La Pornographie
Pornografia

Film polonais de Jan Jakob Kolski
Co-adaptation: Gérard Brach, Luc Bondy

Avec Krzytof Majchrzak, Adam Ferency, Krzysztof Globisz


Sélection officielle Venise (2003)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-03-2005

Durée: 1h52

 

Dépolonisation

Il ne s’agit pas du dernier film de Catherine Breillat mais de l’adaptation par Jan Jakub Kolski, Luc Bondy et Gérard Brach du roman de Witold Gombrowicz. On sort de ce récit noir et violent avec la sensation de plus en plus rare que le cinéma peut, quand même, être parfois considéré comme un art majeur. On finirait par l’oublier…

Je ne dévoilerai rien de cette cruelle histoire afin d’en laisser intacte la découverte à ceux qui n’auraient pas lu le roman. La beauté plastique, la qualité de la bande musicale, le sens du temps et de l’espace, la performance de ces comédiens inconnus, tout cela souligne, encore une fois, le scandale que constitue l’asphyxiante occupation des écrans du monde entier par le cinéma industriel hollywoodien.

Le pire, c’est que le public et la presse, complètement intoxiqués, ne semblent même plus s’en rendre compte. Je ne connaissais pas l’existence du cinéaste polonais Jan Jakub Kolski et je découvre que c’est son dixième film en 15 ans. La veille, j’étais allé voir Million Dollar Baby dans une salle submergée par les journalistes. Le lendemain, nous étions QUATRE dans la même salle pour découvrir La Pornographie, tourné en 2003, qui n’est toujours pas distribué en France. Cela ne signifie évidemment pas que Clint Eastwood ne mérite pas un Oscar: j’ai plaisir à le retrouver régulièrement, ainsi que Woody Allen ou Martin Scorsese, mais pour un Million Dollar Baby, combien de Fils du Mask? On peut regretter l’époque où Bergman, Fellini, Saura, Forman (toujours à Prague) et Wenders (encore à Berlin) arrivaient à se glisser parmi les blockbusters pour nous offrir des films originaux, loin des standards des majors. Il y a certainement dans chaque pays, encore aujourd’hui, des cinéastes talentueux dont les oeuvres ne sont plus diffusées dans le monde parce que les écrans de la planète sont réservés aux 36 000 copies de Constantine ou Meet the Fockers. Quitte à radoter, je ne peux cesser de le déplorer.