L'Enfant

Film belge de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Avec Jérémie Renier,Déborah François, Olivier Gourmet


Palme d'or 2005 (Festival de Cannes)


Par Esther Castagné
 

Durée: 1h35

 

Apprentissage de la maturité

Sonia qui vient d'accoucher rentre chez elle avec le nouveau né mais son copain, Bruno, a loué l'appartement pour la semaine. Ces deux jeunes paumés, tout juste sortis de l'adolescence, se retrouvent donc aux prises avec des responsabilités nouvelles que la jeune femme semble capable d'assumer contrairement au jeune père qui s'égare et, par peur de l'âge
adulte probablement, persiste dans ses petits trafics pour gagner un peu d'argent facilement et illégalement jusqu'au jour où il va enfin prendre conscience du caractère à proprement parler criminel de ses magouilles douteuses et minables.

Les frères Dardenne signent ici, à leur habitude, un film social qui a su contenter le jury cannois qui leur a décerné une seconde Palme d'or (après celle pour Rosetta en 1999). Fidèles à l'un de leurs acteurs fétiche, Jérémie Rénier, et à leur style, ils réalisent à leur tour un film sur la paternité qu'ils appréhendent de manière bien différente de Jarmusch ou Wenders. C'est ici un très jeune homme qui est confronté à l'âge adulte et à ses responsabilités de père, qu'il semble incapable d'assumer.
Dans une Belgique morne et déprimante, les jeunes gens évoluent et portent leur égarement et leur bêtise. Plus qu'une simple critique de la société, le film est une réflexion sur l'apprentissage de la paternité et donc de la maturité par un jeune prolo qui n'a jusque-là pensé qu'à la satisfaction immédiate de ses lubies sans songer au lendemain. Ses combines sont sa seule préoccupation mais dès la naissance de l'enfant, Bruno se heurte à sa copine plus mature bien que plus jeune que lui. Elle sait ce qu'elle veut et sait qu'elle veut garder et élever l'enfant qu'elle aime déjà. Lui ne perçoit pas bien l'importance de cette arrivée dans leur couple. L'enfant n'est pour lui qu'un objet de plus, plus profitable.
Un trafic encore non exploré.
Les cinéastes belges ancrent cette histoire dans un décor qui pourrait être celui de Rosetta et montrent encore une fois la misère de certaines régions,
misère tant matérielle que morale. La critique sociale n'est donc pas absente de cette analyse quasi psychologique ou du moins intime du rapport à la paternité. C'est par l'environnement social et le milieu dans lequel évoluent les personnages que s'expliquent leur attitude et leurs réactions, l'évolution de Bruno ne vient d'ailleurs pas de l'intérieur mais de l'extérieur, c'est
ce qui lui arrive qui le constitue car il semble trop vide pour exister et évoluer tout seul. Ce sont les coups réels ou métaphoriques qu'il reçoit qui le font avancer ou du moins agir, coups qui nous sont assénés à nous spectateurs par cette caméra perpétuellement mouvante des frères Dardenne, qui suivent le chemin accidenté de la vie et traquent les émotions de leur acteurs. Cela donne presque un style documentaire ou au moins donne un caractère très réaliste, quasi naturaliste au film qui pourrait ne pas être une fiction mais une histoire  vraie.