Don't come knockin'

Film américain de Wim Wenders

Avec Sam shepard, Jessica Lange, Tim Roth, Gabriel Mann, Sarah Polley, Eva Marie Saint





Par Esther Castagné
 

Durée: 2h02

 

Don't come tout court mais reste quand même

Howard Spence, un acteur de western autrefois adulé et désormais has been  ravagé, quitte sur un coup de tête un tournage et part sans aviser quiconque dans le but de se reposer. Il décide d'aller se ressourcer chez sa vieille mère à qui il n'a pas rendu visite depuis trente ans. Mais ses projets sont chamboulés lorsque celle-ci lui apprend qu'il est le père d'un enfant qui
doit avoir une trentaine d'années. Howard, bouleversé même s'il ne veut pas se l'avouer, part à la recherche de cette famille unique et inconnue.

Après Land of Plenty, Wim Wenders se lance dans un deuxième portrait de l'Amérique contemporaine mais il le fait cette fois à travers une histoire plus personnelle qui ne traite qu'implicitement des problèmes socio-politiques. On s'éloigne donc du caractère documentaire de son précédent opus pour se replonger dans la fiction intimiste. Le thème récurrent de la paternité, sorte de leitmotiv de la sélection officielle du 58e Festival de Cannes, est ici appréhendé de façon plus passionnelle que dans un film comme celui de Jim Jarmusch
(Broken Flowers) et de façon plus psychologique que dans un film comme L'Enfant des frères Dardenne. Wenders filme un retour sur soi, une nécessité d'accepter sa vie et d'arrêter de se mentir à soi-même pour enfin réussir à reconnaître l'autre – enfant ou père – et tout simplement à aimer. Car si l'on suit l'histoire du père qui va devoir admettre ses échecs et ses erreurs et se battre contre ses démons pour aller vers l'autre et atteindre enfin une certaine maturité, l'histoire des personnages qui l'entourent ou qui croisent son chemin est aussi fondamentale. Jessica Lange notamment en sorte de Mère Courage est absolument
formidable : la justesse de son jeu, sa capacité à exprimer avec toutes les nuances nécessaires des sentiments contradictoires mais cependant compatibles. Sa relation avec Howard en est l'exemple patent. Quant au réalisateur, il signe ici une magistrale réflexion sur les états Unis et ses dérives, sur la paternité et les angoisses qu'elle est susceptible d'engendrer.
Destin personnel et histoire collective se mêlent ici habilement tant sur le plan sociologique que sur le plan géo-historique ou psychique. Wenders sait révéler les paradoxes de l'être humain et ses faiblesses. Ceci dit, le film n'est pas exclusivement une réflexion critique intéressante sur l'Homme, les hommes et les femmes – souvent plus courageuses et plus lucides que leurs partenaires masculins –, sur la vie, la famille et la réussite sociale ou personnelle ; Don't come knocking bénéficie également d'un maîtrise stylistique exceptionnelle. Et tout particulièrement de l'habileté et de la qualité du chef opérateur Franz Lustig. L'image est impeccable, les lumières splendides, les dialogues sonnent juste et ne sont pas dépourvus d'humour. L'accomplissement de ce film aurait pu
valoir à son réalisateur une nouvelle Palme – ou quelque autre prix – plus de vingt ans après Paris Texas mais le jury lui a préféré le Texas de Tommy Lee Jones et la paternité des frères
Dardenne.