J'irai cracher sur vos tongs

Film français de Michel Toesca

Avec Sacha Bourdo, Valérie Trajanovski, Romain Longuépé, Patrick Chesnais





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-03-2005

Durée: 1h13

 

Un film culotté

Statistique : il y a une soixantaine premiers films par an, en France… suivis de CINQ deuxièmes films. No comment.

J’irai cracher...  appartient à la première catégorie. C’est une sympathique et insolite tentative de film gigogne qui filme un personnage qui filme, en se sachant filmer, un autre personnage qui demande à la caméra qui le filme pourquoi on le filme. Tout cela est tourné, évidemment, en DV, seul format permettant ce genre d’esquisse sans ruiner forcément le producteur.

Le scénario, inspiré des Carnets du Sous-sol de Dostoïevski, est pour le moins étrange : au Bois de Vincennes, Charles, employé d’une agence immobilière, s’entraîne à l’utilisation d’un caméscope en filmant un inconnu, Micha, qui le prend finalement comme confident de ses délires érotiques. Enhardi par la présence de la caméra, il drague crûment, mais sans succès, Lola qui exhibe sa petite culotte sous sa mini jupe. Micha donne libre cours à ses obsessions verbales sous un culottier (arbre qui ne pousse qu’au bois de Vincennes) et traverse le lac à la surface duquel des filles chaussées de tongs perpétuent la célèbre performance de Jésus.

Rentré dans le sous-sol qui lui sert de chambre, Micha reçoit la visite inattendue de Lola qui consent, finalement, à retirer sa petite culotte. Cet accord tardif et inespéré coupe évidemment tous les désirs fantasmés de Micha qui est incapable de passer de l’oralité à l’acte.

Epilogue : Micha retrouve Charles, le caméscopeur, dans l’appartement de Lola qu’il est venu filmer pour son agence. Tragiquement harponné par un portemanteau, Micha va agoniser dans la baignoire devant les deux témoins impuissants.

Le dernier plan nous montre Micha ressuscité qui vient d’assister à la projection du film (comme nous) et qui est apparemment satisfait de sa prestation. La boucle est bouclée.

Le velléitaire impuissant est interprété par le fluet Sacha Bourdo que Michel Toesca a encadré d’acteurs de grande taille pour bien souligner les divers complexes d’infériorité qui écrasent son petit héros. Il est évident que la cohérence dramatique n’est pas le souci principal du réalisateur et que le résultat est un peu brouillon, mais il y a parfois un jaillissement, des trouvailles et une liberté de ton dans cette modeste tentative qui vous obligent à y voir le verre à moitié plein.