Last days

Film américain de Gus Van Sant

Avec Michael Pitt, Lukas Haas, Asia Argento


58e Festival de Cannes - Compétition officielle


Par Stéphane Malek
 
Sortie le 13-05-2005

Durée: 1h37

 

Naissance

Depuis sa mort en avril 1994, Kurt Cobain n'a cessé de déchaîner les passions. Souvenez-vous des polémiques (suicide ou assassinat ?), des documentaires (Kurt & Courtney de Nick Broomfield en 1998), des suicides collectifs, des best of inutiles et des publications de journal intime. Personne ne semble vouloir laisser le dernier enfant prodigue du rock se reposer en paix.

Survient alors Last Days de Gus Van Sant, librement inspiré des derniers jours énigmatiques de Cobain à qui le film est dédié. Kurt ressuscité ? Kurt enfin compris ? Gus Van Sant a-t-il réussi à capter l'essence tragique des derniers jours d'une icône tourmentée ? Non attendez, je recommence... Last Days boucle une trilogie (après Gerry et Elephant) sur la face sombre de la société américaine, sur une Amérique désenchantée qui... non, non, excusez moi... Last Days est un des plus grands " films rocks " de l'histoire, un des seuls qui parvient à représenter la vraie nature d'un monde à part, où règne souffrance et solitude et où... STOP !!

Oubliez Cobain, oubliez l'époque, le pays, les concerts, le grunge, tout ! Laissez vous entraîner par l'atmosphère, les images, les sons, par la carcasse voûtée d'un certain Blake qui tremble, titube et marmonne, qui se fait cuire des macaronis ou s'amuse avec un fusil dans une mélopée solitaire d'une extrême simplicité. Comme dans Elephant, parfois, moins souvent, Gus Van Sant suspend le temps, repart en arrière, reprend la scène sous un autre angle. La vie est immobile, elle passe en boucle sous le flux et le reflux du regard. Il n'y a pas de thème, pas de sujet abordé, juste des images, des actions répétées, qui laissent au spectateur le temps de réfléchir. Le film se construit alors dans sa tête et non à l'écran, il prend vie grâce à ses émotions et ses sentiments. La mort, inévitable, n'est traitée avec aucun désespoir. Il s'agit des derniers moments de vie, des derniers gestes d'un homme avant la mort, ou la naissance. Dans la pénombre, Blake, fustigeant sa guitare, entame une ballade pleine de rage. Elle est écrite par Michael Pitt (qui incarne avec brio le personnage principal) lui-même : Death to Birth. Etendu sur le sol, à la fin, Blake quitte l'enveloppe inutile de son corps, nu comme le jour de sa naissance. L'interprétation est personnelle.

On ne dit pas au spectateur quoi penser mais ses sens sont aiguisés, hypnotisés, comme si à force de murmures, de fragilité et de gestes tremblants, Last Days avait capturé une vérité essentielle, une vérité que peut être quelqu'un avait compris depuis maintenant longtemps lorsqu'il a écrit, avant de se donner la mort un certain 5 avril 1994, "mieux vaut s'embraser que de se consumer lentement".