Criminal

Film américain de Gregory Jacobs
D'après Neuf reines de Fabián Bielinsky (2002)

Avec John C. Reilly, Diego Luna, Maggie Gyllenhaal, Peter Mullan...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 19-01-2005

Durée: 1h26

 

Produit par Clooney et Soderbergh, réalisé par l’ancien assistant réalisateur de ce dernier (avec qui il a écrit le script sous le pseudonyme de Sam Lowry), Criminal est un remake (très – trop fidèle, paraît-il) de Neuf Reines, polar argentin qui eut son petit succès après avoir reçu le Grand Prix du Festival de Cognac 2002. Criminal est une sorte d’Ocean’s Eleven sans Soderbergh derrière la caméra. Autant dire pas grand-chose.

Ça ressemble d’abord typiquement à un film indépendant chaperonné par les studios, c’est-à-dire modeste mais soigné. C’est honnête mais pas passionnant, c’est traversé par des personnages et des situations de papier, qu'on croirait sortis d'une pièce de théâtre (il faut dire que le film pratique l'unité de temps – une journée – et, de façon un peu plus lâche, l'unité de lieu – Los Angeles). Et puis au lieu d’insignifiant ça s’avère roublard, une fin twistée aussi subtile qu’un poing dans la gueule vous informant avec désinvolture que vous vous êtes bien fait avoir depuis le début ; que si vous avez trouvé le scénar un peu chargé en coïncidences heureuses, en circonstances trop belles pour être vraies, en habileté suspecte des personnages – bref, que si vous avez passé votre temps à vous dire «comme par hasard !», eh ben c’était fait exprès… Evidemment, ça se justifie par le vague sujet du film, l’escroquerie. Mais ça ne marche pas. Pire, ça agace.

Il faudrait peut-être se pencher un peu sur la question, se demander pourquoi on accepte ce genre de pirouette chez Soderbergh ou Shyamalan mais pas ici… A première vue, c’est simple: Soderbergh et Shyamalan sont des cinéastes, et leurs retournements de situation, ménagés, s’intègrent dans un système esthétique cohérent. Mais encore ? Qu’importe, ce serait prêter beaucoup d’attention à ce film inaccompli, très sage, à peine relevé par la gentille misanthropie de John C. Reilly et par la toujours efficace brutalité écossaise de Peter Mullan. Un film platement naturel, se contentant d’illustrer des intentions de scénario (la maladroite «problématique ethnique», en premier chef), et où, la jubilation potentielle du script n’étant pas relayée par la mise en scène, on ne ressent que trop peu de tension.