C'est pas tout à fait la vie dont j'avais rêvé

Film français de Michel Piccoli

Avec Roger Jendly, Michèle Gleizer, Elisabeth Margoni


Sélection officielle Hors Compétition (Festival de Cannes 2005)


Par Esther Castagné
 
Sortie le 23-11-2005

Durée: 1h15

 

Triomphe orgiaque de l'absurde

Le mari, la femme et la maîtresse. Il y a aussi une gouvernante, un petit fils, un lion et un guignol. Et un cercle. Et une chanson – qui dit que la vie est une orgie, et d'autres choses encore –.

Maintenant vous savez l'histoire. Car d'histoire, au sens habituel et commun, il n'y en a pas vraiment ici. Enfin, le mari rejoint rituellement sa maîtresse fofolle et retrouve toujours sa femme grise et frigide dont les vêtements se confondent avec la tapisserie. Michel Piccoli réalisateur, donne naissance à un film surprenant – pour le moins ! – aux influences variées. Les plans intérieurs de l'appartement, et notamment dans la première partie du film, évoquent les maisons filmés par Manoel de Oliveira, tant sur le plan des couleurs que sur celui de la composition de l'image et des mouvements de caméra. Mais il y a aussi une très nette influence ferrerienne, qui apparaît principalement dans les séquences chez la maîtresse de Monsieur. Leur folie à tous les deux, leur(s) jeu(x) excessif(s) rappelle La grande bouffe, et on ne peut s'empêcher de voir une certaine ressemblance entre Elisabeth Margoni (qui joue la maîtresse) et Andréa Ferréol. L'influence de Buñuel n'est pas non plus absente. Tout comme celle du théâtre. Cela donne nous vaut un film perturbant, relativement abscons et qui peut énerver par son côté à la fois dément et déjanté. Il faut entrer dans le délire de Piccoli pour supporter, et aussi accepter l'absurde, ce qui n'a pas l'air d'être le cas d'une grande partie du public cannois qui n'a pas hésité à quitter la salle en plein milieu de la projection. Comme ce n'est certes pas le ménage à trois qui choque, il ne reste qu'à mettre en cause la loufoquerie totale de l'intrigue, qui joue avec les mots et les situations (la scène du guignol devient le reflet de la vie, de même que les maximes perspicaces peintes sur une assiette perturbent fortement le mari adultère). Les dialogues sont rares, la folie constante. On se déguise, on s'amuse, on jouit, et le spectateur continue à s'interroger sur le message de Piccoli qui, lui, continue à se déguiser, à s'amuser, à jouir et à rire de notre égarement. C'est peut-être pas tout à fait le film dont on avait rêvé mais il est loin d'être insignifiant et de laisser indifférent.