J'adore Huckabees

Film américain de David O. Russell

Avec Dustin Hoffman, Isabelle Huppert, Jude Law, Jason Schwartzman, Lily Tomlin, Mark Wahlberg, Naomi Watts





Par Simon Legré
 
Sortie le 20-04-2005

Durée: 1h46

 

Métro, boulot, philo

«Huckabees», késacko ? Une chaîne de grandes surfaces dirigée par un jeune coq peroxydé qui saccage impunément les espaces verts. Son rival traverse un tunnel existentiel, objet de cette fable mijotée par un allumé qui semble avoir lu L'être et le néant en fumant son pyjama.
 
On aime les déclinaisons spikejonziennes qui font des personnages des pantins gigognes, nous entraînant dans des abîmes interprétatives souvent drôles. Mais vouloir pasticher innocemment les prouesses scénaristiques du réalisateur d'Adaptation ne se fait pas sans dommages. Surtout quand cette impertinence s'accompagne d'un brouillard philosophique imbitable. Car face à cette improbable histoire d'alter mondialiste guetté par le blues, on est en droit de dire non. Non à écouter pérorer deux heures durant des mariolles déployant leur rhétorique fuligineuse en se catapultant à coup de concepts aussi accrocheurs qu'une devinette carambar. Et oui à admettre que cette dissertation interminable est d'une vanité soporifique désarmante. Le seul watt de bonne idée émerge lorsque le récit convoque les «détectives existentiels» qui atomisent cette orgie d'élucubrations. Parmi eux, la reine Huppert trône, sensass en nihiliste post-sartrienne. Apart ça, ça parle beaucoup. Les piliers de ce casting proche du délire hallucinogène (incluant Naomi Watts en pin-up rageuse et Mark Walberg en pompier érectile) sont réduits à débiter des choses énormes avec un sérieux papal, tandis que la caméra tente d'arrondir les angles. Et nous, on ne sait que faire de ce bulldozer existentialiste qui brasse tout et n'importe quoi avec un détachement pince-sans-rire. Alors que le scénario court après une profondeur qu'il ne saisit jamais, on doit se rendre à l'évidence : le ratage est d'importance. Alors dépossédé de toute capacité de séduire, ce gros pudding laborieux, lentement, se déballonne.