Broken Flowers

Film américain de Jim Jarmusch

Avec Bill Murray, Julie Delpy, Sharon Stone, Tilda Swinton, Jesica Lange


Grand Prix (Festival de Cannes 2005)


Par Esther Castagné
 

Durée: 1h45

 

Broken father : Quand un improbable Don Juan part à la rencontre d'un fils annoncé

Alors que sa jeune compagne vient de le quitter en lui reprochant son immaturité et son indécision, Don, un Don Juan improbable et sur le retour apprend d'une lettre anonyme qu'il est père d'un adolescent parti à sa recherche. Il lui faut alors non seulement s'habituer à l'idée de cette possible paternité mais encore tenter de retrouver, grâce aux peu d'indices en sa
possession, laquelle de ses nombreuses conquêtes est susceptible d'être la mère de l'enfant inconnu.

Jarmusch offre un rôle à la fois sur mesure et paradoxal à Bill Murray, qui d'une certaine manière porte le film à lui tout seul, ses partenaires féminines se contentant d'apparitions plus ou moins remarquées et plus ou moins cocasses. Saluons au passage la réussite de la rencontre loufoque entre Bill Murray et Jessica Lange en psy pour animaux végétarienne et anorexique.
Il faut aussi noter que ce film est plein d'humour. On rit donc beaucoup à ce film de Jarmusch, tant à cause des situations que de la finesse des dialogues. Peut-être est-ce à cause de la présence cynique, blasée et bourrue de Bill Murray ? Mais il n'y a pas que lui qui est drôle : Winston, son voisin et fidèle acolyte, sorte de Sancho Pança, est lui aussi riche en couleurs (sans mauvais jeu de mots). Cet éthiopien aux faux airs de Sherlock Holmes forme avec Murray un duo de choc, et le second n'est pas plus comique que le premier. Les femmes que Don retrouve et qui ont chacune évolué vers des genres diamétralement opposés (les unes des autres mais aussi par rapport à ce qu'elles étaient au moment de leur liaison avec le séducteur grognon) ont aussi une dimension comique.
Mais malgré cette surprenante légèreté qui n'est toutefois pas sans rappeler certains épisodes de Coffee and cigarettes, Jarmusch conserve son style inimitable. Fondus au noir, raccords musique : la signature du maître y est et si l'on peut éventuellement reprocher quelques longueurs au film – qui ne sont dues qu'à l'impatience que l'on peut ressentir face à cette quête hésitante et indolente et devant le caractère légèrement monocorde de l'intrigue souligné par celui du jeu de Bill Murray –, on ne peut nier la patte d'un grand cinéaste. Le choix de la musique est toujours aussi juste et l'adéquation entre bande son et image est totale. Le rythme des plans donne son tempo à l'intrigue qui ne souffrirait ni de précipitation, ni de mouvements brusques. Or le caractère lent, presque planant de la caméra jarmuschienne permet justement d'installer cette zen-attitude et cette nonchalance – presque excessive parfois – dont joue l'acteur Bill Murray.
Enfin les images sont construites telles des tableaux et les nombreux plans fixes permettent aux personnages de s'insérer dans un décor caractéristique qui permet de mieux les cerner et de plonger dans leur univers qui est aussi celui du cinéaste new-yorkais. Un bijou stylistique fidèle à l'étrange personnalité du cinéaste qui lui a valu – seulement ?! (dans les deux sens du terme car on peut regretter qu'il n'ait pas eu la Palme cette année mais peut-être encore
davantage qu'il ne l'ait pas déjà eu pour DeadMan ou Ghost Dog, tous deux sélectionnés et qui sont de vrais chefs d'œuvre) – le Grand Prix de la 58e édition du Festival de Cannes.