Bloom

Film irlandais de Sean Walsh
D'après le roman Ulysse de Joyce

Avec Stephen Rea, Angeline Ball, Hugh O'Conor, Patrick Bergin





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-02-2005

Durée: 1h53

 

Je vais vous faire un aveu : je n’ai pas lu Ulysse, de James Joyce. Comme tout le monde, dans les dîners, j’arrive à faire illusion en évoquant prudemment les quelques repères glanés ça et là qui me tiennent lieu de culture. Comme mes interlocuteurs en sont au même point, le tour est joué. Le fait qu’un digest-film d’une heure cinquante puisse combler facilement cette grave lacune m’est apparu comme une solution élégante et paresseuse pour enrichir mes connaissances. J’en suis sorti perplexe car ce que j’ai vu ne correspondait pas du tout à l’idée que je me faisais de ce pavé de près de 1000 pages : ce que le film en a retenu est plutôt rigolo, tendance cochon, et on ne peut s’étonner que Joyce ait eu autant de problèmes avec la censure de l’époque pour arriver à trouver un éditeur.

Par contre, la parodie de l’Odyssée qui constitue le thème central du livre, concentrant en une seule journée, à Dublin, les mésaventures d’Ulysse en mer Egée durant des années, n’apparaît pas clairement dans ce film foisonnant qui ressemble parfois à du Peter Greenaway dans ses meilleurs (ou pires ?) délires. On est un peu perdu par les séquences hétéroclites que traversent les héros de cette aventure qui n’évoque pas franchement les épisodes homériques dont chacun se souvient plus ou moins. Mais je ne suis pas du tout certain que le roman (que je n’ai toujours pas lu) soit tellement plus clair, avec ses dix-huit points de vue juxtaposés, écrits chacun dans un style différent, luxe littéraire évidemment absent d’une transposition cinématographique, surtout lorsqu’elle est aussi brève.

Donc, oublions le roman une fois pour toutes et jugeons simplement ce que nous propose l’écran : pour un premier long métrage, Sean Walsh fait preuve d’une belle ambition et réussit une œuvre étrange et originale, animée par d’excellents acteurs : Stephen Rea incarne avec humour un Léopold Bloom (Ulysse) onaniste et chaplinesque, marié à une Molly (Pénélope) nymphomane, mais il ne semble pas être le père de Stephen Dedalus (Télémaque) dans cette adaptation. J’hésite entre revoir le film ou attaquer, enfin, les 1000 pages d’Ulysse pour vérifier ce point capital. Quant aux spécialistes de l’œuvre de Joyce, je doute qu’ils apprécient ce qui doit leur apparaître comme une sorte de mini film-annonce de leur livre de chevet.