The Hours

Conférence de presse du 9 février 2003 autour du film de Stephen Daldry (sortie le 19 mars 2003).

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
19-03-2003  
 
   

 
Ed Harris, Nicole Kidman et Stephen Daldry

- Comment le sujet du livre est-il lié à la musique de Philipp Glass?

Stephen Daldry: Le sujet du livre de Michael Cunningham porte sur les choix que les gens doivent faire afin de pouvoir vivre leur vie. Nous avons passé un temps fou à chercher une musique appropriée, car le film semblait rejeter un certain nombre de musiques qui ne correspondaient pas du tout. La musique crée un lien entre les personnages, qui les unit, malgré le temps.

- Il y a en 2002-2003 de nombreux films sur les femmes, et avec des femmes, qui marchent très bien. Qu’en pensez-vous? Ce film, Nicole Kidman, est-il arrivé au " bon moment " dans votre vie?

Nicole Kidman: Je ne suis pas très encline à parler en termes de " domination " du cinéma par les femmes, je crois que cela tend à s’équilibrer, en tout cas en 2002. C’est plutôt rassurant de voir qu’un film sur les femmes attire tout de même un public. En termes de thérapie, je crois que le film est arrivé à un moment de ma vie où j’étais assez ouverte pour essayer, et j’en avais besoin.

- Qu’avez-vous appris en jouant Virginia Woolf?

N.K.: C’est en jouant Virginia que j’ai appris à la découvrir elle, la femme et l’écrivain, ce qu’on ne peut pas vraiment séparer en fait. Son génie, son talent, cette intelligence très vive mêlée à un affectif également très fort, c’est rare. Je ne me serais pas choisie pour jouer ce rôle: en lisant le scénario, je me voyais dans le personnage de Clarissa, et Maryl Streep pensait jouer Virginia. C’est encore plus intéressant car j’ai lu le script en pensant que je ne jouerais pas ce rôle, et comme je l’ai finalement joué, j’en ai eu une vision différente.

- Comment fait-on pour donner cette impression si vivace dans le film?

S.D.: C’est bien cela qui est au coeur du film! Il ne s’agit pas de trois victimes, mais de trois femmes qui luttent pour vivre: cela à travers des événements qui n’en sont que le moyen (écrire un livre, organiser une fête, faire un gâteau). Il s’agit véritablement d’une lutte.

Ed Harris: J’ai été très honoré de participer à ce film, d’autant que j’ai eu à m’occuper d’amis malades du Sida. Le film soulève aussi les questions de la dignité ou de la postérité.

- Quels livres vous ont influencé?

N.K.: J’ai lu beaucoup de livres! Je suis réceptive et sensible à la littérature autant qu’à la peinture et à la musique. Je suis sensible, émotionnellement, c’est pour cela que j’aime être actrice. J’aimais déjà lire étant enfant, j’aimais me perdre dans les romans; je trouve qu’aujourd’hui on ne lit plus assez, c’est dommage.

- Quel était votre rapport à l’œuvre de V. Woolf avant de jouer ce rôle?

N.K.: A l’école je la détestais, je trouvais ses écrits ennuyeux. Peut-être parce que je me sentais plus attirée par le romantisme: les soeurs Brontë, Byron, Shelley. J’ai de la chance d’avoir joué ce rôle à un moment de ma vie où j’ai pu comprendre sa pensée.

- Lorsqu’on voit le film, on ne vous reconnaît absolument pas, parlez-nous du maquillage.

N.K.: On ne peut pas dire que j’ai souffert de cette apparence provisoire. Quand je commence un nouveau rôle j’y réfléchis pendant des semaines, je dresse une liste des dix actrices qui seraient meilleures que moi dans le rôle – mais je ne vous donnerai pas cette liste! Je n’ai pas envie d’insister sur les heures passée au maquillage, ce n’est pas très important: j’aime préserver le mystère, la genèse d’un caractère, comment on le crée, physiquement et mentalement. Je n’aime pas regarder les making-of des films, car il y a de la magie là-dedans, de l’illusion, et il n’est pas nécessaire de définir cela tout le temps.

- Quels sont les critères qui vous attirent chez un homme?

N.K.: Je n’en ai aucune idée en termes de critères. Je suis gênée, je ne sais pas, on verra un jour qui est mon prince charmant, ce sera quelqu’un qui me fait rire.

- Vous revenez d’un tournage en Roumanie…

N.K.: Oui, pour le film Cold mountain avec Jude Law: depuis quelques années, j’ai la chance d’avoir joué de très bons rôles féminins, comme, récemment, dans l’adaptation du roman de Philippe Roth, La tâche.

- Pourquoi avez-vous choisi de faire un film sur Virginia Woolf?

S.D.: Au départ, il s’agit d’un livre à propos d’un livre, et des relations de plusieurs personnes à ce livre. Il y a donc plusieurs auteurs impliqués finalement dans mon film: Virginia Woolf, Michael Cunningham, et moi-même. On peut voir le film sans avoir lu Mrs Dolloway bien sûr, mais cela donne une autre lecture.

- Comment se prépare-t-on à jouer V. Woolf?

N.K.: La préparation est différente pour chaque rôle. Pour ce rôle ce fut surtout de nombreuses discussions, avec Stephen. J’ai aussi habité dans le cottage que l’on voit ans le film: je me suis isolée, lisant, écrivant. J’ai aussi énormément appris en travaillant avec l’acteur qui joue Leonard (le mari de Virginia): notre travail n’étais pas réellement conscient, mais il existait , simplement. Je lui dois beaucoup dans la composition du rôle.

- Le film montre trois femmes, qui ne se rencontrent pas. Avez-vous rencontré les autres actrices?

N.K.: On ne s’est pas rencontrées durant le tournage, mais à la projection finale. On a découvert beaucoup de choses lorsqu’on a passé deux heures toutes ensemble en interview. Le fait que l’on n’ait pas eu de contact pendant le tournage, c’est comme si Stephen avait réalisé trois films distincts: le montage est décisif dans ces cas-là.

- Ed Harris, allez-vous réaliser un autre film?

E.H.: Réaliser mon film a été très intéressant, comme vous vous en doutez. Mais j’ai une fille de neuf ans, et si je continue à m’investir en tant que réalisateur je ne le verrai pas grandir, et elle sera partie avant que j’aie le temps de m’en rendre compte. Donc pour l’instant je me consacre à ma vie " de famille ".

- Que pense Michael Cunningham du film?

S.D.: C’est étonnant mais le film lui a beaucoup plu. On sait tous qu’il y a souvent des problèmes entre auteur et cinéaste, des divergences de point de vue, des conflits. Michael se décrit lui-même comme " le seul auteur heureux de l’adaptation de son livre ".

- Comment peut-on oublier, laisser derrière soi un rôle après l’avoir joué?

N.K.: Je ne pense pas qu’on puisse se " débarrasser " des sentiments de toute façon. Ils se réverbèrent en nous: c’est bien le rapport entre la vie et l’art. Ils vous affectent transmettent des émotions, et vivent en vous finalement.

 
         
 


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