Chromophobia

Film américain de Martha Fiennes

Avec Ben Chaplin, Kristin Scott Thomas, Penelope Cruz, Ralph Fiennes, Ian Holm


Sélection officielle Hors Compétition (Festival de Cannes 2005)


Par Esther Castagné
 

Durée: 2h13

 

Amoralité, scandale et névroses

Une femme riche et névrosée est obsédée par l'idée de se faire refaire les seins. En attendant, elle dépense sans compter. Son mari, un jeune trader ambitieux, vient d'être promu et y gagne la gestion des intérêts d'un politicien véreux. Leur enfant semble souffrir d'un déséquilibre psychique qui le conduit à jouer avec des animaux morts ou à se déshabiller devant la webcam de son parrain homo. Le parrain homo, et donc forcément amateur d'art, se retrouve dans le coma après avoir été agressé chez lui par des jeunes qu'il avait invités et qui enviaient son pc. Et d'autre part, un assistant social tombe amoureux d'une jeune prostituée malade qui ne veut pas se faire soigner de peur qu'on lui retire la garde de sa fille.

Le film de Martha Fiennes traite de toutes ces histoires d'abord indépendamment et en parallèle avant de les recouper. C'est possible mais ça paraît parfois un peu forcé. La réalisatrice dépeint une Londres huppée d'un côté et misérable de l'autre. Les gens riches apparaissent souvent comme des pourris écervelés, agissant en vue de satisfaire leurs propres intérêts. Et généralement ils se plantent : ils font du tort aux autres sans pour autant arriver à leurs fins. D'autre part, les pauvres. Eux sont plus humains mais pas toujours très brillants non plus.
Seuls deux personnages sortent du lot, dont l'un reste tout de même légèrement cliché et ridicule : c'est l'homo dévoué, interprété par Ralph Fiennes ; l'autre, c'est le personnage le plus beau du film, Trent (interprété par Ben Chaplin), qui dédie sa vie à l'assistance de Gloria. Il devient en quelque sorte l'homme idéal, présent et attentif, tout en composant un parfait anti-héros : une virilité douteuse, une mollesse radicale, une dégaine cheap. Malgré cela, il est au fond le seul capable d'aimer. Les plus riches, eux, sont de véritables pantins qui vivent une existence morne et déprimante à l'image de la demeure luxueuse mais froide et inquiétante de Marcus et Iona. Notons à ce propos l'atmosphère thriller du film qui, malheureusement, ne se solde que par l'éclatement du scandale politico-financier.
En dépit de la faiblesse d'un scénario trop confus et de quelques longueurs, la mise en scène reste assez frappante dans son côté futuriste et glacial. Comme si le style de la réalisatrice se rapprochait davantage de l'installation vidéo que du pur cinéma. D'ailleurs Chromophobia, c'est le nom d'une installation – plus ou moins vidéo – qui varie de couleur selon l'état des gens. Il eût été intéressant de nous confronter à ce Chromophobia-là avant et après la projection : les modifications auraient pu être révélatrices…