La Vie aquatique

Conférence de presse du 16 février, à Berlin avec Wes Anderson et Anjelica Huston

 
   


Propos recueillis par Raphaël Lefèvre
16-02-2005  
 
   

- A votre avis, que penserait le commandant Cousteau de votre film ?
Wes Anderson : Cousteau était mon héros, il a bien-sûr été une source d’inspiration. C’était un inventeur, un cinéaste, je le considérais comme une star de cinéma. Je crois qu’il aimerait le film, car il aimait qu’on lui prête de l’attention ! Cela dit, le film n’est pas sur lui.

- Pouvez-vous nous parler de la musique ?
W. A. : Quand j’écris, j’ai toujours des idées de chansons qui me passent par la tête, et là j’avais les chansons de David Bowie en tête. Le type qu’on a casté [le chanteur brésilien Seu Jorge, ndr] a vraiment interprété les chansons sur le plateau. Cela a donné au tournage une atmosphère romantique – ce qui n’est pas toujours le cas !

- C’est un film assez inhabituel. Qu’avez-vous appris en le faisant ?
Anjelica Huston : J’ai appris à supporter des lentilles de contact… J’ai surtout appris des choses en dehors du film, par exemple des choses sur la Vierge Marie en me baladant dans Rome quand je ne tournais pas ! En tout cas, je n’ai pas su si j’avais le pied marin car je n’ai pas beaucoup tourné sur le bateau.

W. A. : J’ai appris à plonger – presque tout le monde, d’ailleurs. Et puis j’ai appris beaucoup de choses sur la vie en mer, sur le fait de travailler à l’étranger – c’était la première fois, et c’est très différent. Tout un changement de manière de vivre.

A. H. : J’ai vu le film six fois, et à chaque fois je pense à quelque chose de différent. Une fois je prête attention à toutes les trouvailles qui viennent de l’étrange imagination de Wes, une autre fois je me concentre sur le film dans le film, une nouvelle fois j’y vois un film sur la vie émotionnelle – tous ces personnages qui avaient du mal à nouer des liens et que la vie en mer aide à se rapprocher –, sur l’amour, sur une drôle de famille… bref, sur beaucoup de choses. C’est un film brillant car il n’arrête pas de faire réfléchir. Il a l’air très simple en surface, mais après coup vous ne pouvez vous empêcher d’y songer, et il s’avère bien plus complexe. C’est pour ça que j’aime aller à Wesworld…

- Avez-vous été déçu que Le Monde de Nemo sorte avant vous ?
W. A. : Oui. Mais je ne l’ai pas encore vu !

- On pense à Fellini, à Jerry Lewis… Est-ce que ce sont des influences conscientes ?
W. A. : Fellini est effectivement un grand cinéaste, et on ressentait en quelque sorte sa présence sur le plateau de Cinecittà, où on a tourné. Le côté artificiel assumé du film est sûrement lié à lui, oui. Quant à Jerry Lewis, je vois ce que vous voulez dire, mais non, il ne m’a pas influencé. Quoi qu’il en soit, c’est un film que je ne sais pas trop comment qualifier ; il y a beaucoup de choses dedans, et c’est vrai qu’il risque de déconcerter les spectateurs.

- Vos films sont de plus en plus fantaisistes. Feriez-vous des documentaires sur vos thèmes de prédilection ?
W. A. : On a choisi de représenter la vie sous-marine de façon artificielle car des chaînes comme Discovery font très bien ça d’un point de vue documentaire, mieux qu’on ne l’aurait fait nous-mêmes, et puis on voulait montrer au spectateur quelque chose qu’il n’a jamais vu. Pour le documentaire, j’ai une idée, mais sur une personne en particulier, pas forcément sur les valeurs familiales.

- Le personnage de Willem Dafoe, Klaus Daimler, est très drôle, mais avez-vous pensé attribuer le rôle à un vrai Allemand ?
W. A. : Oui, j’avais un Allemand qui allait le faire, un acteur plus jeune, mais finalement il n’a pas pu. Alors j’ai pensé à Willem Dafoe, qui s’est révélé très drôle. Son personnage voit Bill Murray comme un père, alors qu’il pourrait être plus vieux que lui…

- Vous semblez plus intéressé par l’échec que par le succès ?
W. A. : Oui, c’est toujours plus intéressant. Ce n’est pas une volonté absolue de parler de l’échec, mais c’est vrai que je m’intéresse plutôt aux personnages qui ont des déceptions, des faiblesses. C’est un thème plus complexe, je crois, que le succès.

- Quels sont vos projets ?
W. A. : Je travaille pour l’instant sur le script d’un film d’animation d’Henry Selick [L’Etrange Noël de M. Jack, ndr] adapté de Roald Dahl. Je vais peut-être faire un film en Inde, et sinon j’ai le projet de documentaire que j’ai évoqué tout à l’heure.

 
         
 


Mise à jour le 13-11-2008

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