Kingdom of heaven

Film américain de Ridley Scott

Avec Orlando Bloom, Eva Green, Liam Neeson, Jeremy Irons, Brendan Gleeson, Edward Norton, David Thewlis...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 04-05-2005

Durée: 2h25

 

Le Royaume de la Conscience

Humble paysan français, Balian apprend qu’il est le bâtard d’un grand seigneur, le baron d’Ibelin, croisé revenu sur ses terres chercher main forte pour l’accompagner à Jérusalem. Un grand destin l’attend en Terre Sainte, où la paix fragile entre Baudouin le roi lépreux et Saladin est menacée par d’affreux templiers… Quelques temps après avoir ressuscité le péplum, Ridley Scott nous offre un film « médiévorientaliste » honnête mais sans aspérités, à la fois étonnant et convenu, spectaculaire et un peu mou.

On est quand même surpris par le propos idéologique, pas banal pour ce genre de productions qui sombrent facilement dans l’apologie sans nuance de la force et de l’impérialisme. Certes, le film se range clairement du côté de l’Occident et de son génie – voir la scène où Balian creuse un puits sous les yeux ébahis d’Arabes. Et jamais n’y est pas remise en cause la présence des croisés en Terre Sainte ; au contraire, la Terre Promise y est présentée comme le pays de l’opportunité, de l’abolition des classes, du cosmopolitisme – bref, un juste retour des choses pour cette métaphore du rêve américain. Mais le film n’est pas exempt d’une certaine complexité et, parmi quelques moments un peu limite, proclame (haut et fort, à travers des dialogues malheureusement trop solennels et sentimentalistes) un discours humaniste, méfiant vis-à-vis du pouvoir et de la religion (le Royaume des Cieux est dans nos coeurs et nos actions), prônant le respect des cultures, la quête de la paix…

L’univers recréé est, il faut le dire, assez beau et exaltant. Qui a rêvé, étant petit, de chevaliers et de princesses, de châteaux, de batailles et des fastes de l’Orient, trouvera un tant soit peu son compte. Mais risque pourtant au bout du compte d’être déçu : malgré une ample scène de bataille, le film, trop long, trop lisse, noyé sous un flot épuisant de musique « world d’époque », manque sérieusement de souffle épique. Assez impersonnel, reposant sur les épaules d’un acteur peu charismatique (le mimi Orlando Bloom), il n’a pas la mystérieuse force barbaro-romantique de Gladiator, pas plus que la fougue et l’audace d’Alexandre.