L'Intrus

Film français de Claire Denis

Avec Michel Subor, Grégoire Colin, Katia Golubeva, Bambou





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-05-2005

Durée: 2h10

 

Durassic Park

J’imagine que la critique branchée (qui redoute définitivement de passer à côté de van Gogh) va faire son miel de ce film germanopratin tourné en Cinémascope pour Arte qui l’a déjà diffusé. (En passant, j’aimerais bien comprendre la politique de la chaîne qui produit ce film dans un format incompatible avec la télévision et court-circuite son exploitation en le dévoilant avant sa sortie en salle). Quelques hommages à Godard, Paul Gégauff et Marguerite Duras parsèment ce récit dont l’opacité est assumée par Claire Denis qui déclare : « l’étrangeté est mon domaine ». Les fans ne seront pas déçus.

L’Intrus relate le long cheminement solitaire vers les îles des mers du Sud de Louis Trebor, anagramme transparent de Robert Louis (Stevenson) qui fit le même périple pour y mourir à la fin du XIXe siècle. Claire Denis prend plaisir à brouiller les pistes, depuis l’obscurité des sous-bois jurassiens peuplée de zombies russophones jusqu’à ce que Trebor-Subor aborde à Bora-Bora. Elle met longuement en place des personnages qu’elle abandonne aussitôt (à moins qu’ils ne réapparaissent là où on ne les attendait plus), amorce des relations qui ne se développent pas et crypte les actions et les décisions de son héros, greffé du coeur, incarné par un Michel Subor au masque d’Imperator taciturne et fatigué. La réalisatrice est fascinée par les rides, les taches et les boutons de ce visage vieillissant, le macro photographiant à bout portant comme Agnès Varda s’acharnait déjà sur celui de Jacques Demy, proche de la mort, dans Jacquot de Nantes.

Les films précédents de Claire Denis démontrent qu’elle possède un talent certain et une vision personnelle. De belles idées s’infiltrent souvent dans cet Intrus déconcertant, prouvant l‘évidente capacité de la réalisatrice à maîtriser images et récit, lorsqu’elle désire briser avec certaines séquences interminables qui entraînent son film au-delà des deux heures. On ne peut que se demander : pourquoi autant d’efforts pour rendre ce scénario incompréhensible, les personnages opaques et transformer en ennui l’intérêt qu’aurait pu prendre le public à cette mortelle randonnée ?