En plein Caubère

Film français de Anne-Laure Brénéol

Avec Philippe Caubère





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-02-2005

Durée: 1h30

 

One man chaud

Philippe Caubère raconte sa vie sur scène depuis 20 ans. Il est son propre auteur et incarne tous les personnages - hommes, femmes, vieux, jeunes - qu’il évoque dans cette autobiographie-fleuve qui comporte déjà plus d’une quinzaine de chapitres. Après ses débuts dans la Compagnie du Soleil d’Ariane Mnouchkine (dont il sera le Molière dans le film qu’elle réalisera en 1977), il se lance dans des spectacles, seul sur scène, qui lui font abandonner le métier d’acteur tel qu’il se pratique habituellement, à l’exception de rares films comme la Gloire de mon Père ou le Château de ma Mère, d’Yves Robert, qui interrompent sa trajectoire solitaire. Cette exceptionnelle autarcie artistique, doublée d’une performance quasi athlétique (en 1993, au Festival d’Avignon, il a joué une intégrale de 11 spectacles de trois heures chacun, soit 33 heures de texte à mémoriser, seul en scène), fait de Philippe Caubère un artiste hors du commun.

Evidemment, pareil personnage devait tenter les cinéastes. Depuis plusieurs années, Bernard Dartigues filme intégralement les spectacles du comédien, ce qui constitue une précieuse trace de son art, sans remplacer la fascination de la représentation vivante. Anne-Laure Brénéol, elle, a souhaité vivre dans l’intimité du minuscule clan Caubère durant la longue gestation d’un spectacle (la tribu se réduit, en effet, à la compagne de l’acteur, Véronique Coquet, à un vieux complice, Roger Goffinet, auxquels se joint un directeur technique, Philippe Olivier). Cette petite famille vit dans une maison qui domine l’étang de Berre et le film nous fait partager ses repas ensoleillés, ses (rares) détentes et surtout l’impressionnant travail de Caubère, stakhanoviste perfectionniste et inépuisable, capable d’enchaîner 3 filages de trois heures avec une surhumaine capacité de mémorisation. Ces épuisantes semaines s’achèvent par la première représentation en Avignon qui nous paraît triomphale mais déclenche chez le comédien une violente réaction contre le dispositif scénique qu’il a lui-même imaginé mais qui l’isole du public. Consternation des proches collaborateurs et recherche d’une solution improvisée concluent cette plongée dans les mécanismes de la création artistique.

Le propos de ce reportage est passionnant, surtout grâce à la personnalité et au charme du personnage. Il semble que son support idéal soit la télévision qui permettrait, de plus, d’atteindre un grand nombre de spectateurs. On peut seulement regretter que le perfectionnisme de Philippe Caubère n’ait pas contaminé davantage la réalisatrice-auteur-opérateur-ingénieur du son-monteuse qui nous délivre, brut de décoffrage, le contenu de ses cassettes vidéo. D’accord, la Provence est le pays du mistral et des cigales, mais on préfèrerait entendre la parole plutôt que des coups de vent dans le micro et l’épuisante stridence des insectes (heureusement, il y a parfois des sous-titres qui viennent à notre secours). Anne-Laure Brénéol devrait, au moins, abandonner le son à un professionnel. Ce n’est pas un discret technicien de plus qui empêcherait le délire créatif de Caubère de s’exprimer librement, sans même parler du simple micro-cravate qui aurait bien amélioré les choses.