El abrazo partido (Le Fils d’Elias)

Conférence de presse à Berlin le 9 février 2004 avec Daniel Burman (réalisateur), Daniel Hendler (acteur)

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
21-04-2004  
 
   


Daniel Hendler, Daniel Burman

Comment définiriez vous votre esthétique?

Daniel Burman : On la rapproche souvent de celle du Dogme, parce qu’elle est sans apprêt. Je pense plutôt qu’elle revêt une forme « hédoniste », si l’on peut parler en ces termes. La forme filmique doit s’approcher des émotions : Le Fils d’Elias est une fiction de la vie quotidienne, sans être un documentaire, sinon il y aurait un contresens. On peut le voir dans le film, beaucoup de scènes ont été filmées dans la rue; d’ailleurs les passants ne regardaient même pas la caméra. On n’a finalement pas eu besoin de recréer la réalité : elle était là. La travail de la caméra n’est pas le résultat d’un caprice. Très légère, elle devait permettre d’inclure le spectateur dans le décor.

Comment s’est déroulé le tournage ?

D. B. : Il y a des acteurs professionnels et des gens issus du quartier (il s’agit du quartier de l’intégration à Buenos Aires). Mélanger les deux a été très important pour l’émulsion du groupe. C’est le film dont je rêvais, on ne m’a jamais astreint à quoi que ce soit. C’est bien la première fois que je suis à 100 % le scénario, comme ancre et référence permanente. Il y avait quand même une marge de manœuvre, on n’est pas chez Coca Cola où tout est figé.

Ce film est-il biographique ?

D. B. : En tout cas il n’est pas autobiographique. Mes parents sont avocats, il n’y a donc aucun rapport avec le héros. Par contre nous avons tourné dans mon quartier; les personnages sont les héros ordinaires de ces galeries marchandes. Ce qui m’a intéressé c’est l’histoire du père qui abandonne sa famille pour un idéal. Il y a eu un vrai dilemme moral lors de la guerre du Kippour. Beaucoup d’hommes à Buenos Aires sont partis et ne sont jamais revenus. Ainsi ce rapport père-fils et mère-fils se trouve intégré à un contexte historique. D’autre part j’ai le sentiment que la notion de fils est une invention du XXe siècle. Dans le film, tout se détruit à l’apparition du père.

Daniel Hendler, que faisiez-vous avant de jouer dans Le fils d’Elias ?

Daniel Hendler : Je suis originaire de l’Uruguay, où je continue de travailler. Je suis acteur de théâtre à Montevideo. Le Fils d’Elias est mon troisième film avec Burman.

Quelle influence a eu la culture yiddish sur votre travail?

D. B. : Une influence importante, c’est certain. La particularité de la situation et du passé juifs entraînent forcément certaines situations dans le film. Je suis juif et cinéaste. Bon. Je ne sais pas trop quel rapport les deux entretiennent entre eux. Il y a de l’humour juif mais un humour très argentin aussi.

Quelle est la situation du cinéma argentin ?

D. B. : Ici on ne spécule pas sur l’avenir, chaque film est le dernier. D’autre part, ce rapport au cinéma a une influence sur le fond des films, sur notre vision : de mon point de vue, tout est extraordinaire et rien n’est normal (pour schématiser). Ensuite, on se sent investi d’une responsabilité en étant financé par le gouvernement. Il y a un très fort soutien de l’Etat pour le cinéma argentin.

Quelle est aujourd’hui l’influence de Solanas, figure du cinéaste argentin ?

D. B. : C’est quelqu’un d’important pour notre cinéma, bien sûr. Ses films sont très marqués par l’inscription du cinéma dans la vie. Je pense ne pas mentir en disant que tous nos films sont un peu une référence permanente à lui.

Vous présentez l’Argentine différemment de vos contemporains.

D. B. : Effectivement, je montre une facette différente des autres films. Les gens qui attirent les vaches pour les manger cela existe tout a fait. Moi je montre la bourgeoisie argentine qui est tout aussi réelle, je ne veux pas qu’on me le reproche. Il y a plusieurs réalités c’est le paradoxe argentin que de les montrer.

Les personnages du film ne vivent-ils pas comme dans un ghetto ?

D. B. : Cela a toujours existé je crois. Ce milieu confiné est une protection constante.

Quels sont vos projets ?

D. B. : Mon prochain film portera sur l’émigration argentine au début du siècle.

 
         
 


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