Mamoru Oshii

Entretien réalisé pour la sortie de son film Avalon

 
   
Mamoru Oshii, réalisateur (Ghost in the shell, Jin Roh, Avalon…)

Merci à Pikifou et Snow.

Propos recueillis par Clémentine Gallot
27-03-2002  
 
   

Comment ce projet s’est-il formé en vous ?

Mamoru Oshii : J’étais depuis longtemps sur la préparation d’un gros projet qui a été annulé au dernier moment. J’étais donc furieux contre le producteur, qui m’a promis de me donner les moyens pour réaliser Avalon.

AVALON est tourné en Pologne : aviez-vous une passion particulière pour le cinéma polonais ?

M. O. : Effectivement j’ai toujours eu un amour profond du cinéma polonais : je passais pas mal de temps à voir des films polonais lorsque j’étais étudiant. J’ai pensé que l’univers du film était assez proche de la Pologne ; de plus, ce n’est pas parce que je suis japonais que je ne peux pas tourner là-bas !

Dans Ghost in the shell et Jin Roh, la technologie était associée à une certaine inhumanité, une froideur : pensez-vous que la technologie déshumanise ?

M. O. : Avant, c’était la religion qui avait le pouvoir de changer les hommes. Aujourd’hui que ce n’est plus la religion, je crois que seule la technologie est capable de changer l’Homme. Sinon, je ne vois pas ce qui pourra nous faire évoluer.

Ceux qui aiment les jeux vidéos trouvent que vous décrivez très bien le plaisir qu’ils ont à entrer dans la réalité virtuelle, et ceux qui n’aiment pas les jeux vidéos disent que votre film montre très bien le danger, la menace, de s’enfermer dans les jeux. Qu’en pensez-vous ?

M. O. : Les jeux ne me font pas du tout peur c’est plutôt de revenir à la réalité après le jeu qui me fait peur. Je pense qu’on peut avoir autant d’expériences fantastiques dans la réalité que dans le monde virtuel. Univers réel ou virtuel, c’est à nous de choisir.

Par la pratique du virtuel pensez-vous que l’on fasse l’équivalent d’une expérience religieuse ?

M. O. : Ce qu’on trouve dans l’univers virtuel c’est une mise en scène, comme le cinéma ou le théâtre, et qu’on retrouve aussi dans la vraie vie. Je ne crois pas que le problème soit le réel ou le virtuel ; ce qui compte vraiment, c’est l’expérience.

Dans Ghost in the shell, Jin Roh et Avalon, il s’agit toujours du point de vue de la femme ; pourquoi ?

M. O. : J’aime les femmes fortes !

La couleur des yeux de Ash change au cours du film. Pourquoi ?

M. O. : La couleur de ses yeux change, ainsi que sa mèche, ses lunettes : réfléchissez pourquoi tous ces éléments changent. Chaque jour, imperceptiblement, nous changeons d’apparence physique, peut-être que nous ne sommes pas la même personne qu’hier. Nous changeons comme le monde change perpétuellement autour de nous.

Au début et à la fin du film on voit la statue de deux jumeaux : que vient-elle faire là et pourquoi les deux plans sont-ils différents ?

M. O. : Effectivement, on voit les deux jumeaux, une fois avec la tête coupée, l’autre fois non. J’ai les éléments pour répondre à cette question, mais ce n’est pas parce que moi je sais y répondre que ma réponse sera exacte, vous devez y réfléchir par vous-même.

Le cinéma d’animation est-il un tremplin pour le " vrai " cinéma ?

M. O. : Je pense que bientôt on ne pourra plus distinguer le cinéma d’animation du cinéma traditionnel ; je pense que c’est l’orientation que va prendre le cinéma dans l’avenir.

Etes-vous intéressé par les nouvelles technologies du cinéma ? La DV, le cinéma haute définition…

M. O. : Je pense que le format du cinéma ne va pas changer tout de suite, mais les nouvelles technologies peuvent apporter quelques modifications, voire une révolution dans le cinéma. L’utilisation du son et de la couleur a permis au cinéma d’exprimer autre chose, mais il a aussi perdu une certaine expression. Cela m’intéresse de tourner des films avec les nouvelles technologies, bien sûr !

 
         
 


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