Les disparues

Conférence de presse avec Ron Howard (réalisateur) et Cate Blanchett (actrice), le 7 février 2004 à Berlin

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
17-03-2004  
 
   

 
Cate Blanchett et Ron Howard

- Ron Howard, que représente ce film dans votre parcours de cinéaste ?

Ron Howard: Je suis assez d’accord avec la dénomination " western métaphysique ". Je n’ai pas voulu approcher la question du genre, mais plutôt le traitement de la période historique qui s’y rapporte. En tant que fanatique, j’ai toujours voulu faire un western. Pour ce film, j’ai eu envie d’exploiter les possibilités offertes par la région (le South-West). Après avoir tourné Un homme d’exception, j’ai également eu envie de regarder de plus près les réactions et la psychologie de personnages impliqués dans des moments complexes, de crise. J’ai essayé de traduire cinématographiquement ce que les personnages ne peuvent pas dire, car ils n’ont pas le vocabulaire nécessaire ne serait-ce que pour articuler ces idées. J’aimais l’idée de réunir ce groupe de caractères inhabituels dans un conflit politique qui résonne encore aujourd’hui, tout en abordant la question de la spiritualité. Je me suis aussi intéressé aux interactions de cette famille et au rôle important des femmes. Le ton était plus psychologique que physique ou viscéral contrairement à ce que l’on attend du genre, traditionnellement.

- Donc le western n’est pas complètement réactionnaire.

R. H. : J’espère bien que non. Le fait est que l’action du film prend place après plusieurs siècles de conquêtes et d’éradication des indiens. J’ai essayé d’avoir un regard plus franc sur cette période. Mais je ne voulais pas faire mon film là-dessus, plutôt sur les répercutions de ces événements de façon concrète.

Cate Blanchett : J’ai trouvé des photos d’époque, de femmes posant fièrement à coté de leur fusil. J’ai aussi lu certains de leurs journaux relatant leur voyage vers l’Ouest : j’ai été frappée par l’absence de sentimentalisme ainsi que par la nature biblique de ce voyage.

- Cate Blanchett il s’agit là de votre premier rôle dans un western, pourquoi ?

C. B. : Je n’ai pas envie de me cantonner aux mêmes rôles. Pour ce film, Ron Howard m’a convaincue, surtout lorsque je l’ai vu avec une tarentule sur le bras, allongé dans son bureau, disant : " tu vois, ce n’est pas si difficile ". J’étais bien obligée d’accepter. Je me suis beaucoup entraînée pour monter à cheval, pendant des heures, chaque jour (pourtant je n’aime pas trop m’éloigner de la machine à café). Tommy Lee Jones est un expert, un professionnel des chevaux, il m’a tout appris.

- C’est l’idée d’un western féminin qui vous a plu ?

C. B. : Mon père était texan, les carabines ne me sont pas étrangères. J’ai aussi grandi en regardant les films de John Wayne. Pour ce film, qui se passe dans le désert, l’introspection qui en découle m’intéressait, corrélativement au genre même du western, je trouvais cela inhabituel. Il y a aussi l’aspect "trans-générationnel" qui génère beaucoup plus d’émotion qu’un western traditionnel.

- A quel point John Ford vous a-t-il influencé?

R. H. : Quand j’avais huit ans je voulais être réalisateur, scénariste, cameraman, et joueur de base-ball. A l’âge de quinze ans j’ai découvert Ford et Capra. Mon film préféré de Ford est My Darling Clementine. Mon film n’est pas du tout un hommage à Ford. Il est certain que ses films m’ont marqué mais j’essaye toujours de me démarquer pour me concentrer sur ce que je dois faire. En ce qui concerne le western, j’ai eu un rôle dans le dernier film de John Wayne, dont le style, très contemporain et mid-70’s ne lui plaisait pas. En tout cas, cela m’a permis d’appréhender la nature mythique de l’ouest, qui est assez proche de la fable finalement.

- Parlez-nous du traitement de la violence dans le film.

R. H. : Je crois qu’il y a un double impact. La violence est ici présentée du point de vue des protagonistes : les scènes ont été tournées depuis leur perspective. La violence du film n’est pas graphique comme dans d’autres. Pourtant j’ai pu constater une vive émotion chez les spectateurs, comme si l’acte de violence dont il était témoin était aussi commis sur lui. Il y a comme une réverbération.

- Une idée reçue est de dire que les États-Unis sont un pays sans culture.

C. B. : La question est surtout de savoir à quel moment commence la culture. Bien sûr celle des États-Unis est jeune mais elle existe néanmoins. Je trouve extrêmement dangereux de dire qu’il n’y a pas de culture, cela permet aux gens d’éviter d’analyser vraiment de quoi il retourne.

 
         
 


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