Chok-dee

Film français de Xavier Durringer

Avec Dida, Bernard Giraudeau, Florence Vanida Faivre





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-02-2005

Durée: 1h45

 

Film coup de poing

Je suis tellement incompétent en matière de boxe que j’ignorais que Dida Diafat avait été champion du Monde (de boxe thaï de surcroît) entre 1991 et 1998, fin de sa carrière. Il est vrai que le foot et les «Bleus», dans ces années-là, ont écrasé tous les autres sports. Dida ayant écrit l’histoire de sa vie, Xavier Durringer a décidé d’en tirer un film. Ce réalisateur rare (3 films en 13 ans) aime les histoires d’amitié virile, les rapports entre hommes, et le parcours difficile qui mène à la réussite : la vie de Dida était l’incarnation idéale de tous ces éléments. Adolescent banlieusard, il joue au foot et fait de la boxe thaï jusqu’à ce que, bavure oblige, il se retrouve en prison pour six mois. Une fois libéré, il décide de partir seul en Thaïlande - où il ne connaît personne - et s’acharne jusqu’à ce qu’une école de boxe consente à le prendre en charge. Trois ans plus tard, il décroche son premier titre de champion du Monde. Beau parcours.

L’intérêt du film doit beaucoup à la personnalité et au magnétisme de Dida qui prend possession de l’écran avec une autorité exceptionnelle pour un comédien amateur. Si on a l’habitude de voir les acteurs jouer des boxeurs (Kirk Douglas, Robert Ryan, de Niro et même… Chaplin), l’inverse est moins fréquent. Soulignons aussi que, ayant abandonné la boxe depuis plusieurs années, il a été obligé de reprendre un entraînement intensif pour retrouver son poids de jeune homme et les automatismes des gestes de ce sport violent. Les combats filmés sonnent évidemment juste, mais Dida est également crédible dans les scènes de comédie, avec son visage ascétique et la fixité étrange de son regard : il y a du Buster Keaton chez ce champion qui sourit rarement. L’ouverture du film, dans la prison où Bernard Giraudeau commence à lui enseigner les rudiments de la boxe, est constituée de brèves séquences sèches et elliptiques qui donnent le ton d’un récit où il n’y a que de la viande et pas de graisse. Une fois arrivé en Thaïlande, l’interminable attente du néophyte devant les portes de l’école de boxe, avant qu’elles ne s’entrouvrent, ne crée pas un sentiment de longueur mais fait mesurer le prix des sacrifices que s’impose Dida pour parvenir à son but et sa force de caractère, que ce soit dans l’univers carcéral ou devant la xénophobie thaïlandaise. Jusque là, le style nerveux de la réalisation continue de servir parfaitement ce récit initiatique.

Mais peu à peu, l’histoire va basculer, malheureusement, dans un simili film d’action mafieux en perdant les repères authentiques qui en faisaient l’intérêt. Il est évident que les scénaristes ont redouté la lassitude que risquait d’engendrer la simple succession de combats de boxe et ils ont tenté de sur-scénariser cette biographie. Ils ont donc injecté de la fiction en plaquant une improbable love story entre la fille métisse de Giraudeau et notre champion (la jeune serveuse du restaurant voisin aurait amplement suffi à remplir la case sentimentale du scénario.) Et, surtout, ils font de Bernard Giraudeau la victime innocente d’une machination incroyable qui, après l’avoir conduit en prison, le voue à une mort tragique. On nage soudain en plein feuilleton et on se demande où s’arrête la fiction et où se situe désormais la véritable histoire de Dida (qui n’avait certainement pas besoin de tous ces drames pour nous intéresser.) Cependant, en dépit de ce handicap, les film mérite d’être vu pour le dynamisme de sa réalisation et l’étonnante présence féline de son héros.