B-happy, J'ai peur de rien

Film chilien de Gonzalo Justiniano

Avec Manuela Martelli, Felipe Rios, Lorene Prieto, Eduardo Barril





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 01-06-2005

Durée: 1h28

 

Les Malheurs de Katty

Il y a dans la culture sud-américaine un goût permanent pour le bon gros mélodrame qui a disparu de nos régions depuis le XIXème siècle. Pour preuve le scénario de b-happy qui accumule sur la pauvre Katty tous les malheurs que les adolescentes de la littérature mondiale ont subi depuis l’invention de l’imprimerie : son père (qu’elle ne connaît pas) est emprisonné depuis dix ans, sa pauvre mère a des difficultés pour faire bouillir la marmite, d’autant que le frère aîné ne fiche rien, sinon se droguer avec un ami tendance gay, enfin l’épicier voisin couchotte à temps partiel avec la maman, dans l’arrière boutique, quand sa femme n’est pas là. Ce cadre familial éprouvant n’empêche pas Katty d’être bonne élève, avenante et équilibrée, qui chantonne : "J'ai peur de rien..." Pour tenter de la déstabiliser, Gonzalo Justiniano persiste et en remet quelques louches : le père, libéré de prison, a enfin la joie de connaître sa fille mais replonge aussi sec dans la délinquance, la police le recherche et bousille la fête d’anniversaire de Katty, elle-même est soupçonnée d’un vol qu’elle n’a pas commis, la mère meurt d’une maladie foudroyante, le frère disparaît, le père agonise faute de médicaments qui coûtent cher, Katty se prostitue pour payer les remèdes (sacrifice vain car le papa meurt quand même), etc.

Etrangement, malgré cette ahurissante série de péripéties qui semble issue de l’imagination d’un Ponson du Terrail chilien, le film ne sombre pas dans le ridicule qui le menace grâce au traitement choisi par Gonzalo Justiniano qui se révèle, heureusement, meilleur réalisateur que scénariste. Il raconte son histoire en courtes séquences elliptiques, peu bavardes et entrecoupées de fondus, évitant soigneusement les longues « scènes » qui ouvriraient les vannes du pathos. Il a également trouvé des interprètes qui arrivent, par leur sobriété, à rendre presque crédible l’accumulation des catastrophes qui les écrase : en premier lieu la jeune Manuela Martelli qui incarne une attachante Katty, au visage lisse et au regard candide et Eduardo Barril, le père, dont les penchants pour le banditisme n’entament pas le charme et la tendresse inassouvie. Cet étonnant contraste entre l’efficace discrétion de la réalisation et l’exubérance du scénario fournit une bonne raison d’aller, éventuellement, voir cet insolite b-happy.