'avais pas le désir de faire le portrait d'une génération, mais plus celui de Tanguy qui est un extraterrestre. Si ses parents se cassent les dents sur lui ce n'est pas parce qu'ils ont commis une erreur mais parce que n'importe qui se serait cassé les dents sur lui : sa demande est tout à fait spéciale et unique.

 
         
 


Mise à jour le 13-11-2008

Pedro Costa - Dans la chambre de Vanda

Laurent Cantet : Entre les murs

Ari Folman : Valse avec Bachir

William Klein : Regards sur mai 1968

Joseph Morder : J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un

 
   

> Sommaire des rencontres
> Version imprimable


Lire la critique de
Tanguy