Avanim

Film afghan de Raphaël Nadjari

Avec Asi Levi, Uri Gabriel, Florence Bloch





Par Laurence Bonnecarrère
 

Durée: 1h50

 

Cauchemar de pierre

Ce jour-là, Michale ne rejoindra pas son amant. Il vient de disparaître, pulvérisé dans un attentat au coeur de Tel Aviv. Le train-train quotidien d'une épouse irréprochable tourne au martyr. Prise en étau entre un mari insipide, un père obsessionnel et une communauté religieuse corrompue et despotique, Michale dépérit en secret; son âme se décompose comme un monticule de cailloux calcinés.

Avanim signifie «pierres» en hébreu. Sur la tombe des proches, chacun dépose un petit caillou, mais ce geste affecteux, Michale n'a pu l'effectuer. La privation du deuil de l'aimé est une douleur indicible, mais ce drame inopiné dans l'existence d'une femme par ailleurs  effacée ne fait que mettre à nu un désespoir latent.  Car l'air est devenu irrespirable à Hatikva, quartier traditionnel sépharade de Tel Aviv. Excédée par les barbus d'une école talmudique auxquels son père prête main forte, Michale, qui  se morfond lors des cérémonies du Shabbat, refuse également de se soumettre aux diktats des employeurs de son père.
Le réalisateur de ce nouvel hommage à la femme insoumise est un français émigré à New-York, Raphaël Nadjari. Le cinéaste,  qui témoigne  comme dans ses précédents films, d'une filiation revendiquée avec John Cassavetes, épouse ici  une nouvelle figure  de la déréliction, au-delà du schéma habituel de la cité anxiogène (Apartement 5 C)  ou  de la psychose programmée ( Une femme sous influence, de Cassavetes). Mais Michale, que la caméra  impatiente et fiévreuse de Nadjari suit pas-à-pas, est une héroïne inédite. A la fois introvertie et farouche,  sensuelle et  rugueuse, elle congédie  tous les stéréotypes. Servie par l'interprétation intense de Asi Levi, la femme brisée est ici porteuse d'une vérité étrangement palpable.

A mi-chemin entre radiographie  sociologique -celle  d'une société asphyxiée par les gardiens du Temple-  et portrait romantique d'une femme douce, le film de Nadjari, combatif  et subtil, parvient à éviter tous les pièges du genre (didactisme, emphase, complaisance, simplisme, etc.). Une pierre  de plus  dans le chantier en pleine expansion de la rébellion féministe contre tous les affreux barbants barbus.