La vie de David Gale

Conférence de presse du 7 février 2003 avec Alan Parker, Kevin Spacey, Laura Linney.

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
23-04-2003  
 
   

 
Kevin Spacey et Alan Parker

- Etes-vous contre la peine de mort ? Faire ce film vous a-t-il influencé ?

Laura Linney : Je préfère ne pas répondre à cette question. Je veux simplement que le public croie ce en quoi croit mon personnage. Il ne s’agit pas pour le spectateur de se demander en quoi, moi, actrice, je crois. Ce n’est pas la question. Cependant, le film n’a fait que renforcer mon opinion sur le sujet.

Kevin Spacey : Je crois à toutes ces statistiques, ces chiffres, le coût des exécutions, etc. Cependant, personne n’a jamais été assassiné dans ma famille, je ne sais pas comment je réagirais le cas échéant. Quand on entend ces familles de victimes, la seule justice qui existe pour elles, c’est la mort du coupable. Ce n’est pas vraiment une punition, c’est comme un long sommeil, ce n’est pas une peine à purger. Ce film m’a permis de voir les choses des deux côtés. Nous avons fait une tournée de promo aux États-Unis, dans les universités : les étudiants sont à un moment de leur vie où ils ne sont pas encore fixés sur ces questions, cela laissait donc la discussion ouverte.

- Le film a-t-il eu une résonance politique ?

Alan Parker : Le film n’est pas encore sorti aux États-Unis, donc on ne sait pas encore. On espère, on s’y prépare : on sait qu’il y aura de toute façon un débat, car le film est une provocation.

- Est-il nécessaire de faire des films, dans le contexte politique d’aujourd’hui ?

Kevin Spacey : Je ne vais pas vous dire que non ! Mais bien sûr car les films, dramatiques pour la plupart, sont écrits suite à un sentiment de colère face aux politiques, à la violation des droits. Mais on n’essaye pas de faire changer le monde.

- Alan Parker, pourquoi le film est-il une fiction plutôt qu’un documentaire ?

Alan Parker : J’aime beaucoup les documentaires, seulement, une fiction est une réplique de la vie à laquelle s’ajoute une dimension plus dramatique. Quand je tourne un film, je recrée la vie. Il ne s’agit pas d’observation comme dans le documentaire.

- Avez-vous été journaliste ?

Alan Parker : Non, j’ai été boucher, j’ai fait beaucoup de sales boulots, mais pas celui-là ! Un des personnages principaux du film est une journaliste (Kate Winslet) : ce personnage est né de mon observation et de celle de Kate sur ce milieu. C’est notre point de vue, sûrement pas le vôtre !

Kevin Spacey : On ne se rend pas forcément compte, à quel point son personnage est formidable : le film que vous voyez, elle doit le reconstituer dans sa tête, l’imaginer, d’après le récit que lui en fait David. C’est extrêmement délicat.

- Quels sont vos projets ?

Kevin Spacey : Le mercredi 5 février 2003 j’ai présenté un concert avec Elton John, et annoncé qu’à partir du printemps 2004 je prendrai la direction artistique d’un théâtre londonien.

- Quels films sur la peine de mort vous ont influencés ?

Alan Parker : J’aime beaucoup A l’ombre de la haine, on m’a même demandé de faire ce film. Mais quand j’ai tourné David Gale, ce qui m’a prit deux ans et demi, je ne m’en suis absolument pas inspiré.

- Faut-il garder une distance entre son opinion personnelle et le sujet du film ?

Alan Parker : Pour moi c’est impossible. Lorsque je fais un film, j’y mets chaque partie de mon âme et de mon corps. Je me sers de mon expérience de la vie et de mes croyances, mes opinions, cela me guide en quelque sorte. On ne peut pas se diviser ni savoir quelle part de vous est impliquée. C’est différent pour un acteur, bien sûr. Mais pour un metteur en scène, on laisse un peu de soi derrière, sinon, c’est entièrement superficiel.

- Que pensez-vous de Bush ?

Alan Parker : Je ne suis pas américain, et je n’ai pas non plus voté pour Blair.

Kevin Spacey : Pourquoi s’intéresser à ma personne et non au personnage que j’interprète ? En ce qui concerne cette éventuelle guerre, j’espère, bien sûr, que l’on trouvera une solution diplomatique.

- Si vous deviez refaire Midnight Express, changeriez-vous quelque chose ?

Alan Parker : A l’époque, j’étais très jeune, et lorsque l’on s’emporte en traitant des sujets comme l’injustice, il y a effectivement des risques. J’avais oublié qu’on doit être plus prudent.

 
         
 


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