Feux rouges

Conférence de presse avec Cédric Kahn, Jean-Pierre Daroussin, Carole Bouquet, le 10 février 2004 à Berlin

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
03-03-2004  
 
   


Cédric Kahn, Carole Bouquet, Jean-Pierre Daroussin

- Qu’est ce qui a motivé votre choix d’adapter ce roman de Simenon ?

Cédric Kahn : Dès que j’ai lu le livre – environ un an avant le tournage - je l’ai trouvé très fort. Il mêlait admirablement le suspense de Simenon et une histoire d’amour, et ça, c’est intemporel. Les bons romans n’ont pas d’époque, c’est pour cela que le film se passe en France aujourd’hui.

- Parlez-nous du décor.

C. K. : D’abord, ce sont des lieux reconstitués, ce n’est pas la même route tout du long. Nous avons travaillé pour cela avec le chef décorateur. Le film raconte un faux itinéraire, la route est autant un décor qu’une situation. C’est aussi une métaphore de la vie de ces deux personnages.

- Et la conclusion du film : doit-on comprendre qu’il y a un apaisement ?

C. K. : Le livre est basé sur une épreuve dont les personnages sortent plus forts, plus unis. On peut y voir un apaisement car, même si Hélène est victime, il y a un "après". Le cinéma est un art du temps réduit dans le sens où il réduit le temps des personnages. La scène finale se situe après la tempête.

- Et la scène où Antoine revoit sa femme étendue fumer un joint ?

C. K. : C’est un choix, bien sûr, je ne voulais pas que ce personnage soit trop monolithique, que ce soit uniquement une femme d’affaires inhumaine. D’autre part, cette scène marque la frontière entre rêve et réalité, c’est une nuit fantasmée, pendant une nuit d’ivresse : les personnages sont réunis dans une autre dimension à ce moment-là.

- La musique de Debussy rappelle les films de Hitchcock.

C. K. : Peut-être. Pour la musique, je suis retourné au patrimoine. Debussy est peu utilisé au cinéma, je ne sais pas pourquoi. Ici, cette musique a une double vertu, elle produit un effet d’écho car elle est à la fois tragique et légère (ce qui produit une impression irréelle). Le plus important était de faire un film à suspense. Il y a les ingrédients pour que ça dérape.

- Comment avez-vous vécu ce rôle ?

Jean-Pierre Daroussin : C’était un rôle contraignant, mais j’ai passé ce contrat avec Cédric Kahn. Il fallait se donner dans cette chute. Pour cela, nous avons travaillé de manière chromatique : comme on ne savait pas comment doser le film, on a essayé plusieurs couleurs. Quand je joue un rôle je n’essaye pas de reproduire un concept, bien sûr, mais là il y a eu un lâcher prise par rapport a une maîtrise que j’ai d’habitude.

Carole Bouquet : La femme est témoin de la descente aux enfers de quelqu’un qu’elle aime, elle assiste à son irrépressible attrait pour le chaos. Lui ne peut pas le réprimer, ni économiser sa peine. Voir se jouer cette autodestruction, c’était pénible et très violent. Puisque la femme sait, elle n’est pas indemne non plus. Celui qui vit le chaos est actif, celui qui regarde est un spectateur épouvanté. Ils sont comme deux survivants à la fin. La vision de Cédric Kahn est plus généreuse que la mienne, moi j’aurais puni le mari.

- Le cinéma aujourd’hui astreint-il les actrices à des standards esthétiques très durs ?

C. B. : J’ai de plus en plus de propositions pour des rôles intéressants. Je m’éloigne de ce visage de madone que m’avait assigné le désir des hommes. Ce désir est plus large, maintenant, heureusement pour moi. Le cinéma reflète ou anticipe la vie, il est normal qu’il y ait de plus en plus de rôles de femmes. Cela n’exclut pas certains fantasmes sur les jeunes filles (tout a fait légitimes).

J.-P. D: Mais oui ! Les hommes ont peur des femmes (dans ce film en tout cas).

- Parlez-nous de cette scène à l’hôpital.

C. K. : Les informations arrivent peu à peu, comme dans le livre, c’est haletant. Qui plus est, elles ne sont jamais suffisantes, c’est là toute la subtilité de l’écriture de Simenon, cette force vient de la frustration, qui repousse l’affrontement et l’instant des retrouvailles.

- Vous semblez ne pas vous accorder quant à la tonalité du film.

C. B. : C’est un film optimiste, à la fin ils arrivent à se parler, malgré tant de souffrance. Revenir de cette expérience, c’est fou, c’est un miracle.

C. K. : Ces deux personnages ne sont liés que par l’amour (ou la détestation amoureuse, au début). Cet amour prend la forme la plus monstrueuse. Cette épreuve par le biais d’un tiers est un révélateur.

J.-P. D: Il y a rencontre dans la souffrance.

 
         
 


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