Le métier des armes

Film italien de Ermanno Olmi

Avec Hristo Jivkov, Sergio Grammatic





Par Raphaël Lefèvre
 

Durée: 1h45

 

Le métier des armes ou les six derniers jours de Jean de Médicis, jeune et preux guerroyeur au service de son oncle, le pape Clément VII. Engagé contre les Allemands de Charles Quint, il fut trahi par des compatriotes et mourut des suites d'une amputation de la jambe, blessée par un boulet de canon.

Qu'est-ce qui a bien pu attirer, dans cette histoire, le réalisateur de l'Arbre aux sabots ? De toute évidence, ce n'est pas le fracas des armes, le bruit et la fureur de la guerre. On n'entend presque jamais les coups de feu filmés. Le son, soigneusement mixé, donne au film une atmosphère irréelle. Même la musique, pourtant bien présente, est mise en sourdine et semble venir de nulle part. Que reste-t-il à écouter, alors ? Les dialogues ? Ce ne sont que de ces circonvolutions faussement polies obéissant aux conventions de la Renaissance, des phrases vides de sens mais pleines de "-issimo" ("le très-vénéré… le très-admirable Untel…"). Aussi révélateurs soient-ils sur ce qu'on devait se dire à l'époque, ces dialogues ne sont sûrement pas le principal intérêt du film. Serait-ce alors le spectaculaire qui a exceptionnellement intéressé le cinéaste bressonnien ? Que nenni : il se contente de rendre les scènes de combats efficaces et s'attarde sur autre chose : la stratégie, les déplacements, les alliances et les trahisons… Et encore, s'il prend son temps, Olmi s'attarde à la fois sur tout et sur rien… Le personnage, alors ? Hristo Jivkov, dans le rôle principal, a beau être hypnotique, on n'a pas l'impression de l'avoir vu beaucoup. Le Métier de Armes ne se résume pas non plus à un Perceval en carton-pâte ou à un Lancelot minimaliste. Et aussi magnifique soit-elle, l'image n'est pas non plus l'enjeu majeur du film. Alors, que diable a bien pu motiver Ermanno Olmi ? Sans doute quelque chose de mystérieux ou d'ineffable, car s'il manque un souffle au film, si l'on ne comprend pas tout (les personnages de la femme et de la maîtresse sont assez obscurs), il subsiste vraiment, dans ce film à la fois réaliste et irréel, quelque chose de fascinant, au-delà du simple plaidoyer contre les armes.