André Valente

Film portugais de Catarina Ruivo

Avec Leonardo Viveiros, Rita Durão, Dmitry Bogomolov





Par Esther Castagné
 
Sortie le 26-01-2005

Durée: 1h11

 

Deuils d'enfance

Qu'est-ce que grandir ? Au centre du film, il y a un enfant d'une dizaine d'années, André Valente. Qu'il soit portugais n'est finalement qu'un détail car ce qui lui arrive au cours de film, et qui peut sembler anodin, est universel.

D'abord, il y a son père qui s'en va, et personne ne veut lui expliquer pourquoi il est parti comme ça, tout à coup, sans laisser d'adresse; ensuite il y a sa copine Suzanna qui déménage, le laissant seul en proie aux moqueries et aux méchancetés de ses camarades de classe; enfin il y a Nikolai, un immigré russe, qui est son ami, une sorte de père d'adoption, qu'il s'est choisi et dont il cherche à se faire aimer mais qui va devoir, lui aussi, partir loin d'André. Sa mère, quant à elle, a fait une tentative de suicide qui donne à André l'impression qu'elle non plus ne l'aime pas vraiment et qu'elle pourrait l'abandonner. C'est cet apprentissage de la perte qui est le sujet du film.
Catarina Ruivo signe ici un film intimiste et prometteur; elle adopte avec une grande pudeur le regard de l'enfant sans pour autant condamner les parents ou les adultes. Son souci est davantage de dépeindre la cruauté de l'enfance, que l'on nie parfois, et la souffrance que peuvent éprouver ces âmes sensibles et peu endurcies face aux aléas de la vie et aux deuils continuels qui se succèdent. L'enfant doit alors se prendre lui-même en charge pour affronter ses traumatismes et sa douleur et trouver l'équilibre que les adultes ne savent pas lui offrir. Le jeu du jeune Leonardo Viveiros offre au film un mélange de douceur, de gravité et d'hésitation, qui laisse entrevoir les réelles préoccupations et blessures de tout enfant de huit ans. Il attendrit par son authenticité sans que le film se perde pour autant dans le pathos. Ce ne sont que des sentiments humains, anodins, mais rarement analysés avec autant de justesse et de subtilité qui sont exposés dans ce film sur l'enfance, servi par un montage fragmenté qui lui donne l'apparence d'un puzzle .