Le voyage de Chihiro

Film taïwanais de Hayao Miyazaki


Ours d’or Festival de Berlin 2002


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 10-04-2002

Durée: 2h

 

Chihiro a 10 ans. Elle déménage avec ses parents. Au détour d’une forêt, ils visitent une ville fantôme. Les parents dévorent de la nourriture trouvée dans un restaurant : ils se transforment en porcs.

Chihiro s’enfuit, elle atterrit dans un temple qui est en fait un institut de soins pour les esprits. Les humains qui y pénètrent par erreur sont transformés en animaux ou condamnés à travailler pour la maîtresse des lieux, la sorcière Yubaba. Avec l’aide du jeune Haku, d’un vieil homme araignée Kamaji, et d’esprits divers, Chihiro va travailler dans la maison de bains.

Mon voisin Totoro, Porco Rosso, Princesse Mononoké : au cours des dernières années le cinéma japonais d’animation a su s’imposer et l’œuvre de Miyazaki, avec aujourd’hui Le voyage de Chihiro, ne dément pas cette réputation d’originalité et de solidité. Il semble délicat de parler du film sans en dévoiler les ficelles ou déflorer la magie qui s’en dégage. Pour en donner, néanmoins, un aperçu, on reconnaît d’entrée de jeu que les réticences quant au dessin nippon, ici éblouissant, sont vaincues. Orchestré par la musique céleste de Hisaishi - où plane le fantôme de Princesse Mononoké- le film prend une distance aérienne, à la fois grave et mélancolique, proche de la nature. Miyazaki, à l’imagination (d) étonnante, est un réalisateur qui ne manque pas de ressources. Il parvient à créer, avec une aisance folle, un monde loufoque, cocasse, où les divinités du folklore nippon mêlées au spectre de l’enfance deviennent tas de boue mouvant, bébé géant, têtes triplées, animaux hybrides et créations fantasmagoriques délirantes. Cet univers fourmillant est d’une telle densité qu’il faudrait le voir plusieurs fois pour le saisir dans sa totalité. Formidablement émouvant, drôle, surprenant, étonnamment complexe pour un film traitant de l’enfance, on ne saurait tarir de louanges devant ce déferlement de d’inventions. Cet émerveillement devant l’étrange et l’étranger est d’autant plus fort, chez nous occidentaux, que nous n’avons pas toujours accès à certaines références culturelles et sociales japonaises.

Incontestablement, ce Voyage de Chihiro s’impose comme LE film d’animation de l’année.