Triple agent

Conférence de presse avec Serge Renko (acteur), Katerine Didaskalu (actrice), Françoise Etchegaray (productrice)

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
17-03-2004  
 
   


Serge Renko et Katerine Didaskalu

- Pouvez-vous nous parler de l’ambiguïté de ce personnage (Fiodor) ?

Serge Renko : En voyant le film, on aboutit à cette conclusion qu’on ne peut pas prédire la complexité des situations historiques (même si Fiodor, en prise avec cette Histoire, est très intelligent). Il fait semblant d’avoir toutes les cartes en main, mais finalement, on ne sait pas s’il trahit sa cause. S’il le fait, c’est par amour.

- Françoise Etchegaray, comment produit-on un film de Rohmer ?

Françoise Etchegaray : On ne trouve pas d'argent pour Rohmer en France. Il est rejeté par le système alors que c'est l'un des cinéastes qui s'exporte le mieux. France 3 et Arte ont dit que le film n’avait aucun intérêt. L'avance sur recettes nous a été refusée, comme pour Ma nuit chez Maud, l'un de ses grands succès à l'étranger. On lui reproche de faire " de la littérature ". Triple Agent n'aurait pas réussi à se monter sans l'Italie, l'Espagne, la Grèce et la Russie qui l'ont coproduit avec France 2 et Canal+ (le budget est de 5 millions d'euros). Puisque l’institution lui crache dessus, son discours à lui est de dire que de toute façon il fait des films qui ne coûtent rien. Il lui est arrivé de tourner avec trois personnes sur le plateau. Mais pour L’Anglaise et le Duc et Triple Agent c’était différent car il fallait reconstituer décors et costumes. Ce sont des vêtements d’époque. Quand au lieu (le Musée des Cosaques), on trouve toujours, rue du Colisée, l’ancien bureau des Russes blancs, avec des portraits d’époque. Il y a toujours des miracles sur les tournages de Rohmer.

- En Allemagne on perçoit souvent le cinéma de Rohmer comme un cinéma archaïque.

S. R : Pourtant il est bien plus moderne que l’on ne croit (dans son propos comme dans sa forme). Ensuite, il y a beaucoup de cinéastes de vingt-cinq ans qui tournent comme des vieillards, contrairement à d’autres de quatre-vingt ans qui ont des choses à dire.

- Katerine Didaskalu, pourquoi avoir choisi de tourner avec Rohmer ?

Katerine Didaskalu : Cela ne se refuse pas. D’abord j’ai fait des films dits " d’action " (par opposition à son cinéma, qui est plus sage). Ce qui me touche c’est l’aspect proprement humain qui réside dans la parole, dans le fait de parler. On dit bien souvent que ses films sont bavards, je ne suis pas d’accord. Après avoir vu beaucoup de ses films, je trouve ses visages criants de vérité, il s’en dégage une vérité ontologique du cinéma.

- On dit, entre autres choses, que les films de Rohmer sont " narratifs ", qu’en pensez-vous ?

F. E : Non. Il faut rendre l’importance du dialogue. Ce n’est ni du théâtre filmé ni du récit littéraire, c’est toujours du cinéma avec le mouvement de la caméra autour. Le soubassement de cette mise en scène est Dostoïevski, car le héros est russe. D’ailleurs Rohmer se dit metteur en scène et déteste le terme de " réalisateur ".

- Quelles sont les " thématiques " rohmeriennes de Triple Agent ?

F. E : Il y a d’abord celle du soupçon, qui pèse sur les personnages comme sur la narration. Ensuite on y trouve celle du couple dans l’Histoire : Rohmer trouve que l’Histoire est riche en scénarios… alors pourquoi ne pas s’en servir. D’autre part, l’utilisation des images d’actualités allège le scénario alors qu’elles pourraient l’alourdir.

 
         
 


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