Calvaire

Film belge de Fabrice Du Welz
Cannes 2004 (Semaine de la critique) – Toronto 2004 – Etrange festival 2004 – Gérardmer 2005

Avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon...


Interdit aux moins de 16 ans


Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 16-03-2005

Durée: 1h30

 

Un film qui porte bien son nom

Attention, « film-choc ». Avec derrière la caméra, un cinéaste qui n’a rien à exprimer, et qui confond exploration de la noirceur humaine, voyage au bout de l’enfer ou retour du primitif refoulé avec la représentation provocatrice de fantasmes malsains. Au programme : malaise, terreur, abjection.

Tout sauf une critique sociale, le début du film raille froidement la médiocrité d’un « artiste chanteur » de galas (Laurent Lucas, dont on se demande bien ce qu’il est venu faire dans cette atroce galère) et l’aveuglement pathétique des habitantes d’un hospice qui trouvent en lui « la jeunesse, les souvenirs, le bonheur ». Non sans lucidité, mais avec mesquinerie, Welz met à nu le rapport malsain liant les chanteurs ringards à leurs admiratrices ; les premiers font semblant d’aimer et de séduire les secondes, mais se retrouvent bien embarrassés lorsque, cédant à leur hypocrisie, une groupie vient leur faire comprendre dans leur loge qu’elle aimerait bien passer à l’acte… Recherche de l’effet glauque à tout prix, cruauté envers les personnages : le malaise est insoutenable. Suite à cette tentative manquée de se connecter à une certaine réalité, le film s’enfonce dans de stupides ténèbres traversées par de pénibles pics de violence.

Dans Calvaire règnent l’arbitraire et la complaisance. Le film se veut une fable, mais la mise en scène ne fait rien pour en attester. Elle développe un naturalisme sordide pseudo-fantastique, se livrant de temps à autre à des délires plus « abstraits », tendance Philippe Grandrieux mal digéré ou Gaspar Noe sans roue de secours (une lueur de tendresse, un paradis perdu). Jeune chien fou cherchant à tout prix les sensations fortes, Welz n’a aucune vision digne de l’homme à proposer. Les acteurs ont beau y mettre toute leur conviction (Jackie Berroyer, en particulier, est saisissant, voire touchant), la logique de leurs personnages (du traditionnel fou du village, particulièrement autiste, au patriarche bourru, fou et dangereux) les dépasse, et ne répond qu’au bon plaisir sadique du cinéaste. L’opacité psychologique, ici, bien loin de renvoyer avec force à une certaine absurdité métaphysique (Gerry…), dit bien la vacuité de sa pensée.