La Vie Aquatique
The Life Aquatic with Steve Zissou

Film américain de Wes Anderson

Avec Bill Murray, Owen Wilson, Cate Blanchett, Anjelica Huston, Willem Dafoe, Jeff Goldblum





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-03-2005

Durée: 1h58

 

Zissou Marin

Héros grincheux d’une fantaisie cartoonesque, telle est l’incarnation inattendue du Cdt Cousteau sous les traits flegmatiques de Bill Murray. Son nom n’est jamais prononcé, mais les bonnets de laine rouge portés en toutes circonstances, les activités de l’équipage et la Calypso rebaptisée Belafonte ne demandent pas l’aide de Dan Brown pour être décodés.

L’ouverture du film, constituée d’extraits parodiant l’interminable série télévisée du célèbre plongeur (rebaptisé Steve Zissou), nous met en appétit d’autant que Wes Anderson ne lésine pas sur la caricature. Le film a les moyens de ses ambitions : bateaux, hélicoptères, engins sous-marin, et un immense décor en coupe verticale qui nous permet de visiter, en plans séquences, tous les aménagements intérieurs du Belafonte où s’agitent les divers membres de l’équipe océanographique aux prises avec un matériel archaïque (salle des machines modèle Nautilus, pas d’ordinateurs, caméra 16 mm et table de montage mécanique) : le récit est donc volontairement daté. Dans la foulée, Wes Anderson tourne également le dos au confort des effets spéciaux numériques et fait appel aux bons vieux trucages optiques en animant des poissons fantaisistes image par image, «à l’ancienne». Le résultat est un bel hommage rendu aux illustrations de Hetzel pour Jules Verne, à la naïveté poétique de Méliès et à l’univers du tchèque Karel Zeman. Comme une brillante troupe d’acteurs est également au rendez-vous pour incarner les héros de l’aventure, tous les atouts semblent donc réunis pour une brillante réussite.

Hélas, cette verve créatrice irrigue beaucoup moins un scénario qui reste à la traîne. On a du mal à entrer dans cette histoire abracadabrante de requin recherché, de fils retrouvé et de marivaudage attisé par le démon de midi. La mayonnaise prend difficilement et l’intervention finale de pirates improbables finit de la faire tourner en nous plongeant dans un registre de violence inattendue et assez peu conforme à l’épopée Cousteau. On peine à admettre la soudaine transformation de Bill Murray en Bruce Willis flingueur. L’interminable durée du film asphyxie aussi cette comédie qui s’enlise dans une série de fausses fins. Un allègement général pourrait redonner du muscle à ce récit qui s’essouffle à courir trop de lièvres à la fois, comme si le réalisateur était dans l’incapacité de faire des choix et de supprimer ce qui alourdit le rythme et la fantaisie. Il donne l’impression d’avoir tourné tout ce qui était écrit et gardé tout ce qui était tourné. C’est dommage car Bill Murray et sa troupe mouillent leurs chemises et le film possède les éléments qui pourraient en faire un divertissement réussi…en 90 minutes.