Hannes Stöhr

Entretien réalisé à Paris le 19 Septembre 2002 par Clémentine Gallot

 
   


Propos recueillis par Clémentine Gallot
19-09-2002  
 
   

Hannes Stöhr, né en 1970, est réalisateur et scénariste de Berlin is in Germany, son premier long métrage. Festival du film de Berlin, Panorama 2001 Prix du public ; Prix de la critique Allemande Meilleur film de l’année 2002, Meilleure interprétation masculine. Prix à Valence, Annonay, Poitiers, Hambourg…

Pourquoi ce titre ?

Hannes Stöhr : Un jour que j’aidais un petit garçon à faire ses devoirs d’anglais, j’ai lu dans son cahier : " Berlin is in Germany ". Il y a quelques années il aurait écrit " East Germany " ou " West Germany ". La question pour mon personnage, Martin, qui sort de prison, est de savoir comment gérer ces changements qu’il a juste vus à la télévision.

C’est plutôt tragique, l’histoire de cet homme qui se bat pour quelque chose qu’il rate, puisqu’il est en prison au moment de la chute du mur.

H. S. : Oui, mais j’ai un peu changé le scénario. Une amie, qui travaille dans une prison, m’a raconté qu’il y avait depuis cinq ans des prisonniers de l’ancienne Allemagne de l’Est qui n’avaient pas été libérés. J’ai trouvé ça très grave. Cela m’a rappelé ce film de Rossellini où le personnage, Toto, sort de prison lorsque la deuxième guerre mondiale est terminée, et se rend compte que tous les immeubles sont détruits. J’ai ainsi décidé de donner à mon film une dimension absurde. Cependant l’histoire des hommes dans les prisons était tragique. Un type, par exemple, était entré en prison en 1988, puis en 1992 était devenu junkie, au contact de prisonniers de l’Ouest. Je ne pouvais pas faire un film comme cela, sans espoir, sans humour. J’ai parlé avec tous les prisonniers qui restent aujourd’hui en prison, et aussi avec ceux qui sont sortis : à la fin j’ai mélangé tous ces témoignages. Il y a l’histoire du type qui travaille dans un sex shop, celui qui a voulu devenir conducteur de taxi mais ne pouvait pas, et celui qui avait un fils de onze ans.

Etes-vous un Allemand " de l’Ouest " ?

H. S. : Je suis de l’Ouest, mais maintenant je vis à Berlin.

Comment le film a-t-il été vu par les Allemands " de l’Est " ?

H. S. : Les spectateurs de l’Est pensent que je viens d’Allemagne de l’Est ! Je pense que le succès du film à l’Est tient beaucoup à Jörg Schüttauf. Il a été une vedette à l’Est, notamment en 1985, avec un film qui a été un hit au box office. Puis il y a eu la chute du mur, les célébrités de l’Ouest ont pris le devant de la scène, et Jörg Schüttauf s’est retrouvé dans des séries minables. Ce film va de pair avec la renaissance d’un acteur qui a beaucoup compté pour les spectateurs de l’Est.

Quelle est la pertinence d’un tel sujet aujourd’hui ?

H. S. : Pour ceux qui ne sont pas allemands, il est difficile d’imaginer comment était la vie dans les deux Allemagne : c’étais deux pays complètement différents. Malgré une culture et une langue commune, c’est comme si on associait la France et la Belgique, ce n’est pas le même pays ! Les Allemands de l’Ouest ignoraient tout de la vie culturelle, des vedettes de l’Est. Ainsi il y a dans le film certaines finesses que les Allemands ne comprennent pas : à Berlin-Est on a changé tous les noms des rues, y compris les noms des résistants contre Hitler, car ils étaient aussi communistes. C’est aussi une question de génération : la génération de 1968, par exemple, continue d’idéaliser la RDA : des spectateurs m’ont demandé si c’était mieux à l’Est ! C’était une dictature, il ne faut pas l’oublier, même s’il y a avait des choses intéressantes, comme la solidarité. Par contre, dans ma génération plus personne ne fait la différence.

Pensiez-vous rencontrer un tel succès ?

H. S. : Bien sur que non. En fait, les réactions sont différentes selon les pays. En France, l’information visuelle du film est très bien passée : comme, par exemple, les anciens billets avec la tête de Karl Marx. Mais en ce qui concerne les dialogues, certains aspects ont échappé aux spectateurs. Cela m’a fait prendre conscience que, pour un public étranger, il importe de raconter l’histoire de manière très visuelle, surtout quand il s’agit de récits.

 
         
 


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