La 25e Heure

Conférence de presse du 12/02/03 avec Spike Lee, Edward Norton, Barry Pepper, Rosario Dawson

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
12-03-2003  
 
   


Edward Norton, Rosario Dawson, Spike Lee

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de faire du business avec le 11 Septembre?

Spike Lee: Bien sûr je ne peux pas acquiescer à cela. J’ai l’impression d’être au contraire très respectueux vis-à-vis de cet événement, des familles des victimes, et des lois de ce pays. Je crois que tant qu’il y a du respect on ne peut pas parler d’exploitation .

Le film est-il un " tribute " aux vieilles valeurs américaines?

Spike Lee: Non, je ne crois pas, c’est plutôt ironique. La séquence finale n’illustre pas une nostalgie, mais un fantasme pour celui qui va passer sept ans de sa vie en prison.

Il y a des références explicites au 11 Septembre dans le film (Ground Zero, Ben Laden, les pompiers qui sont morts…). Qu’est-ce que cela apporte au film?

Spike Lee: Si vous pensez que cela n’a aucun intérêt, c’est votre opinion. En tant que New Yorkais, je ne pouvais pas tourner un film sans inclure en quoi le monde a changé. Certains cinéastes ont effacé digitalement les tours de leur film. Pour moi, montrer ce changement latent élève le film: ne faisons pas comme s’il ne c’était rien passé.

Quel est le rôle du pardon dans le film?

Rosario Dawson: Je pense que pardonner n’est pas sans rapport avec la maturité, le fait de grandir, se reconnaître dans des situations peu glorieuses, accepter ses responsabilités, et être ainsi à même de pardonner les autres. J’aime beaucoup le relation entre Monthy et Naturelle car il ne se défoule pas sur elle, il ne l’accuse pas comme on s’y attendrait.

Comment avez-vous trouvé l’actrice pour le rôle de Naturelle (R. Dawson)?

Spike Lee: Je l’avais vue dans Kids de Larry Clark, et j’ai tout de suite pensé à elle.

Si vous étiez à la place de Monthy, quel choix feriez-vous?

Edward Norton: Déjà je ne ferai pas les choix qui mènent à cette alternative, contrairement à Monthy. Je trouve ça très important qu’on montre à la fin un fantasme qui ne se réalise pas, mais qui pourrait éventuellement avoir lieu. Il y a cette idée que, quoi que l’on fasse, il faut accepter les conséquences de ses actes.

Comment doit-on comprendre la séquence des immigrés?

Spike Lee: Déjà, lorsque l’on est aux Etats-Unis depuis une ou deux générations (comme beaucoup), est-ce qu’on est encore un immigré? Ensuite, cette scène est centrée sur la colère de Monthy qui laisse libre cours à son ressentiment. Il accuse successivement tout le monde, mais à la fin de la scène, il se regarde dans le miroir et comprends que personne n’est responsable de ses erreurs, mis à part lui.

Le cas de Monthy n’attire-t-il pas la sympathie?

Spike Lee: Effectivement, sept ans cela semble très long à purger. Les lois concernant la drogue à New York sont très strictes, et les peines également. J’ai envie qu’en sortant du film les gens s’interrogent: qu’est-ce qu’une justice " responsable "? Qui est responsable de quoi? Les gens ont-ils ce qu’ils méritent? Personnellement, je n’aime pas que les films répondent aux questions à ma place.

Edward Norton, pouvez-vous nous parler du choix de vos rôles (ou du refus de American Psycho, et La ligne rouge)?

Edward Norton: J’ai beaucoup entendu une certaine histoire circuler: il paraît que j’ai refusé le rôle de Ryan dans le Soldat Ryan. Je ne m’en souviens pas. J’étais sur un tournage pendant six mois donc je n’étais pas libre, et je traversais une crise familiale. Il ne faut pas se leurrer: faire un film demande quatre à six mois de travail. J’accepte généralement quand il s’agit de quelque chose de nouveau, qui est encore inexploré, d’un travail d’investigation, d’un monde qui m’intéresse. Trop de films se ressemblent aujourd’hui. Pourtant je n’ai aucun critère particulier: je cherche un sujet qui m’intéresse, si possible porté par une écriture prenante et un réalisateur de talent.

Comment s’est déroulé le tournage de la scène où Barry doit frapper Edward?

Barry Pepper: C’était pénible et très intime. Il nous a fallu une journée entière pour tourner cette séquence. Heureusement, Spike Lee n’est pas un réalisateur intrusif, il crée un environnement de travail agréable, quelle que soit la scène.

Rosario Dawson: Dans cette scène, ce qui compte c’est que chacun souffre seul. Il ne s’agit pas de savoir qui a le plus mal car personne ne peut se mettre à la place de l’autre.

Ne trouvez-vous pas que la fin correspond aux critères hollywoodiens?

Spike Lee: Je pense qu’une fin où le héros s’en va purger sept ans de prison n’a rien de hollywoodien! Sinon il se serait échappé.

Pourquoi ces images de Ben Laden?

Spike Lee: Ces images donnent le ton du sentiment des New Yorkais, de leur colère, après le 11 Septembre. Pourtant cela ne veut pas dire que je sois d’accord avec Bush: je ne crois pas que la guerre en Irak ait un quelconque rapport avec la guerre contre le terrorisme.

Quel est votre avis sur cette potentielle guerre en Irak?

Edward Norton: Voyager en Europe en ce moment m’apporte beaucoup. En France et en Allemagne, j’ai discuté avec des gens, et la majorité sont en accord avec la position de leur gouvernement. J’ai presque oublié ce sentiment d’être fier de son pays. J’espère que la communauté mondiale va continuer de se faire entendre et accentuer la pression sur le gouvernement des U.S.A. Cet unilatéralisme n’a rien de rationnel: l’Amérique n’a pas le droit de dicter une conduite à qui que ce soit.

Spike Lee: Ce type (Bush) ne devrait même pas être là avec ce qui s’est passé pendant les élections! D’habitude les politiciens font leur sale boulot sous la table, mais là cela s’est fait aux yeux de tous, et on ne peut rien y faire.

Rosario Dawson: La situation est extrêmement délicate car je suis fière de ce pays dans lequel j’ai grandi, mais il semble qu’on ne puisse plus émettre d’opinion dissidente sans être taxé d’antipatriotisme. Je trouve triste que maintenant que la popularité de Bush atteint des sommets les américains soient rangés en rang derrière lui.

Barry Pepper: En tant que Canadien, mon pays a toujours été partagé entre l’Angleterre et l’Amérique! Je pense que la guerre est une défaite de la part des deux pays et qu’elle doit intervenir en dernier ressort.

 
         
 


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