Confidences trop intimes

Conférence de presse avec Patrice Leconte et Sandrine Bonnaire - Berlin, le 6 février 2004

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
18-02-2004  
 
   

- D’où vient ce scénario?

Patrice Leconte: J’ai lu le scénario de Jérôme Tonnerre quand il ne faisait que vingt-cinq pages, et déjà tout l’intérêt du film était là. Moi qui suis très paresseux, je n’écris plus rien. On écrit à ma place et je me contente de filmer les acteurs.

- Allez-vous continuer de faire des films intimistes?

P. L.: Je ne peux pas nier les points communs qui existent entre mes films les plus récents. Mais j'ai l’impression d’être arrivé au bout de quelque chose avec ce film, dans le sens où je ne vois pas bien ce que je pourrais faire de plus, ni comment je pourrais aller plus loin sur cette voie-là. Confessions trop intimes est le dernier film que je fais dans cette veine. Ce n’est pas mon dernier film en tant que cinéaste, bien sûr. Il me semble que j’ai assez fouillé les regards, les âmes, les cœurs, été au plus près de la vie au sens quasiment organique du terme.

- Sandrine Bonnaire, comment travaille-t-on avec Fabrice Luchini?

Sandrine Bonnaire: On a d'abord fait des lectures. Au début il était un peu timide, je crois que le rôle lui faisait peur. On a décidé, tout en travaillant, de se critiquer l’un l’autre, ce qui n’est pas si fréquent chez les acteurs, qui échangent assez peu en général.

P. L.: Si les acteurs se dirigent eux-mêmes c’est parfait. Le cinéma se résume à dire moteur, action et coupez. D’autre part, le film a été tourné dans l’ordre chronologique, ce qui était très précieux.

- Les obsessions de cet homme ne rappellent-elles pas Vertigo ou Fenêtre sur cour?

P. L.: Il s’agit davantage de souvenirs que de références. De toutes façons on ne peut pas faire de film sans en avoir vu. Je voulais qu'il y ait énormément de mystère autour de cette femme: est-elle une espionne ou une femme ordinaire? C’est un thriller sentimental.

- Pourquoi ne pas avoir davantage développé cette relation triangulaire avec le vrai psy?

P. L.: Initialement nous pensions que se concentrer sur la relation Luchini-Bonnaire risquait d’aboutir à un film trop monolithique, nous avions donc ajouté des anecdotes annexes. Il me semble qu’on avait peur de se concentrer sur l’essentiel.

- Comment envisagez-vous la mise en scène du film?

P. L.: Je reconnais qu’elle est imparfaite mais néanmoins maîtrisée. Je cadre moi-même mes films, et je sais que la perfection peut-être extrêmement ennuyeuse au cinéma. Les imperfections sont bien plus émouvantes, on a l’impression que les choses ont été enregistrées et sont réelles. Si certains plans sont flous il s’agit d’une volonté délibérée comme quelque chose d’enregistré à la hâte, comme un reportage, une chose imprévue. De toutes façons le cinéma est un gros " binz " sur lequel on s’appuie pour créer des émotions. J’essaye de casser un peu tout cela.

- Quelles scènes vous ont paru difficiles?

S. B.: Mon personnage arrive très sombre et s’éclaircit peu a peu. On ne sait pas si elle manipule ou si elle est perverse, or il fallait absolument qu’elle soit attachante puisque ce type l’écoute. La scène où elle raconte à William comment elle a retrouvé son mari m’a beaucoup étonnée: d’habitude je n’aime pas les gros plans, je me sens mal a l’aise, or, ici, je ressemble vraiment à un enfant. Je pense qu’on a trouvé le bon ton.

P. L.: Je ne suis pas un intellectuel, j’ai pour habitude de ne pas m’embarrasser de questions (d’ailleurs cela me retombe dessus assez souvent). Je réalise mes films de manière épidermique, sentimentale, émotionnelle: j’ai aimé passionnément ces personnages et cette histoire. Je n’y ai pas beaucoup réfléchi, j’ai juste tourné. J’ai d’avantage réfléchi à la manière de mettre en scène ce film.

- Parlez-nous du choix des acteurs:

P. L.: Sandrine et Fabrice ne font pas partie de la même famille d’acteurs, d’ailleurs ils ne se connaissaient pas. Il me semble que les réunir dans un film où une femme se trompe de porte était efficace. Je n’avais pas tourné avec Sandrine depuis treize ans. Quant a Fabrice je le trouvais en général bavard, volubile, gesticulant – pour le résumer trop rapidement - et on ne voyait plus son regard. Or il y des yeux très profonds et c’était important pour ce rôle.

- En quoi le film est-il symptomatique de notre époque?

P. L.: Je ne sais pas. Plus ça va et moins je me pose de questions. Il y a une espèce de passivité des hommes vis a vis des femmes dans mes films, peut-être que ça vient de moi. Si vous aviez un divan et un très bon psy je pourrais peut-être vous répondre.

- Parlez-nous du dernier plan du film.

P. L.: Il s’agit d’une liberté que j’ai prise par rapport à certains principes de mise en scène. On a tourné le film en décor (en dur, avec toutes les contraintes du décor naturel). Quelque chose s’est noué après 1h 40 ; à la fin on démonte le plafond, c’était une manière de s’échapper, de les laisser sur la pointe des pieds.

 
         
 


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