La Petite Chartreuse

Film français de Jean-Pierre Denis
D'après La petite chartreuse, de Pierre Péju

Avec Olivier Gourmet, Marie-Josée Croze





Par Jérémie Kessler
 
Sortie le 23-02-2005

Durée: 1h30

 

Post mortem

Une petite fille, introvertie, est renversée par un une voiture alors qu’elle courait dans la rue. Le conducteur coupable, libraire, ancien alcoolique qui possède une mémoire –maladive- si grande qu’il se souvient de chaque mot qu’il lit, prend l’enfant en charge pendant sa convalescence, alors que la mère est souvent absente.

Visages pâles et sans expression, répliques d’orgueil, mots-attaques, gestes-agressions, regards tristes, décors neigeux, blancs, et sombres, tout, dans La Petite Chartreuse, de la moindre branche d’arbre à la plus longue réplique, du baiser le plus bref à la scène de clownerie la plus exaltée, tout semble désincarné, ou venir d’un ailleurs qui n’existe pas. Les personnages et les décors sont, avant tout, des névroses, sans caractère particulier, dépersonnalisées. Ils sont tout sauf des personnages, sauf des décors, mais les lieux d’une perte d’existence, d’un meurtre de tout effet, de tout affect, du terme annoncé de ce que pourrait être le cinéma. Lieux hors-temps, hors-espace, dans lesquels un accident de voiture n’est rien, un coma rien, un conte pas grand chose. Gravité envahissante de l’existence. Ne donnant pas le moindre signe de vie, perdue dans sa forêt, ses montagnes, La Petite Chartreuse est en fait un grand tombeau, un film sans âme, presque sans idéologie, lui-même névrosé, rongé par ses (faux) problèmes et dévoré par eux, un grain de poussière sans consistance, sous la terre duquel des paroles et des corps se disputent pour savoir qui sont les plus morts.