Catch me if you can

Conférence de presse avec Steven Spielberg, Leonardo Di Caprio, Tom Hanks, Nathalie Baye, et Frank Abagnale, à l'Elysée Biarritz, Paris.

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot et Christophe Chauvin. Photos: Clémentine Gallot.
28-01-2003  
 
   

- Quelle est la part d’autobiographie dans ce film?

Steven Spielberg: Avec l’âge, je suis de plus en plus conscient de ce qui me ressemble: bien sur, je me connais mieux aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Plusieurs de mes précédents films avaient une tendance autobiographique, mais dans Catch me if you can, j’ai insisté sur des épisodes très proches de ma vie, notamment le fait que Frank Abagnale (ndr: le héros du film) vienne d’une famille éclatée.

- Quel rapport entretenez-vous avec le titre du film?

S. Spielberg: La question en fait est de savoir qui essaye de m’attraper. Ou peut-être est-ce que j’essaye de m’attraper moi-même? Vous me surprenez toujours avec vos questions, en France: laissez moi vingt-quatre heures pour y réfléchir..

- Frank Abagnale, vous êtes-vous reconnu dans l’interprétation de Leonardo Di Caprio? Le film est-il fidèle à votre histoire?

Frank Abagnale: le script est extrêmement fidèle à mon histoire. Bien sur, il y a eu quelques changements, quant à mes parents, ou à Brenda (ndr: la fiancée de F. Abagnale). Mais tout ce qui est dit dans le film sur ce que j’ai fait dans ma vie est vrai: en le visionnant, j’ai eu l’impression de revivre ma vie, c’était impressionnant.

- Leonardo Di Caprio et Tom Hanks, vos rôles dans ce film semblent plus légers que dans vos précédents films.

Leonardo Di Caprio: ce n’était pas un choix conscient de ma part, je n’ai pas réfléchi à la gravité ou à la légèreté du rôle. De plus, il est sans doute plus aisé de voir ce film comme un film léger. J’ai été attiré par le script à cause de l’émotion qui se dégageait des scènes familiales et, bien sur, à cause de l’histoire incroyable de ce jeune homme dans les années Soixante. J’ai lu le scénario d’une traite et j’ai choisi le rôle par instinct, comme je le fais toujours.

Tom Hanks: Il n’y a pas de différence entre les rôles pour moi, chaque rôle exige une grande motivation. Bien sûr, Les Sentiers de la perdition et Catch me if you can sont des films très différents. Il y a dans ces deux films une esthétique qui permet un spectre très large d’émotions. Ainsi, jouer un rôle "léger" n’est pas un soulagement en soi, c’est simplement une joie d’être dans des types de films opposés. D’autre part, c’est un "plus" que d’être intégré au répertoire de Steven Spielberg.

- Steven Spielberg, travailler avec des stars est-ce l’assurance du talent?

S. Spielberg: J’aime surtout travailler avec de bons acteurs, sans qu’ils soient forcément des superstars. Par contre, on est d’autant plus exigeants avec les stars. J’ai en quelque sorte été "béni" durant toute ma carrière, car j’ai eu la chance de rencontrer de grands acteurs. D’autre part, il m’arrive parfois de détecter dans une réplique de trois lignes le potentiel d’un acteur, et j’en tire toute ma joie en tant que réalisateur.

- Quels ont été vos rêves?

F. Abagnale: Quand je suis parti de chez mes parents après leur divorce, à seize ans, je me suis retrouvé dans les rues de New York, et personne n’avait envie de m’embaucher! Je n’avais pas d’argent et il fallait bien survivre. J’ai pensé à un moyen de paraître plus âgé, et j’ai commencé à faire de faux chèques. J’aimais l’idée d’écrire sur un bout de papier qu’on échangeait contre de l’argent. Tout s’est enchaîné, mais si j’avais prémédité tout cela je pense que j’aurais échoué. Néanmoins, je pense que je me serais de toute façon retrouvé comme aujourd’hui, marié, avec des enfants.

S. Spielberg: Mon rêve continue en quelque sorte puisque j’ai toujours voulu tourner. Quand j’avais douze ans je tournais déjà des films en 8 mm avec les scouts.

L. Di Caprio: Au lycée j’avais trois rêves: être agent de voyage, biologiste, et acteur. Je ne pensais pas que je pourrais réellement devenir acteur professionnel. Maintenant que c’est le cas, je n’ai pas besoin de travailler dans une compagnie de voyages pour visiter le monde. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est de voyager partout, de voir différentes espèce animales... mais je n’ai pas vraiment le temps de me consacrer à cela en dehors de mon travail.

T. Hanks: Moi aussi je voulais être agent de voyage! Et, hélas, ce rêve ne s’est pas réalisé… Je ne suis qu’un acteur, et je vais, avec mon talent, de nation en nation, de pays en pays.

- Leonardo Di Caprio, vous êtes actuellement à l’affiche de plusieurs films, comment avez-vous vécu ces différentes expériences?

L. Di Caprio: Pour tous les films, l’intention est la même: comprendre le personnage que l’on joue, essayer de retranscrire cela à l’écran . La différence est que la genèse de Gangs of New York a commencé il y a trois ans, et a pris neuf mois de tournage. Ce qui nous a pris trois jours, pour une scène, sur ce film, durait une demi-journée sur le "set" de Catch me if you can. Cette rapidité de tournage est tout à fait volontaire, elle reflète le rythme de vie de Frank Abagnale. Lorsque l’on tournait plusieurs extérieurs dans la même journée, il fallait, en tant qu’acteur, apprendre le texte, et jouer d’instinct. Spielberg m’a littéralement laissé me débattre seul dans des scènes. En outre, le fait de travailler avec de gros calibres, de formidables acteurs comme Tom Hanks ou Christopher Walken, me donnait l’impression d’être un élève entouré de professeurs: les regarder, c’était comme être à l’école du jeu.

- Steven Spielberg, en quoi l’usage du flash back améliore-t-il le récit?

S. Spielberg: Le film tout entier est un flash back, on n’est au présent qu’à partir des trois quart du film (quand le héros est en prison). C’est la première fois que j’explore cette technique. J’ai pensé qu’il valait mieux dire dès le début que Frank était en prison: il poussait le bouchon trop loin, il faisait tout pour être pris, donc je ne pense pas avoir dévoilé le suspense du film. Ce qui était plus ambitieux était de montrer comment il allait faire tout ça.

- Est-il de bon ton qu’un cinéaste comme vous s’engage politiquement? Quelle est votre position quant à une hypothétique guerre en Irak?

S. Spielberg: Nous sommes ici pour parler de Catch me if you can, si je ne m’abuse. J’essaye toujours de séparer ma vision du monde, et ma vision cinématographique. Je fais des conférences de presse depuis que j’ai vingt deux ans, et à chaque fois que l’on m’interroge sur les affaires politiques, plus personne ne s’intéresse au film, et les journalistes gardent juste la réponse à la question politique.

- De quelle manière votre travail avec le directeur de la photographie Janusz Kaminski a-t-il influencé votre vision artistique?

S. Spielberg: Depuis que nous travaillons ensemble, nous sommes devenus meilleurs amis. J’ai la chance de travailler avec des intimes, comme Michael Kahn, qui a monté beaucoup de mes films, John Williams, qui a composé les musiques de presque tous mes films. Il s’agit de ma septième collaboration avec J. Kaminski, et je le trouve brillant: à côté de Dieu, il règle la lumière.

- Nathalie Baye, François Truffaut vous a-t-il fait part de son expérience en tant qu’acteur avec Steven Spielberg?

Nathalie Baye: Quand François Truffaut est rentré de son tournage avec Spielberg, il a dit qu’il avait parfois attendu des heures, des jours, ou des semaines pour tourner une scène. Je m’attendais donc à un tournage très lent. Mais en fait, je crois qu’une petite émission sans un sou en France se tourne plus lentement qu’un film de Spielberg! Je n’ai jamais vu un tournage aussi rapide. De plus, Steven est extrêmement disponible: sur le plateau il prend tout ce qu’on lui propose, il accepte l’improvisation. Tout est très bien organisé mais il accepte une liberté totale. Quand il a finit une scène il saute partout, il jubile!

S. Spielberg: Je crois beaucoup en la collaboration, car un cinéaste ne peut pas être inflexible comme un peintre, par exemple, face à sa toile. Le film évolue sans cesse: il y a ma vision, et d’autres qui s’y ajoutent. Leonardo et moi avons passé quatre mois, avant le tournage du film, à discuter de ce rôle pendant des heures. Les idées les plus extraordinaires viennent souvent de l’apport multiple des autres voix qui m’entourent.

- Steven Spielberg, pouvez-vous nous raconter comment vous vous êtes introduit, au début des années Soixante, aux studios Universal?

S. Spielberg: J’avais seize ans, et, comme Frank, je voulais rentrer dans la vie active. Je ne savais pas comment faire des films, et je me suis dit que le meilleur moyen était d’entrer dans les Studios Universal. J’ai pris un costume, un attaché case, j’ai salué le garde à l’entrée, il m’a rendu mon salut, et c’est comme ça que j’ai travaillé tout l’été aux studios.

- Leonardo Di Caprio, vous sentez-vous proche de votre personnage, Frank Abagnale?

L. Di Caprio: Je ne peux pas réellement dire que je me sens des affinités avec le personnage, car je n’aurais pas eu le courage de faire ce qu’il a fait! Il fallait un grand talent et de l’audace pour jouer autant de personnages. Lorsque je l’ai rencontré, j’ai trouvé qu’il était un acteur très accompli: il utilise son instinct pour manipuler les gens. Je lui ai demandé, par exemple, quelle voix il prendrait au téléphone pour faire passer de faux chèques. Il a immédiatement pris un étrange accent du sud. Lorsque je lui ai fait remarquer, il n’en était même pas conscient. Cela m’a fasciné car ce jeu d’acteur est absolument instinctif chez lui.

- Nathalie Baye, vous êtes-vous sentie perdue dans cette grosse production hollywoodienne?

N. Baye: Ce n’est pas une question de moyens, mais de plaisir. J’ai adoré travailler avec cet immense réalisateur et ces comédiens formidables, c’est ce qui compte.

- Tom Hanks et Leonardo Di Caprio, si le scénario n’était pas inspiré d’une histoire vraie, auriez-vous accepté de tourner ce film?

T. Hanks: Oui, j’aurais joué ce rôle, quoi qu’il en soit. Parfois on a envie de jouer Jean Valjean, qui est très cool, et d’autres fois, d’être Javert, impitoyable, qui s’acharne pour attraper celui qu’il poursuit. Ici il y a une dimension ludique, dans le sens où la réalité dépasse la fiction, car cette histoire est incroyable.

L. Di Caprio: Non, je n’aurais probablement pas joué ce rôle: j’aurais pensé que personne ne croirait au personnage, s’il n’avait réellement existé.

- Frank Abagnale: la meilleure partie de votre vie, était-ce quand vous étiez escroc?

F. Abagnale: Ce qui est le plus formidable, dans ma vie, c’est d’avoir fait de faux chèques, d’avoir été en prison, d’en être sorti, de gagner plus d’argent légalement qu’en arnaquant les autres, et surtout de travailler aujourd’hui avec les gens que j’ai arnaqués dans le passé!

 
         
 


Mise à jour le 13-11-2008

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