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C.G :
Comment est né ce projet ?
Jon Avnet :
On m’a proposé au départ d’adapter un livre qui
traitait de la révolte du ghetto de Varsovie. Or, c’est une
page de l’histoire, un épisode particulièrement méconnu
aux États-Unis : je voulais montrer que les juifs du
ghetto n’avaient pas été que des victimes et qu’il
y avait eu une résistance. À partir de là,
toujours en me basant sur le roman, j’ai commencé à
faire des recherches, à rencontrer des gens, notamment Kasik
(l’un des acteurs de la révolte du ghetto), en Israël.
Et là j’ai réalisé qu’il était beaucoup
plus intéressant de raconter l’Histoire, car il y avait encore
des survivants pour témoigner, plutôt qu’une fiction.
Or, ces gens ne seront pas là éternellement, un jour
on n’aura plus cette source incroyable pour vérifier les
faits. Kasik un jour s’est tourné vers moi et m’a demandé :
" est-ce que tu crois qu’on pourrait faire un film sur
ma vie " ? Et je lui ai répondu : " peut-être ! ".
Et voilà, nous l’avons fait : c’est un vrai hommage
à tous ces hommes et ces femmes qui se sont battus, qui ont
créé quelque chose de nouveau, c’est-à-dire
la résistance juive, et c’est un hommage aussi à ceux
qui ne sont plus là aujourd’hui.
C.G : Quelle
a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé de
tourner dans ce film ?
Leelee Sobieski :
Environ deux ans avant le début du tournage, j’ai rencontré
Jon chez moi, à Los Angeles, nous avons lu le scénario. Quand
j’ai appris que le film allait se faire, j’étais évidemment très
enthousiaste. Mais une fois l’enthousiasme passé, on commence à
s’inquiéter : comment allais-je pouvoir à la fois concilier
les éléments historiques et créer mon personnage ?
Alors avec les autres comédiens nous avons décidé d’être
très proches les uns des autres, pour faire comme cela s’était
passé dans la réalité : ce sont des circonstances
qui rapprochent. Nous nous sommes placés dans des conditions semblables :
déjà nous étions ensemble 14 heures par jour. Ensuite,
on s’enfermait parfois dans des espaces clos, on demandait à faire monter
la température, et à d’autres moments il faisait très froid,
ou bien on ne mangeait pas pendant deux jours. Tout le monde avait besoin d’être
extrêmement proche des autres si on voulait recréer ce qui s’était
passé, et pour pouvoir bien travailler. Le fait d’avoir avec nous sur
le tournage des survivants du ghetto nous a énormément aidés,
on leur posait des questions, on leur demandait " quand vous étiez
là, à quoi rêviez-vous ? ".
Jon Avnet : Il
y avait un défi, dès le départ : comme on ne pouvait
pas vraiment mettre les comédiens en situation, ni recréer l’horreur
de l’époque, il fallait au moins intérieurement, le monde dans
lequel ils avaient vécu. Il fallait que cela soit complètement
vraisemblable : les comédiens se sont formés en une équipe,
non pas pour jouer, mais véritablement pour survivre, il fallait qu’ils
se fassent confiance. Effectivement, à cette époque, le monde
extérieur leur était hostile : toute personne pouvait être
un traître ou un maître chanteur, il fallait se méfier de
tout le monde. À ce moment-là, on doit au moins pouvoir se tourner
vers des gens de confiance Nous avons décidé, avec la productrice,
qu’il fallait, au niveau des décors, que le travail soit fait de manière
très précise, proche de la réalité, car c’était
ce qui allait aider les comédiens à faire leur travail. Quand
le vrai Kasik est arrivé il a retrouvé l’endroit où il
avait vécu.
C.G : Cary,
pouvez-vous nous parler de votre travail d’acteur sur le film ?
Cary Elwes: Je
n’ai pas vécu la même expérience que Leelee ou Stephen,
je n’étais pas avec eux car on ne tournait pas les mêmes scènes.
Toutes mes scènes étaient avec Jon Voight, et ce fut bien sûr
un grand plaisir de travailler avec lui. Le personnage que j’incarne, Fritz
Hippler (chargé des films de propagande nazie) , est un personnage complexe,
à double tranchant, qui avait ses petits secrets. Son arrière
grand-mère était juive, il devait certainement essayer de le cacher,
et son scénariste était juif aussi: cela a dû être
une des raisons de sa chute, il a dû être dénoncé.
C’était très intéressant d’explorer cet aspect de la propagande
nazie qui n’avait pas été vraiment montré au cinéma.
C.G : Et
vous Stephen, qui incarnez Kasik:
Stephen Moyer: J’étais
à Londres et là-bas le scénario circulait, tout le monde
en parlait, voulait jouer dans le film. Comme les autres, j’ai rencontré
Jon, puis j’ai appris que j’avais le rôle. J’ai ressenti l’énorme
poids de la responsabilité: non seulement de jouer quelqu’un qui a existé,
mais quelqu’un qui est encore vivant, à qui je devais, en quelque sorte,
rendre des comptes. J’ai demandé à Jon si Kasik serait avec l’équipe,
à Bratislava, et il m’a répondu que non, car il était trop
vieux. Et en fait, en arrivant sur place, on m’a fait la surprise: il était
là, souriant, et en forme. Cette rencontre était extraordinaire.
J’ai fait des recherches, posé des tas de questions à Kasik, et
un jour il m’a dit: "je ne comprends pas pourquoi tu me poses toutes ces
questions sur ce qui est arrivé par la suite etc.. quand on vivait tout
ça on avait aucune idée de ce qui allait nous arriver, tu devrais
te jeter à l’eau sans penser à l’avenir." Effectivement,
cela m’a beaucoup aidé au niveau du jeu.
C.G : M.
Jarre, comment en êtes-vous arrivé à collaborer à
ce projet?
Maurice Jarre: La
productrice du film m’a appelé en me disant de lire le scénario.
Je lui ai répondu "tu sais, en ce moment je veux faire des concerts,
écrire des pièces de musique..". Finalement j’ai lu le script,
et j’ai été sidéré. Elle m’a dit que Jon Avnet allait
me téléphoner et m’envoyer quelques séquences qu’il avait
tournées. Je me suis dit que c’était étrange: Jon Avnet,
pour ses sept derniers films, avait travaillé avec le même très
bon compositeur, j’ai pensé que ça allait être difficile
pour moi. On a commencé à travailler et ça a tout de suite
fonctionné, on a été très proches: j’avais de l’inspiration
pour écrire cette musique, car juste après la guerre j’étais
allé à Varsovie, et la ville était comme un monceau de
cendres, sur trois ou quatre mètres, les cendres du ghetto notamment.
Je n’ai pas recherché le côté épique avec cette musique,
mais le côté purement émotionnel.

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