Le Promeneur du Champ de Mars

Film français de Robert Guédiguian
Adaptation du livre Le Dernier Mitterrand de Georges-Marc Benamou

Avec Michel Bouquet, Jalil Lespert





Par Esther Castagné
 
Sortie le 16-02-2005

Durée: 1h57

 

Monsieur le Président, Roi de France

L'homme est un animal politique mais certains le sont plus que d'autres. Mitterrand était de ceux-là. Dernier monarque en République, il ne vivait que par et pour son règne.

Le film de Robert Guédiguian, qui a pour l'occasion abandonné ses fantaisies méridionales et la Canebière, s'inspire du livre de Georges-Marc Benamou (aussi scénariste) Le Dernier Mitterrand qui a en son temps suscité un scandale du fait des secrets qu'il révélait mais aussi du jugement qu'il semblait porter sur le Président défunt. Comme le livre, le film retrace les derniers mois du Président et suit sa « confession »ultime, pour ne pas les appeler ses Mémoires d'outre-tombe. C'est un Président moribond qui lutte contre la maladie tant qu'il est à la tête de l'Etat mais qui se laisse happer par la mort - sa dernière maîtresse, la plus
définitive et la plus durable - qui le fascine autant qu'elle l'effraie. Magistralement interprété par Michel Bouquet, qui se fond à merveille dans le manteau noir du « dernier des grands présidents » pour lui redonner vie - une vie imaginaire cette fois et qui le fait entrer par la grande porte dans le monde de la fiction -, le film bénéficie aussi de dialogues brillants. Brio, cruauté, indifférence et séduction : tels semblent être les principes absolus du chef d'Etat, qui,
bien qu'enfantin par certains côtés, paraît ne vivre que pour sa fonction et pour le pouvoir qu'elle lui offre. Malheureusement, si l'homme Mitterrand, ou peut-être serait-il plus juste de dire l'homme Bouquet, charme ceux qui croisent son chemin, le narrateur-accompagnateur, lui, semble bien fade et inconséquent. Sa quête acharnée de la vérité, qui cache, me semble-t-il, un profond désir de gloire et de prestige par personne interposée, exclut  toute impartialité, et l'on finit par regretter que le film ne soit pas aussi distant et inaccessible que le chef d'Etat et aussi glacial que le marbre des gisants royaux de Saint-Denis qu'il vénère. Peut-être "les forces de l'esprit", chères à François Mitterand, sont-elles suffisamment puissantes pour nous épargner les vicissitudes amoureuses du dernier "homme du Président" ou balayer les éternelles incertitudes sur la jeunesse politique du président socialiste ?