La Chute

Film allemand de Oliver Hirschbiegel

Avec Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes





Par Henri Lano
 
Sortie le 05-01-2005

Durée: 2h30

 

Le dernier bunker

Il semble que La Chute (en salle depuis le 5 janvier) ne suscite guère d’intérêt dans le forum. Est-ce parce qu’on imagine qu’aucun réalisateur allemand ne peut succéder à Wim Wenders et que le cinéma d’outre-Rhin se limite à Derrick ? Pourtant le film d’Olivier Hirschbiegel mérite mieux que cette indifférence. Il rappelle l’étrange Moloch d’Alexandre Sokourov (1999) qui s’attaquait déjà à la description d’un Hitler en maillot de corps, délabré par la vieillesse, et confiant ses doutes à sa jeune maîtresse, Eva, dans l’hallucinant décor alpin de Berschtesgaden o il recevait ses fidèles.

Quelques mois (et quelques défaites) plus tard, nous retrouvons les mêmes personnages enterrés dans le bunker berlinois o ils finiront par se donner la mort. Alors que Moloch était un récit imaginaire, quoique plausible, de la vie privée du Fhrer, le scénario de La Chute est tiré des souvenirs de la secrétaire du dictateur qui a pu fuir le bunker, in extremis, à l’arrivée des Russes. Dans la mesure o ce témoignage est digne de foi, on est confondu par la description des derniers jours des ces enterrés vivants et par les préparatifs de ce suicide collectif. Ce qui est frappant, c’est la brièveté de cette macabre aventure: une dizaine d’années s’est écoulée entre la prise de pouvoir, les triomphes militaires et l’écrasement dans Berlin investi, c'est-à-dire la même durée que la présidence de Jacques Chirac depuis 1995!

L’extraordinaire interprétation de Bruno Ganz domine évidemment la troupe d’excellents acteurs qui incarne ces condamnés volontaires. On peut seulement regretter que, après la mort des principaux personnages, le film se prolonge encore durant une demi-heure dans des combats de rues divers qui, malgré la qualité de la réalisation, n’atteignent pas l’intensité du cauchemar claustral que nous venons de vivre.