De battre mon coeur s'est arrêté

Film français de Jacques Audiard

Avec Romain Duris, Niels Arestrup, Linh-Dan Pham, Aure Atika, Emmanuelle Devos, Jonathan Zaccaï, Gilles Cohen





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-03-2005

Durée: 1h47

 

Passe ton Bach d'abord

Quatre films en 10 ans : Jacques Audiard mûrit ses sujets qui se caractérisent tous par le choix d’un héros exceptionnel associé à des situations insolites. De battre mon coeur s’est arrêté s’inscrit parfaitement dans cette tendance et nous raconte l’histoire d’un agent immobilier qui ambitionne de devenir… pianiste de concert ! Il s’agit d’un remake de Fingers, de James Toback, qui se passait dans la mafia new-yorkaise dans les années 70 et était interprété par le jeune Harvey Keitel, découvert dans Mean Streets. L’adaptation de Tonino Benacquista a transposé l’action dans le milieu de certains marchands de biens parisiens dont les agissements frisent souvent l’illégalité.

Les personnages sont attachants et imprévisibles, qualité récurrente des films de Jacques Audiard. Tom (Romain Duris) magouille dans l’évacuation forcée d’immeubles achetés à bas prix tout en servant, accessoirement, d’homme de main à son père vieillissant (Niels Arestrup, exceptionnel) pour l’aider à récupérer des dettes impayées par ses clients indélicats. La relation entre les deux hommes est un des points forts du scénario, montrant le passage où le père bascule dans la dépendance et devient progressivement le fils de son fils. La description de cette évolution constitue en soi une histoire passionnante qui pourrait suffire à notre plaisir. Mais la vraie surprise est ailleurs : Tom retrouve par hasard un ancien professeur de piano et décide de reprendre une activité musicale aux antipodes des préoccupations professionnelles de ses acolytes, ce qui va rapidement pourrir leur relation. Là aussi, l’invention des scénaristes ne faiblit pas et nous propose, entre deux expulsions de locataires africains, les séances de répétition d’une harassante Toccata par Tom (coaché par une pianiste chinoise qui ne parle pas français mais communique efficacement malgré cela).

La seule faiblesse du récit parait résider dans le rôle, finalement assez vague, que tient Tom dans ces magouilles immobilières : on se demande pourquoi ses associés, qui lui reprochent ses retards et ses absences, tiennent tellement à sa présence qui ne paraît pas vraiment nécessaire. Mais le mouvement général de l’histoire efface cette réticence jusqu’à l’épilogue étonnant que Romain Duris, dont le talent se confirme, impose malgré son étrangeté.