En bonne compagnie
In Good Company

Film américain de Paul Weitz
Produit par Paul Weitz et Chris Weitz

Avec Dennis Quaid Scarlett Johansson Topher Grace





Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 13-05-2005

 

Douceur des échanges en milieu capitaliste

«Synergie» : tout est là!  Sports America est un grand magazine qui vient d'être racheté par un magnat de presse internationale, Teddy K., empereur  de la  «synergie» et parrain capricieux.  Dan Foreman,  le directeur marketing de Sports America  n'est qu'un  employé modèle doublé d'un  père de famille pantouflard. Restructuration, mutations, coupes sombres : Dan, 51 ans, se trouve évincé au profit de la dernière coqueluche de Teddy, Carter.

En fait,  ce chérubin   vient se faire les dents, qu'il a très longues et acérées, dans l'entreprise vacillante.

En fait de «synergie», le jeune Carter, un «connard froid et cul serré» de son propre aveu, sème la désolation dans l'entreprise, tout d'abord  en virant Dan Foreman  (Dennis Quaid) du bureau qu'il occupe depuis plus de 20 ans, puis  en s'attaquant  au  dégraissage.  Fort de  ces performances,  notre Rastignac obtient  également les faveurs de la belle Alex,  fille de Dan.

Consternation, stupeur,  rage  d'un  père doublement humilié. Seulement voilà, le réalisateur n'est pas Laurent Cantet (Ressources humaines) ni J.M. Moutout (Violence des échanges en milieu tempéré) mais Paul Weitz, scénariste heureux (American Pie!) et  coréalisateur avec son frère Chris, de Pour un garçon, une  comédie sentimentale réussie  (2002).   Cette-fois, l'argument romantique s'inscrit dans un contexte sombre, dans la plus pure   tradition «sociale» américaine.  La  brutalité du système n'est pas édulcorée :  Teddy K.  (Malcom Mc Dowell) est hilarant en  ponte crétin et arrogant. Pourtant la tonalité  générale du film reste utopique. Les  situations désespérées s'inversent à mi-parcours, les bonnes passions  l'emportent   sur les mauvaises, et Carter, le vilain gosse mal élevé (Topher Grace)  trouve le chemin de la rédemption.   Le crime ne paie pas au pays des bons sentiments ! Paul Weitz, qui cite volontiers  Billy Wilder, confirme  son ingéniosité. Le scénario est roué, la mise en scène précise et alerte, et la morale  revigorante. Mais ce sont surtout les acteurs qui emportent la conviction :  Scarlett Johanson, délicieuse, crève  l'écran une fois encore, Dennis Quaid, est  émouvant; quant au  jeune rapace (vu dans Ocean's Twelve  et Le rendez-vous de Mona Lisa)  il est époustouflant dans le registre méchant/craquant. L'incarnation ici est tellement réussie que pour un peu on avalerait la pilule libérale. L'homme est un loup très attachant !