Lemming

Film français de Dominik Moll
En compétition officielle au Festival de Cannes 2005

Avec Charlotte Rampling, Charlotte Gainsbourg, Laurent Lucas, André Dussolier





Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 12-05-2005

Durée: 2h09

 

Engorgements, envoûtements et dérapages pervers

Les lemmings sont d'adorables petits ratons laveurs qui vivent… en Scandinavie. A priori, ils n'ont aucune raison de proliférer dans les conduits d'évacuation d'une maison cossue du midi de la France.

Après le brillant Harry, un ami qui vous veut du bien, Dominik Moll peut-il encore surprendre? Le début du film semble balayer les réticences. Tout y est : l'angoisse distillée au goutte à goutte, la violence qui s'installe en catimini, les surprises en cascade, et, surtout, l'humour réfrigérant du réalisateur. Inutile de raconter le film dont la réussite tient, théoriquement, à la capacité de tromper notre attente. Sachez juste qu'il y est question d'un couple (Laurent Lucas/ Charlotte Gainsbourg) qui tombe dans les griffes d'un autre (André Dussolier/ Charlotte Rampling), à tel point l'on se demande pourquoi les deux jeunes se laissent embringuer dans un piège démentiel. Le film indique plusieurs réponses, l'une d'elles est la candeur (niaiserie?) du héros dont les ineptes performances professionnelles - il fabrique des web-cam volantes - en disent assez long. Sa jeune épouse, pour ce qui la concerne, est «fragile» (idiote ?). La fin suggère pourtant une autre piste : les jeunes mariés connaissaient une difficulté d'ordre privé, l'intrusion du couple azimuté présentant le mérite de réveiller les ardeurs du mari, comme le suggère la symbolique du petit raton endormi (mais bien vivant!) dans les entrailles du foyer.

Si la première heure est amusante, la suite est plus convenue. D. Moll finit par se prendre un peu les pieds dans le tapis de ses ratons laveurs, la mise en scène frôlant parfois le ridicule. Les personnages manquent de subtilité et le film de vraie ampleur, mais la performance de Charlotte Rampling et de André Dussolier justifie le déplacement.