Le Promeneur du Champ-de-Mars

Film français de Robert Guédiguian

Avec Michel Bouquet, Jalil Lespert...


Sélection officielle du Festival de Berlin 2005 – en compétition


Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 16-02-2005

Durée: 1 h 57

 

Dans la peau de François Mitterrand

La réussite du Promeneur du Champ-de-Mars est d'éviter le biopic traditionnel, avec profusion de détails et défilé people (ne vous demandez pas qui on a trouvé pour interpréter Danièle ou si Chirac est ressemblant, vous ne les verrez pas ; ne cherchez pas non plus le scandale des écoutes ou la vente d’armes au Rwanda, là n’est pas le propos), pour se concentrer sur une figure (chercher à questionner ses parts de mythe et d’humanité plutôt que de chercher la parfaite ressemblance et la vérité des faits) et développer une méditation sur la vieillesse, la fin du pouvoir, la mort.

Se concentrer sur une figure, donc. Une figure : ce qu’elle recèle – l’homme, avec ses contradictions, son goût du pouvoir contaminant jusqu'à ses rapports intimes, des rapports de séduction glaciale ; ce qu’elle représente – l’espoir de la gauche au pouvoir dans un monde où s’effrite l'idéal socialiste ; les zones de confusion entre ces deux facettes – tout ce qui constitue la fascinante (et dangereuse) aura du personnage. Une figure aussi au sens propre, c’est-à-dire un visage, incarné ici par celui, marmoréen et croulant, fatigué mais digne, solennel et malicieux de Michel Bouquet, absolument prodigieux car proposant un Mitterrand « à sa façon » (plus espiègle, notamment, que l’original), ne cherchant pas à tout prix le mimétisme.

Cette enquête est racontée à travers les yeux d’Antoine (Jalil Lespert), un jeune journaliste passionné, idéaliste, qui cherche à acquérir des certitudes, à blanchir cet individu complexe et ambigu (Vichy, bien sûr, sujet qu’il ne cesse d’esquiver, irrité), à statufier celui qui représente la gauche de gouvernement. C’est l’autre excellente idée du film : introduire le personnage au public en le faisant s'identifier à ce regard certes partisan mais aussi neuf, frais, voire naïf (la fadeur qu’on a reproché à Jalil Lespert n’est en ce sens pas si éloignée que ça de celle du personnage) bien que non dénué d'ambiguïté. Certaines scènes du film ne sont pas complètement réussies (comme par hasard, la plupart de celles où n’apparaît pas le président), et un sentiment d’incomplétude subsiste au sortir de ce film très sobre, mais cela ne saurait balayer l’intelligence et la cohérence de l'approche du personnage, dans toute sa complexité.